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La famille est la seule chose que l'on ne peut renier, ses membres sont les rares personnes que l'on ne peut fuir. Quels qu'ils soient, bons ou mauvais, nous sommes, au fond de notre coeur, par un lien puissant, toujours rattachés à eux. 16/09/2012

 
La famille est la seule chose que l'on ne peut renier, ses membres sont les rares personnes que l'on ne peut fuir. Quels qu'ils soient, bons ou mauvais, nous sommes, au fond de notre coeur, par un lien puissant, toujours rattachés à eux.
La famille est la seule chose que l'on ne peut renier, ses membres sont les rares personnes que l'on ne peut fuir. Quels qu'ils soient, bons ou mauvais, nous sommes, au fond de notre coeur, par un lien puissant, toujours rattachés à eux.

 
Informations :

Mon histoire se déroulera en trois parties différentes...

Première partie : Prewett et Malefoy.
Deuxième partie : Diable.
Troisième partie : Le mal.

POUR INFO : Je ne préviens QUE ceux qui laissent un commentaire minimum sur chaque chapitre.

Prologue 02/12/2012

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PREMIÈRE PARTIE : PREWETT ET MALEFOY




Je me nomme Fabian Prewett. Du moins, je crois. Je suis assez différent de ma famille, le style de gamin qui vous désespère, le genre dont les parents ne savent plus quoi faire... Les pauvres, ils sont tellement patients ! Je ne suis pas méchant, ça non, je suis même adorable, peut-être un peu trop. Disons que voilà, tu touches un cheveu de ma famille, tu finis enterré au fond du jardin. C'est ce qu'on appelle un comportement impulsif à tendances dangereuses voire mortelles. On me cherche des excuses, comme si j'étais un enfant malade et blessé. Et si, finalement, ce n'était pas le cas ? Ben ouais, s'il faut je suis complètement taré, qu'est ce que vous en savez ? Et les médicomages là, eux, pourquoi ils croient tout savoir comme ça ? Et en fait, pourquoi le monde est si chiant hein ? Pourquoi les gens se croient tout permis ? Pourquoi il y a des différences ? Pourquoi ma vie parfaite digne d'un conte de fées s'est changée en véritable cauchemar ? Oui, je suis là pour vous raconter ma vie. Ne vous inquiétez pas, sincèrement, je ne vais pas vous laisser le temps de vous ennuyer. Moi, j'aurais bien aimé pourtant, avoir une vie ennuyeuse, dépourvue de tout souci vous voyez ? Parce que j'ai été heureux durant douze merveilleuses années, mais je vous jure que lorsque les problèmes me sont tombés dessus, ils n'ont vraiment pas fait semblant ! Jusqu'à maintenant, mon merveilleux esprit libre et moi, on a cru que la vie était un jeu dont j'avais les règles en main. Quand on a un caractère aussi merdique que le mien, on ne se laisse emmerder par personne vous comprenez ? Tout semble facile. Et puis, notre vie tombe entre les mains de quelqu'un d'autre, mais pas le « quelqu'un d'autre » banal ou amical vous voyez ? Le « quelqu'un d'autre » qui pourrait graver sur son front le surnom « Diable ». Le genre de personne qui fait trembler le monde d'un seul regard, y compris moi. Et pourtant, moi, je ne tremblais devant personne. Qu'est ce que je raconte là ? Je ne tremblerais pas, jamais ! Vous savez quoi ? Je resterais moi. Même si mon corps frissonne, même si je saigne et que j'ai mal, même si je pleure, même s'il me brise, même s'il me tue ! Il ne sait pas qui il a en face. Parole de Prewett !

Chapitre 1 : Les souvenirs d'un drame familial. 02/01/2013



Il l'entendait hurler à en perdre la raison, son c½ur était serré, il battait à dix mille à l'heure. Qu'avaient-ils fait ? Pourquoi les avaient-ils emmenés ? Pourquoi s'acharnaient-ils sur son petit frère ? Il frissonna en repensant à cette immense seringue qu'ils lui avaient plantés dans le bras avec autant de violence. Leurs parents devaient tellement s'inquiéter. Même si il avait peur, Gideon était rassuré d'avoir été emmené aussi, jamais il n'aurait pu laisser son frère avec des fous pareils. Mais, malgré cette volonté, il ne pouvait rien faire. Il le voyait se débattre et hurler à la mort. Il ne put s'empêcher de sourire lorsqu'il le vit mordre un de ses assaillants, il était tellement incontrôlable... Fabian reçut un coup au visage, il gémit de douleur. Que pouvait-on avoir fait à onze ans pour être ainsi kidnappé et observé sous toutes les formes ? Pourquoi lui avaient-ils prit son sang ?

- Il va falloir que tu te calmes...
- Il va falloir que vous me lâchiez ! Répliqua vivement Fabian, enragé.

L'homme resta silencieux. Il était vêtu d'un costume et portait un masque noir à travers lequel seuls ses yeux étaient visibles. Ils étaient d'un bleu glacé à vous donner des frissons. Mais le jeune Prewett était bien trop énervé pour ça. Bien qu'il ait peur, sa colère était encore plus puissante. Pourquoi avaient-ils attachés Gideon comme un chien ? Pourquoi l'avaient-ils fait souffrir afin qu'il se taise ? Il haïssait par dessus tout qu'on touche aux siens. Si le deuxième homme ne l'avait pas maintenu avec force, une chose était sure, les yeux bleus auraient été crevés. L'homme de glace releva sa manche, comme s'il cherchait quelque chose, puis n'apercevant rien, il leva l'autre, un sourire se dessina sur ses lèvres. Il fixait avec attention la tache de naissance que le jeune Prewett avait au niveau du poignet. Une tâche étrange. Ce dernier tenta de se dégager.

- Laisse moi regarder et tu pourras rentrer chez toi...
- C'est ce que tous les assassins disent avant de foudroyer leur victime !

Il y eut un instant de silence durant lequel leurs yeux s'accrochèrent. L'homme lâcha doucement Fabian et laissa brièvement glisser un doigt sur sa joue, laissant deviner que la tendresse n'était pas une chose commune chez lui. Et, soudain, un éclair aveugla les deux jeunes garçons, ils s'évanouirent.


[...]

Fabian se réveilla en sursaut, il s 'agita dans tous les sens, paniqué. Une main douce se posa sur son front avec délicatesse. Il croisa le regard vert et rassurant de sa mère et soupira.

- Mon c½ur tout va bien... Ce n'était qu'un cauchemar...

Il se redressa doucement et aperçut son grand frère le regarder d'un air inquiet. Il lui sourit sincèrement et s'assied tout près de sa mère, collé à elle. Elle le serra et le regarda attentivement, inquiète. Anton entra à cet instant dans le salon.

- Bonjour tout le monde !

Personne ne lui répondit cependant, il fronça les sourcils et se laissa tomber à côté de Gideon, lui ébouriffant les cheveux avec douceur.

- A quoi devons-nous ces airs graves ?
- Fabian a fait un cauchemar... Expliqua Johanna, soucieuse.
- Ce n'est rien. Affirma t-il.
- C'était toujours la même chose je suppose ?

Fabian évita le regarda de sa maman, pourquoi donc devait-elle toujours tout deviner ? C'était vraiment insupportable. Il ne voulait pas accepter sa proposition. Il savait qu'elle voulait l'emmener en discuter avec quelqu'un, un psychomage. Mais il refusait tout ça. Il n'en avait pas la moindre envie. Il était certain que ça passerait un jour. Oui, il avait été enlevé mais il était vivant donc, il en concluait qu'il devait en ressortir plus fort et fier. Il était toujours là, c'était le principal. Johanna soupira et caressa ses cheveux, échangeant un regard angoissé avec Anton.

- Je pense vraiment que tu aurais besoin de voir quelqu'un Fabi...
- Je suis pas fou !
- Il n'est pas question d'être fou, on te l'a déjà expliqué, tu refuses tout simplement de nous écouter !
- J'en ai pas besoin, je sais que ça passera.
- Jo'... Implora Anton. Dis le lui toi...
- Tu penses avoir toujours raison Fabi ? Et bien sur ce coup c'est faux. Nous t'y emmènerons, un point c'est tout.
- Mais maman...
- C'est tout.

Il grogna, se leva et monta les escaliers. Il entra dans sa chambre et claqua violemment la porte, s'asseyant contre le mur. Il fixait la fenêtre et était plongé dans ses pensées. Il voulait que tout redevienne comme avant, il ne voulait plus faire ce cauchemar, il voulait que ça cesse. Ce n'était pourtant pas compliqué, si ? Depuis que Gideon et lui avaient été enlevés, tout semblait différent. Leurs parents faisaient attention à tout, ils ne les laissaient plus seuls, il y avait toujours quelqu'un pour surveiller, veiller, constamment. Lui, au contraire, ne pensait qu'à une seule chose : Oublier. Tant qu'il était vivant, qu'il pouvait respirer, il voulait de nouveau être libre.

[...]

Ils s'amusaient tous les trois dans la chambre de l'aîné, hilares. Un an s'était écoulé depuis l'enlèvement des garçons. Gideon avait treize ans, Fabian douze et Molly était tout juste âgée de dix ans. Ils étaient frères et s½ur pour le meilleur et pour le pire, les trois mousquetaires à la vie, à la mort. Malgré le nombre incalculable de disputes qui éclataient entre les deux aînés. Molly, elle, prenait selon les jours, la défense de l'un ou de l'autre. Mais ils n'en avaient pas vraiment besoin. Lorsque ça pétait, c'était deux sacrés caractères qui s'affrontaient, sans ménagements.

- Fabian, ou sont passés mes cartes ?
- Tes quoi ? Répondit l'autre, analysant son propre jeu.
- Ne te fous pas de ma gueule, je sais que c'est toi.
- De suite ! Il se passe un truc et c'est moi...
- Ne fais pas l'innocent, tu ne l'es jamais !

Fabian regarda son aîné avec un sourire en coin, toujours malicieux et provocateur, comme à son habitude. Gideon souffla, essayant de ne pas perdre patience, il tenta de se maîtriser, voulant éviter une dispute inutile. Molly rigola doucement, une main devant la bouche, comme si elle avait tout de même essayé de se retenir.

- T'as qu'à venir les chercher !

Le cadet détala aussi rapidement que l'aurait fait une gazelle, son grand frère à ses trousses. Ils entendirent alors une explosion au rez de chaussée, ils se figèrent d'un seul et même mouvement, crispés. Un hurlement retentit ainsi que des bruits de sortilèges lancés, c'était comme une lutte. Molly accourut seulement Fabian l'arrêta en cours de route. Il posa un doigt sur sa propre bouche, lui intimant de rester silencieuse coûte que coûte.

- Va te cacher, comme quand on joue, au meilleur des endroits. D'accord ? Souffla t-il.

Elle acquiesça, terrifiée. Il caressa doucement sa joue et lui sourit d'un air rassurant. Elle obéit instantanément. Fabian avait toujours caché à merveille ses émotions, un don très utile dans les situations périlleuses.

- Non arrête ! Pas eux... je t'en prie, laisse les !
- Tu es la seule coupable et tu le sais.
- Je t'en supplie ! Implorait la voix de Johanna.

Ses supplications se terminèrent dans un cri de douleur. Fabian, ayant compris qu'un de leurs ennemis allait venir, s'assied sur la marche la plus proche, les mains dans les poches, il se mit à siffler. Gideon le regarda attentivement, il ne comprenait pas cette façon de lutter. A ses yeux, c'était impossible de faire semblant, de tout cacher constamment. Il l'admirait pour ça autant que ça lui faisait peur. Un homme encapuchonné et masqué apparut en bas des escaliers. Les deux adolescents pouvaient juste apercevoir ses yeux et sa bouche, bouche sur laquelle un sourire se dessina.

- Vous comptiez vous échapper ?
- On a l'air de s'enfuir ?

Gideon donna un léger coup de pied dans le dos de son frère, le fusillant du regard. Il braqua ensuite ses yeux sur l'intrus. Il reçut comme un coup de couteau en plein c½ur. Le regard glacé faisait de nouveau partie de leurs vies...

- Fabi vas t-en.
- Non, il ne s'en ira pas, Gideon. Répondit l'homme.
- Qu'est ce que vous voulez ? Souffla l'aîné, descendant pour se placer devant son petit frère.
- Partez. Ajouta Fabian.

L'homme les regarda un instant, puis en un éclair il se retrouva face à Gideon, il le tourna et enserra son cou, le collant contre lui. Ses yeux se posèrent sur Fabian qui n'avait pas bougé et d'ailleurs, n'en fit rien. Il se contentait de fixer l'homme avec toute sa rage.

- Si tu ne me suis pas, il se peut qu'il y ait plus de morts que prévu...

Ne le voyant toujours pas réagir, il entailla profondément le cou de Gideon à l'aide de sa baguette. Aussitôt, Fabian se redressa d'un bond.

- Ou est ta s½ur ?
- Vous n'avez qu'à chercher vous même. Répliqua le jeune Prewett en descendant les escaliers sans un mot de plus.

Enragé, l'homme balança Gideon qui dévala les escaliers. Il descendit les marches en courant, saisit l'aîné par le col et le plaqua brutalement contre le mur, sortant sa baguette et la pointant entre ses deux yeux. Fabian était totalement paniqué.

- Arrêtez ! Implora t-il, malgré lui.
- Ça ne dépend que de toi... Cesse de me répondre et il survivra.

Le jeune Prewett acquiesça doucement. Maintenant il avait peur, peur pour sa mère, son frère et sa s½ur... Il fixa le sang qui s'écoulait de la tête de son grand frère et le regarda d'un air désolé. L'homme se dirigea vers le salon et il fût obligé de le suivre. Ils étaient trois. Trois mangemorts. Johanna était debout, contre le mur, la baguette des deux autres mangemorts pointées sur elle. Elle tourna un regard inquiet vers ses enfants et affronta le regard de l'homme qui les avait emmené.

- Je t'en prie, laisse les...

Johanna était brune avec de magnifiques yeux verts dont Fabian avait hérité. Son frère, lui, avait quelques traits en commun avec eux mais pour le reste, il était le portrait craché de son père, ayant les mêmes yeux noisettes. Quant à la petite Molly, elle avait hérité d'une couleur de cheveux roux et avait les mêmes yeux que Gideon et son papa. Leur mère fixait intensément le « chef ». Pas une seule once de peur n'était visible. Johanna n'était pas auror pour rien. Elle était habituée à se battre, aux pièges, à endurer parfois la douleur. Alors non, elle n'était pas effrayée. Elle avait un passé qui l'avait endurcie. La seule chose qu'elle craignait réellement, c'était qu'on s'en prenne à sa famille. Et l'homme qu'elle avait en face la connaissait assez pour le savoir.

Fabian croisa les yeux de son aîné. Ils se débattaient tous deux comme des furies. Les deux frères se ressemblaient énormément. Ils étaient prêts à tout pour ceux qu'ils aimaient et étaient très fiers. Cependant, Gideon était moins buté que son cadet. Il était plus mûr et savait distinguer le point de non retour. Il acceptait ses torts et les remarques même si elles devaient le blesser. Fabian, lui, était un enfant têtu, se laissant facilement dominer par la haine. Il aimait avoir constamment le dernier mot et, de ce fait, n'était pas du genre à calmer les disputes mais plutôt à les envenimer. Sa mère était la seule qui, parfois, parvenait à l'apaiser. Et de temps en temps Gideon, lorsque ses crises étaient moins intenses. Le fait que Fabian soit une boule de nerfs les distinguaient. Mais ils se complétaient à merveille et s'aimaient par dessus tout. L'homme aux yeux bleus glace s'approcha de Johanna. Les mangemorts avaient eu des ordres très clairs, pas venant de Lord Voldemort lui même, mais de son « adjoint ». L'homme aux yeux de glace était un serviteur du seigneur des ténèbres mais il l'aidait à construire ses plans et servait, parfois, ses propres intérêts. Comme aujourd'hui. Avant de rejoindre ses rangs, il avait fait une brillante carrière de tueur, en solo.

Les membres de la famille Prewett faisaient partie des personnes qui l'avaient trop provoqué à son goût. Beaucoup trop...

- Tu n'es pas obligé de faire ça...
- Si. Et je vais m'en délecter. Pour ce que tu as osé faire...
- Ils ont besoin de moi. Il a besoin de moi...
- Ne t'en fais pas, il survivra et t'oublieras très vite.
- Quoique tu fasses pour, tu te trompes complètement...

Elle ne le quittait pas des yeux, d'un vert si intense, et ça l'énervait au plus haut point. Il l'attrapa à la gorge, hargneux et l'étrangla doucement. Jamais il ne s'était senti autant hors de lui de toute sa vie. Johanna ne put s'empêcher de grimacer tandis que Gideon se débattait de l'emprise du mangemort qui le tenait.

- Lâchez ma mère ! Laissez la tranquille !
- Chut Gideon. Tempéra sa mère avec un doux regard pour son fils aîné.
- Oui tais toi Gideon, ça vaut mieux... Ricana l'homme.

Il semblait s'amuser mais la haine qui transparaissait dans ses yeux était effrayante. Il fit un signe de tête à son camarade qui balança Gideon contre le sol et lui jeta un sortilège doloris. Ce dernier hurla de douleur en se tortillant. La mère les regardait d'un air suppliant tandis qu'un autre mangemort s'empressait d'attraper Fabian qui avait esquissé un pas pour s'éclipser.

- Je vous en prie, arrêtez. Pas eux. Supplia t-elle à nouveau.

Fabian se débattait avec haine. Qui étaient ces hommes? Pourquoi faisaient-ils du mal à sa famille? Il regarda celui qui s'en était prit à son frère avec rage.

- Toi tu tiens pas à ta vie. Cracha t-il.
- Ferme là, sale traître. Gronda le mangemort qui le tenait, lui donnant un violent coup derrière la tête.

Johanna se débattait avec haine. Elle voulait échapper à l'emprise de son bourreau mais il serrait davantage, il la frappa sans s'arrêter, avec violence. Fabian gémit de douleur avant de regarder sa mère être frappée à son tour, il avait d'autant plus la haine.

- Laissez là! Partez.

Il avait dit ces mots comme s'il donnait un ordre à l'homme qui semblait déterminé à briser sa maman. Ce dernier regarda le jeune garçon, il posa ensuite ses yeux sur ses camarades. Ensemble, ils éclatèrent de rire, moqueurs.

- Tu crois pouvoir me donner des ordres sale gosse?

Il pointa alors sa baguette droit sur le visage de la maman et une lumière bleue alla la frapper de plein fouet, la faisant s'effondrer à genoux dans un hurlement. Des plaies se creusaient sur tout son corps et la vidait petit à petit de son sang. Le regard de l'homme se posa sur lui, comme si, la torture de sa mère était une punition pour l'avoir à nouveau défié.

- Maman! S'écria Fabian en se débattant avec hargne.

Il croisa le regard de son grand frère et y décela la même angoisse que celle qu'il éprouvait.

- Mais laissez nous!

Seulement l'homme ne l'écoutait pas, il l'ignorait royalement. Il continuait ses tortures, ajoutant le sortilège doloris, donnant parfois des coups de pied, s'abaissant à sa hauteur pour l'obliger à le regarder dans les yeux. Johanna était trempe de sueur, elle s'affaiblissait. Fabian regardait sa mère, comme figé, désespéré. Que pouvait-il faire ? Gideon, lui, se débattait, lançant des injures, enragé et apeuré. Alors l'un des mangemorts renouvela ses sortilèges afin de le calmer. Johanna hurla de douleur lorsque son bourreau s'assied à califourchon sur elle, plongeant ses doigts dans ses plaies, s'amusant à les agrandir doucement. Son but était très clair : Lui faire le plus de mal possible. Le plus jeune fils hurlait après leurs bourreaux, se débattant. Il ne perdait pas espoir malgré la force de l'homme qui le tenait.

- Arrêtez de leur faire du mal ! S'écria t-il.

Il ne pleurait pas, il se contentait de laisser sortir la haine puissante qui le consumait. Johanna regarda son plus jeune fils, des larmes perlaient dans ses jolis yeux verts. Elle lui fît un sourire, souhaitant le rassurer, mais il se transforma en grimace lorsque son bourreau la frappa dans le ventre, sur une plaie. Il semblait ne pas supporter de la voir sourire, de la voir lutter... Fabian eut alors les larmes aux yeux malgré lui. C'était impossible et invivable pour lui de voir sa maman chérie abandonner, de ne plus la voir se battre. Elle qui avait toujours été forte, elle qui était la seule à pouvoir l'apaiser, le calmer, elle qui semblait lire en lui comme personne. Il refusait tout simplement de la voir mourir. Sans elle, il ne serait plus rien, c'était une évidence.

- Maman... Appela t-il, malgré lui, la voix brisée.

Johanna lui sourit, elle essuya le filet de sang qui s'échappait de ses lèvres. Elle ne voulait pas qu'ils aient ce souvenir d'elle, il fallait qu'ils la voient comme quelqu'un de fort, résistant et souriant. C'était essentiel à leur bien être, essentiel pour qu'ils puissent continuer. Elle le fixa et retint ses larmes avec peine. Il fallait qu'il reste tel qu'il était, qu'il reste ce garçon borné, fier et fort. Certes, il n'avait pas un caractère facile mais justement, dans ces situations, il montrait un sang froid qui dépassait l'entendement, qui dépassait tout ce qu'on pouvait imaginer à son âge.

- Ne t'en fais pas mon chéri, maman ne t'abandonnera jamais. Aucun d'entre vous. Ni toi, ni Gid, ni Molly. Ni ton père... Je vous aime bien trop pour ça.

L'homme, haineux, fit apparaître un long couteau et le planta avec violence dans son ventre. Il lança un puissant Doloris, provoquant les hurlements incessants de Johanna. Elle savait qu'elle allait mourir, elle savait qu'il ne la laisserait pas s'en sortir, pas cette fois. Tout ce qu'elle voulait, c'était que ses enfants restent en sûreté. Mais désormais, rien n'était moins sur. Elle savait qu'ils étaient forts, tous à leur façon. Mais elle ne voulait pas qu'ils souffrent, aucun d'entre eux. C'était la pire des douleur qu'on aurait pu lui infliger, même morte. Fabian voyait bien que l'homme ne comptait pas s'arrêter, que sa mère partait lentement et ça lui faisait peur. Il se débattit violemment contre le mangemort qui le tenait.

- Maman... Ne le laisse pas gagner...

Hargneux, il regarda le bourreau de sa mère avec rage.

- Mon père va vous crever. Cracha t-il.

L'homme aux yeux bleus glace éclata carrément de rire, hilare. Le mangemort qui tenait Fabian le rejoignit dans son hilarité.

- Je ne crois pas, Fabian. Ton père et moi, nous nous respectons trop pour ça.

Johanna gémit, crachant davantage de sang, elle était secouée de spasmes. Elle luttait pour rester consciente, pour rester vivante. Elle voulut se tourner pour que ses fils ne la voient pas s'éteindre mais l'homme lui refusa cette opportunité. Fabian le regarda avec haine.

- Si vous le dîtes. Moi je vous crèverais, y a aucun danger que je vous respecte un jour...

L'homme rit doucement, totalement insensible. Son regard glacial se posa sur Fabian dans un échange qui sembla durer une éternité. Le garçon comprit ce qui était si effrayant chez lui, il sut pourquoi il avait l'air de quelqu'un à qui personne n'osait s'opposer. Ses yeux, à eux seuls, dissuadaient quiconque de lui tenir tête.

- Tu es si naïf, sache que tout le monde me respecte.
- Je serais l'exception. Répliqua Fabian, incapable de s'en empêcher.

Le bourreau de sa maman le fixa un instant, il saisit le bras de Johanna, retira l'arme de son ventre et commença à mutiler son membre sur toute la surface. Il renouvela cette torture avec l'autre bras et lança ensuite des sortilèges doloris sans cesser, sans la laisser respirer. Fabian en avait assez d'entendre les hurlements de sa mère et de la voir souffrir, cependant, la haine qu'il éprouvait devenait de plus en plus puissante.

- N'est ce pas la pire des tortures Fabian ?

Il y eut un instant de silence durant lequel le jeune garçon se demanda s'il avait bien entendu, s'il était vraiment en train de lui parler alors qu'il torturait sa maman. Quelle genre de pourriture pouvait faire ça, tranquillement, sans se départir de son sourire ? Il se contenta de le fixer sans répondre. Mais ce petit jeu ne dura pas longtemps car l'homme, énervé qu'il lui tienne tête, s'éloigna de sa mère et l'envoya valser plusieurs fois d'affilées contre le mur avec toute sa hargne.

- Je ne sais pas de quoi vous parlez. Expliqua alors Fabian, contraint et forcé de lui répondre.
- De la mort, Fabian. La mort qui vient vous chercher lentement, qui semble vous défier, encore et encore, sans vous laisser le moindre espoir de vous en sortir. N'est ce pas la pire chose qui puisse arriver à quelqu'un ?
- Non. Répondit le jeune garçon.
- Non ? Répéta l'homme, visiblement étonné. Alors qu'est ce qui est pire à tes yeux ?

Il s'était détourné de Johanna et avait posé son regard sur lui, comme si cette discussion était nécessaire.

- Qu'est ce que ça peut vous faire ? Répliqua Fabian, la voix emplie de rage.
- Réponds sur un autre ton. Siffla t-il.

...

- Ça m'intéresse. Ajouta t-il, naturellement.
- Et bien moi, je n'ai aucune envie de vous dire ce qui est pire pour moi.
- C'est vrai que voir les siens souffrir est sûrement très douloureux...
- Vous êtes incapable de savoir ce que ça fait. Vous êtes le diable en personne, une pourriture qui ne mérite que de souffrir et crever.

L'homme se détourna et jeta un nouveau sortilège, faisant redoubler les hurlements de sa victime. Gideon n'en pouvait plus, il était épuisé. Jamais il n'avait subi autant de douleur. Et pourtant, à ses yeux, ce n'était pas le pire. Ce qui lui faisait horriblement mal, c'était la souffrance incessante de sa mère. Le plus jeune des frères Prewett en avait assez de cet homme que rien ne détournait réellement de sa cible, il se tourna vers celui qui s'occupait de son grand frère.

- Lâche le sale con !

Il se débattit et écrasa les pieds du mangemort qui le tenait, il mettait toute sa force pour essayer d'échapper à son emprise. Son bourreau grogna, il le saisit par les cheveux et le plaqua ensuite contre le plâtre avec violence, lui cognant la tête. Leur "chef" pointa sa baguette sur Fabian et, d'un sortilège, il envoya deux couteaux se planter dans chaque épaule du jeune homme, le clouant au mur avec les armes. Fabian poussa un hurlement de douleur, il voulut se débattre mais se fit plus mal encore. Il gémit et s'efforça de retenir ses larmes de souffrance.

- C'est ce qui arrive lorsqu'on est pas assez respectueux, Fabian. Tu le sauras.

Johanna regarda son bourreau avec rage, incapable de se maîtriser, elle lui cracha au visage.

- Pour qui tu te prends connard pour oser faire du mal à mes fils ?
- Tu le sais parfaitement bien, Johanna. Siffla l'homme en l'attrapant de nouveau à la gorge.

Haineux et désespéré, Gideon se releva, il donna un puissant coup de pied dans les parties intimes de son bourreau et se dirigea vers la cheminée, dans l'unique but de revenir avec des secours. Il refusait de perdre sa mère, il ne pouvait s'y résoudre, ils avaient besoin d'aide. Seulement, le chef soupira et pointa sa baguette sur le jeune garçon qui était prêt de son but. D'un sort, il le pendit par les pieds. Il serra un peu plus fort sa baguette, énervé, et s'avança vers le jeune garçon. Il lui tourna autour durant un long moment.

- Que pensais-tu être capable de faire ? Tu es un fils de traîtres et tu as cru sincèrement pouvoir me berner ? Écoute moi bien, PERSONNE ne m'échappe. Des gens essayent de temps en temps, ils se pensent assez intelligents pour me duper, ils croient avoir un minimum de pouvoir contre moi, être capables de lutter. Mais ce n'est pas le cas. J'obtiens toujours ce que je veux.

Il lui jeta un insupportable doloris, le faisait hurler à la mort. Enfant ou pas, cela lui semblait totalement égal, il s'avança vers la cheminée et saisit le tisonnier. Il revint ensuite à sa victime principale, distribuant coups sur coups à l'aide de sa nouvelle arme. Johanna n'en pouvait plus, elle se sentait partir, elle luttait mais était à bout. Fabian regardait sa maman, il voyait bien que ça n'allait pas du tout, et il aurait tout donné pour pouvoir agir, mais il n'était pas assez fort. Il se mit alors à chantonner sa chanson préférée pour la rassurer. Johanna ne put s'empêcher de sourire, ce qui énerva davantage son bourreau. Il la frappa à la tête et, d'un simple sortilège, envoya un couteau se planter directement dans son coeur. La maman se figea sous la douleur et cracha davantage de sang. Ses yeux exprimèrent sa peur puis petit à petit, la lueur de vie se voila. Johanna Prewett s'éteignit après avoir dit un dernier "je vous aime" à ses fils.

- MAMAN ! Hurla Fabian.

Il se débattit avec hargne, la douleur que procurait les couteaux semblait bien pathétique à côté de celle qu'il éprouvait dans son c½ur. Il resta un moment à tenter de la réveiller, l'appelant, la suppliant. Les yeux glacés fixaient la scène sans l'ombre d'une émotion, si ce n'était de la haine. Fabian finit par braquer son regard vert sur lui, sa haine était à son paroxysme, il était désormais incapable de se dominer.

- ESPÈCE DE SALE CONNARD ! VA CREVER FILS DE...

L'homme s'avança vers lui d'un pas rapide, il semblait haineux. Il poussa son camarade, saisit ses poignets et les brisa net, lui arrachant un hurlement de douleur. Il se colla totalement à lui, approchant sa bouche de son oreille.

- Tu devrais te calmer Fabian... Je peux très bien t'arracher encore deux autres membres de ta famille... Ta s½ur ne doit pas être introuvable, si ?

Fabian laissa ses larmes couler, il tentait de se débattre mais l'homme était trop fort pour lui. Il éclata en sanglots incontrôlés, tremblant de tous ses membres. Pourquoi lui avait-il enlevé sa maman ? Pourquoi lui avait-il enlevé une partie de sa vie ?

- Lâche moi. Cracha le jeune garçon, ne se souciant plus du vouvoiement ou d'une quelconque politesse.

L'homme posa un bras sur sa gorge, l'étranglant doucement.

- Sache jeune homme, qu'on ne me donne aucun ordre. Sauf si tu ne tiens pas à la vie de ton frère ou de ta soeur... mais ça, il me semble te l'avoir assez expliqué.
- Lâche moi s'il te plaît ? Répéta Fabian d'un ton ou perçait l'ironie et une rage hors du commun.

Il se débattait avec plus de hargne que jamais. L'homme soupira, il le lâcha et s'avança près de Gideon. Il coupa la corde qui le maintenait et le pendit par le cou. Cette fois, son intention était très claire. Fabian lui avait répondu ? Fabian jouait ? Gideon en payait le prix. Il regarda ensuite Fabian droit dans les yeux, lui faisant comprendre qu'il s'agissait de sa punition pour avoir osé lui manquer de respect, puis, il disparut avec ses camarades. L'aîné tentait tant bien que mal de s'accrocher à la corde pour ne pas se faire étrangler, mais il était à bout de force, il ne tiendrait pas longtemps. Son petit frère poussa un cri de rage, il se débattit ensuite avec hargne pour tenter en vain d'aller l'aider mais son sang s'écoulait davantage, il ne faisait qu'agrandir ses blessures.

- MOLLY ! MA MOLLY J'AI BESOIN DE TOI ! ILS SONT PARTIS ! VITE MOLLY !

Il entendit des bruits de pas en haut, une porte s'ouvrir et sa s½ur descendre les escaliers à toute allure. Lorsqu'elle vit la scène, elle poussa un hurlement de terreur et de désespoir, ses larmes coulant en abondance. Il y avait du sang partout, ses mains tremblaient avec force.

- Arrête de pleurer je t'en prie, ouvre les yeux, ne regarde pas maman... Tu es la seule qui n'est pas attachée.

Mais Molly avait le visage caché dans ses mains, pleurant à chaudes larmes. Elle s'était réfugiée sous la table, recroquevillée sur elle-même.

- Mon bébé... Prends un des couteaux qui est par terre, monte sur la chaise et coupe la corde qui étrangle Gideon...

Sa petite soeur s'exécuta tel un zombie qui ne savait pas vraiment ce qu'elle faisait. Mais à force de s'acharner, elle parvint à couper la corde qui tuait son grand frère à petit feu. Gideon s'effondra contre le sol. Il toussait avec force, était anéantit et pleurait toutes les larmes de son corps. Il leva la tête vers sa mère, pleurant de plus belle. Il s'approcha d'elle et caressa sa joue. Il la prit dans ses bras, le coeur brisé de l'avoir perdue, caressant ses cheveux. Fabian déglutit en voyant la scène, des larmes coulaient sur ses joues, mais la haine était bien présente aussi. Impossible à tempérer. Comme souvent. Il regarda sa petite soeur qui, elle, refusait toujours de poser les yeux sur sa maman.

- Mollynette, ne regarde pas d'accord? Écoute moi. Tu vas prendre de la poudre de cheminette et tu vas te rendre directement dans le bureau de papa. S'il est là, tu l'avertis, sinon, tu attends qu'il rentre, tu ne bouges pas de son bureau, c'est clair?

Molly s'exécuta à nouveau. Une fois dans le bureau de son père, elle attendit qu'il entre avec Aaron Potter. Anton s'inquiéta lorsqu'il vit sa petite fille en larmes, il se précipita vers elle, la prenant dans ses bras.

- Ma puce, qu'est-ce qui se passe ? Pourquoi tu pleures ?

La petite fille le serra de toutes ses forces, incapable de s'exprimer, elle ne cessait de pleurer. Elle dut cependant prendre sur elle, et c'est ce qu'elle fit. Prononcer les mots qui suivirent fut pour elle une torture, ils brûlèrent sa gorge et son c½ur.

- Maman... y a... y a des méchants ils sont arrivés... ils... ils ont fait du mal aux garçons et ils... maman... maman est morte...

Elle pleura de plus belle. Le coeur d'Anton Prewett se fissura en mille morceaux, des larmes apparurent dans ses yeux. Puis, avec sa fille et son collègue, il se rendit chez lui. Anton poussa un long hurlement de détresse en voyant l'état de sa femme, il se précipita vers elle et la serra contre lui. Fabian le regarda avec peine, il était en larmes et n'en pouvait plus de voir sa maman dans une marre de sang. Son propre sang. Il regarda Aaron et l'implora silencieusement de le détacher. Il avait mal. Il voulait juste se réveiller de cet horrible cauchemar. Le chef des aurors s'approcha et fit disparaître les couteaux qui le maintenait au mur, Molly s'était blottie contre lui, inconsolable. Il regardait les Prewett avec tristesse et ne put s'empêcher de verser quelques larmes. Il avait toujours apprécié Johanna qui était une femme aimante et adorable. Il resserra l'étreinte de la petite fille. Fabian, lui, alla s'agenouiller près de son grand frère, il se mit alors à pleurer à chaudes larmes, il serra fort son aîné. Il avait eu si peur de le perdre lui aussi, ils avaient été si méchants avec lui. Pourquoi ? Qu'avaient-ils fait pour mériter ça ? Qu'est ce que sa maman faisait à part le bien autour d'elle ? Inconsolable, il posa une main sur celle de son père et le fixa de ses yeux verts.

- Pourquoi papa ? Pleura t-il.

Anton le regarda et pleura de plus belle, continuant de serrer le corps de sa femme. Il ne voulait pas y croire, il refusait cette évidence. Son c½ur semblait avoir éclaté en mille morceaux. Et c'était très douloureux.

- Je... ce sont des mangemorts. Elle est une Auror... je...
- Non. C'était plus que ça papa, elle le connaissait.
- Fabi... les mangemorts sont de véritables...
- Je te dis qu'elle le connaissait ! S'énerva son fils. Elle le tutoyait, elle semblait... elle savait qui c'était.

Fabian frappa du poing sur le sol, enragé. Anton regarda un instant son fils aîné et aperçut les traces rouges dans son cou, il les caressa du bout des doigts et posa ses yeux sur Fabian, les sourcils froncés. Son fils ne fit plus attention à cette discussion, il tentait de se calmer mais c'était impossible. Il s'allongea à côté de sa maman, caressant doucement sa joue. Aaron posa ses yeux sur son collègue. Comment Fabian pouvait-il être si certain de ce qu'il avait vu ? Qui donc aurait pu tuer Johanna ? Qui aurait pu vouloir du mal à cet ange ? Anton, lui, semblait trop désespéré pour pouvoir réfléchir, il était incapable de se poser des questions, il souffrait trop pour ça. Potter appela alors les trois enfants, il les embrassa chacun leur tour.

- Ça vous dis si je vous emmène à la maison? Vous joueriez avec James cet après midi, ça vous ferez du bien. Je dois aider votre papa à faire beaucoup de choses...
- Je... il faut que... l'hôpital. Parvint simplement à dire Anton.
- Lola les soignera, elle prendra soin d'eux.

Fabian le regarda droit dans les yeux, il posa ensuite son regard sur son père. Il avait tout sauf envie de jouer mais visiblement, c'était pour leur changer les idées, pour les faire sortir de cette maison. Anton les regarda et leur indiqua d'un signe de tête d'aller chez les Potter. Ils avaient vu beaucoup trop d'horreur pour leur jeune âge. Il les regarda disparaître avec son ami et s'effondra réellement une fois seul. Dehors, malgré le ciel clair, quelques nuages noirs étaient apparus. L'un d'eux était impressionnant, il était noir et formait une tête. Une langue en forme de serpent sortait de la bouche, semblant balayer les autres nuages si insignifiants.


[Flashback]

La petite fille brune rigolait, elle poussa son frère, qui, contrairement à elle était d'un blond presque blanc.

- Arrête de m'embêter Ab' !
- Mais non, j'aime bien, c'est drôle de te voir « essayer » de me repousser...
- Allez euuuuuh ! Arrête de te moquer de moi !

Abraxas Malefoy sourit. Il devançait sa petite s½ur Johanna de deux ans, fêtant aujourd'hui son onzième anniversaire. Il rentrait à Poudlard cette année et il en était fier. Leur grand frère, Caius, passa dans le salon à ce moment là. Lui, était déjà en troisième année. Il leur jeta un regard dénué de toute émotion et alla s'asseoir dans le canapé, ouvrant un livre de cours et s'y plongeant dedans. Abraxas avait un air triste. Sa petite s½ur, n'aimant pas le voir dans cet état, alla se planter devant l'aîné, les poings sur les hanches, ses yeux verts le fixant d'un air sévère.

- Caius, t'es franchement pas gentil !
- Dégage microbe, je suis occupé là tu vois pas ?
- Je m'en fiche.
- Si je me lève, tu ne vas pas t'en foutre, je t'aurais prévenu...

Abraxas échangea un regard avec sa s½ur, il lui fît signe de laisser tomber mais elle était loin d'être de cet avis.

- Tu m'écoutes Caius ? Appela t-elle.
- Mmh. Répondit ce dernier, ne lui accordant pas la moindre importance ni valeur.

Alors, Johanna prit son livre et le cacha derrière son dos. Abraxas guetta la réaction de leur frère avec crainte. Et il y avait de quoi. Caius la regarda avec haine avant de se lever.

- Dis moi que j'ai rêvé là...
- Non tu n'as pas rêvé ! Aujourd'hui c'est bien l'anniversaire de ton petit frère ! Répliqua la petite fille en commençant cependant à reculer de quelques pas. Ce serait vraiment sympathique de ta part de faire le gros effort de le lui souhaiter...

Caius avait prit un air menaçant qui ne présageait rien de bon. Abraxas, qui, lui, faisait toujours tout pour éviter de provoquer la colère de son grand frère, était inquiet. Johanna recula un peu plus. Elle était assez courageuse comparé aux autres. Elle n'avait que neuf ans mais ne s'empêchait jamais de dire haut et fort ce qui ne lui plaisait pas. Hors, parfois, il aurait mieux valu. Caius avança lentement, les poings fermés sous la rage. Johanna gémit alors. Elle baissa la tête et lui tendit son livre, les mains tremblantes. Son frère le lui arracha brutalement des mains, la faisant tituber. Il s'approcha jusqu'à ce qu'il ne soit plus séparés que par quelques millimètres et lui releva le menton. Johanna, bien qu'intimidée et effrayée, affronta son regard, braquant ses yeux verts sur lui sans ciller. Il la gifla alors violemment et la petite fille tomba au sol, tenant sa joue, les larmes aux yeux.

- Caius ! Mais ça va p...Commença Abraxas avant de se taire devant son regard menaçant.
- Tu as quelque chose à dire ?

Le plus petit frissonna. Il ne répondit pas et se précipita vers sa s½ur, essuyant ses larmes et la serrant contre lui. A ce moment là, Susan, leur mère descendit les escaliers et entra dans le salon. Elle regarda sa fille avec inquiétude et s'avança vers elle, l'aidant à se lever, déposant un baiser sur son front tout en caressant sa joue. Elle se tourna ensuite vers Caius et le fusilla du regard.

- Qu'as-tu encore fais ?
- Elle m'a provoqué, elle a eu ce qu'elle méritait. Répondit simplement Caius comme si c'était normal.
- C'est ta s½ur enfin Caius ! S'énerva Susan, triste et en colère.

Lorsque le père, Caleb Malefoy, les rejoignit, l'aîné fût obligé de raconter en détails la scène qui s'était déroulée. Ce dernier le fixa intensément avant de tourner ses yeux bleus glace vers sa femme, sans accorder d'attention à sa fille qui pleurait.

- Elle est une fille, elle n'a pas à provoquer Caius, ni aucune autre personne de sexe masculin. Dit-il simplement.

Johanna se blottit un peu plus contre sa mère en pleurant. Mais au fond, elle trouvait ça vraiment injuste. Susan le regarda avec colère.

- Il l'a frappée ! S'indigna t-elle.
- Ce n'est pas la première fois et ça ne sera pas la dernière si elle continue sur ce chemin...

La petite fille regarda son père avec tristesse et crainte mélangées.

- Je voulais juste qu'il soit gentil avec Abraxas ! Il ne lui a même pas souhaité son anniversaire !
- Et je peux savoir en quoi ça te regarde ? Répliqua son père en s'avançant.

Johanna se serra un peu plus contre sa mère mais le fixa de ses yeux verts.

- Ab' était triste...

Caleb était si froid que ça faisait peur. Un iceberg n'aurait pas dégagé une telle froideur. Il se posta face à elle et la regarda intensément. Elle détourna les yeux un instant avant d'affronter à nouveau son regard.

- Si Abraxas à quelque chose à dire,c'est à lui de le faire. Pas à toi. Toi tu te tais.

Le père Malefoy se tourna ensuite vers son plus jeune fils ainsi que Caius.

- Tu as quelque chose à dire ?

Abraxas déglutit sous leurs regards, ce qui fît sourire son frère aîné. Il croisa les yeux de sa s½ur mais baissa la tête.

- Non. Souffla t-il.
- Très bien. Histoire réglée. Conclut Caleb.

Il posa ses yeux sur sa fille.

- Fais attention à ton comportement, Johanna. Je n'aimerais pas devenir méchant.

Une fois que son père fût parti, la petite fille fusilla son frère aîné du regard et sortit de la maison en courant, en larmes et énervée. Il n'y avait qu'elle qui était normale dans cette maison.

[...]

Personne n'était venu chercher les enfants Malefoy à la gare, ils marchaient côte à côte dans un silence pesant. Abraxas regarda sa petite s½ur avec peine. Elle avait des larmes dans les yeux et tenait son poignet qui tremblait anormalement. Elle avait mal. Johanna marchait le plus loin possible de Caius, le regardant avec crainte, de peur qu'il ne s'énerve encore. Il était si imprévisible. Ce dernier, désormais âgé de quinze ans, se tourna vers elle et la regarda avec haine.

- Ne pleure pas déjà, c'est à la maison que ça va barder.
- Mais Caius, j'ai pas choisi... Gémit Johanna.
- Ferme là. Siffla t-il.

Johanna se tût. Elle avait peur. Elle ne voulait pas rentrer chez elle. Elle avait malgré elle atterrit à Gryffondor. Le choixpeau ne lui avait proposé aucune autre maison. Elle avait bien tenté de demander Serpentard, mais il lui avait clairement fait comprendre qu'elle n'avait rien à y faire. Cependant, elle ne pouvait pas expliquer ça à son père. Il en serait d'autant plus fou de rage. Elle en avait bien discuté avec Abraxas, mais elle savait que ce dernier avait trop peur pour tenter quoi que ce soit. Tout comme sa mère. Ce fût tremblante qu'elle passa la porte de leur manoir. Sa mère était assise dans le canapé, le visage inquiet. Son père, lui, était appuyé contre la cheminée, un verre de whisky à la main. Ce n'était visiblement pas le premier qu'il buvait, et il vida celui-ci d'un trait. Johanna trembla de plus belle. Et alors qu'il s'avançait, elle vît contre toute attente Abraxas se placer devant elle, regardant son père d'un air implorant. Même si elle savait qu'il ne pourrait pas faire de miracles, elle était touchée par son geste. Caleb fusilla son plus jeune fils du regard.

- Écarte toi, fils. Ordonna t-il.
- Non. Père s'il te plaît... Elle n'a pas choisit. Je t'en prie...

Caleb soupira et regarda son fils aîné, lui ordonnant silencieusement d'intervenir. Ce dernier s'avança et attrapa brutalement son petit frère par sa chevelure blonde. Abraxas tenta de se débattre tandis que son père emmenait Johanna dans sa chambre mais Caius le plaqua violemment contre le mur en l'étranglant, le fusillant du regard.

- Tu t'opposes ? Siffla t-il.
- Caius, il va la tuer... Gémit le plus jeune en grimaçant.
- Tu ne devrais même pas t'en soucier. Elle n'est qu'une traître. Un déchet. Une moins que rien.
- C'est ta s½ur !

Caius lui donna un puissant coup de poing dans le ventre, hargneux.

- Elle n'est rien. Une fille faible et inutile, c'est tout.

Abraxas protesta. Mais il finit par se taire sous les coups que lui distribua son grand frère. Pendant ce temps, Johanna, malgré son jeune âge, testait pour la première fois le sortilège doloris. Elle hurlait encore et encore, se tortillant, le corps meurtrit. Des larmes coulaient sur ses joues, tandis que son père avait un masque de haine. Susan monta en courant les escaliers, elle se plaça face à lui et prit ses poignets, détournant sa baguette, tentant en vain de le supplier, de le tempérer. Cependant, son mari la repoussa brutalement, la faisant s'effondrer.

- T'as rien à dire. Cracha t-il. Je vais lui faire payer son déshonneur.
- Père... Supplia Johanna, en larmes.

Mais ce jour là, Le petite Johanna Malefoy, onze ans, finit sa première journée de vacances à l'hôpital Ste Mangouste, à moitié brisée par son propre père.

[...]

Plus le temps passait et moins Johanna parvenait à accepter la façon dont son père et son frère la traitaient injustement. Comme si elle n'était qu'une esclave destinée à leur obéir, une moins que rien. Sauf que la jeune fille était tout sauf ça.

- Va me chercher un whisky. Ordonna Caius, confortablement installé sur son fauteuil.

La jeune Malefoy échangea un regard avec sa mère, cette dernière l'implora silencieusement de ne rien dire et d'obéir, sauf que Johanna ne l'entendait pas de cette oreille. De plus, aujourd'hui son père n'était pas là et il ne rentrerait sûrement pas avant quelques jours. Elle avait désormais quatorze ans et n'était plus la petite fille apeurée. Certes, ils l'effrayaient lorsqu'ils s'énervaient et s'en prenaient à elle mais elle ne se taisait plus, ne suppliait plus. Cependant, elle ne supportait pas d'être soumise à leur volonté, de devoir faire ceci et cela sous prétexte qu'ils le lui demandaient, tel un elfe de maison. Caius se tourna vers elle alors qu'elle n'avait pas bougé d'un pouce, il fronça les sourcils.

- Je t'ai demandé quelque chose.

Johanna le regarda droit dans les yeux.

- Pourquoi donc tu ne bougerais pas tes grosses fesses pour une fois ?

Son frère se leva, il fît craquer sa nuque et ses poings, sans jamais la quitter des yeux.

- Pardon ?
- Oh mais dis moi tu te fais vieux ou quoi ? Ton audition se dégrade déjà ? C'est inquiétant à dix huit ans...

Caius sourit d'un air mauvais.

- Il aurait mieux valu pour toi qu'elle se dégrade...
- Oh, mon Dieu j'en tremblerais presque !

Elle avait posé une main sur son c½ur comme s'il allait lâcher sous l'angoisse, un air moqueur et méprisant sur le visage. Son frère s'approcha doucement, sans se départir de son sourire. Il était dangereusement calme.

- Presque ? Ou ça va bientôt venir ? Demanda t-il, ironique.

Johanna éclata d'un rire moqueur, augmentant la haine que ressentait son frère. Elle savait pourtant qu'il était dangereux, bien plus que la moyenne. Mais elle en avait assez de le voir se délecter du pouvoir qu'il avait sur tout le monde. Un pouvoir malsain. Beaucoup de sorciers le craignait. Des enfants, adolescents, en passant par les adultes. Il était enfoncé dans la magie noire, les meurtres, sans pour autant s'allier à Voldemort. Il faisait son propre « business ». Et c'en était d'autant plus inquiétant, à seulement dix huit ans. Il n'était que haine. Johanna était la seule à lui résister. Il la haïssait de plus en plus jour après jour. Elle était là, à le défier de ses yeux verts, sans cesse, sans jamais abandonner malgré ce qu'il lui faisait subir. Il allait finir par la tuer. Il continua d'avancer et Johanna se contentait de le regarder, comptant mentalement le nombre de secondes qui lui restait à vivre. Caius avait la haine. Une rage profonde, puissante et incontrôlable s'emparait de lui dès qu'il avait sa s½ur en face. Sa petite s½ur, réalisant l'ampleur de ses dégâts toujours plus tard que nécessaire, recula alors de plusieurs pas, avant de se mettre à courir pour aller se réfugier à l'étage, son frère à ses trousses. Paniquée, elle ouvrit la porte de la chambre d'Abraxas et se réfugia dans ses bras.

- S'il te plaît, aide moi...
- Jo ? Qu'est ce que...

Caius entra alors à son tour dans la chambre de son jeune frère, les fusillant tous les deux du regard. Abraxas frissonna. Johanna gémit, se plaçant à côté de lui, tenant sa main avec force.

- Oh, tu as donc l'intention de t'opposer à moi petit frère ? Sourit Caius en s'avançant.

Abraxas regarda sa s½ur, puis son frère. Pourquoi le mettait-elle dans cette situation ? Elle savait parfaitement qu'il était incapable de résister à son grand frère et son père. Il avait déjà tenté et avait prouvé maintes fois qu'il n'avait pas son courage malgré ses essais. Pourquoi fallait-il qu'elle le foute dans les embrouilles ? Johanna se mordit la lèvre, coupable.

- Je... Commença Abraxas.
- Te rappelles-tu de ce que t'as dis père la dernière fois ? Nous n'aimerions pas que tu aies perdu la mémoire entre temps...

Le jeune Blond déglutit, mal à l'aise, effrayé. Non, il n'avait pas oublié. Il n'aurait pas pu oublier le fait qu'ils tentent par n'importe quel moyen de le séparer de sa petite s½ur. Il n'avait pas oublié leurs menaces. Caius le regardait droit dans les yeux, s'approchant.

- Qu'est-elle Abraxas ?
- Une... traître. Murmura t-il, tout bas.
- Votre s½ur. Corrigea Johanna.

Caius fixait son frère, tandis que Johanna, elle, le regardait avec haine. Elle savait très bien ce qu'ils voulaient faire, et elle les haïssaient davantage encore pour ça...

- Les deux. Murmura Abraxas, angoissé par le regard sévère de son frère.
- Non ! Je suis ta s½ur ! Ne commence pas à écouter ce con Ab'. Grogna sa petite s½ur.

L'aîné s'avança alors et l'attrapa à la gorge, ne la lâchant pas des yeux.

- Bien sur qu'il m'écoute. Il m'obéit même au doigt et à l'oeil. Et tu sais pourquoi ? Parce qu'il s'entraîne pour son futur statut de serviteur de Lord Voldemort...

Johanna le regarda avec haine.

- Il ne sera jamais comme vous ! Il est trop gentil pour ça ! Il m'aime ! Alors ferme ta gueule Caius. Tu n'arriveras pas à nous séparer.
- Tu m'excuses, frangin, j'ai un petit litige à régler... Sourit Caius en regardant son frère.

Il serra sa prise sur la gorge de sa s½ur, plantant ses ongles dans sa chair et l'entraîna avec lui dans sa propre chambre, la jetant contre le sol. Johanna gémit, elle se redressa en position assise, se releva doucement, reculant de quelques pas, avant d'être bloquée par le mur. Son frère sourit, fier de la peur qu'elle ressentait face à lui.

- Johanna... Il va falloir qu'on règle quelques détails te concernant, nous concernant tous les deux. Vois-tu, je te considère comme un vrai déchet, une moins que rien, une fille faible et inutile, une fourmi qu'on écrase du bout du pied...

Sa petite s½ur le regardait avec haine mais à chaque insulte prononcée, elle recevait comme un coup de poignard dans le c½ur. Son frère, lui, était impassible, comme si ce qu'il disait était normal.

- Par conséquent à mes yeux, tout comme à ceux de père, tu n'as pas droit à la parole. C'en est ainsi pour tous les traîtres de ce monde. C'est dans la logique des choses. Ce qui fait que si tu parles, tu es punie... Et si tu parles mal, je ne préfère même pas préciser...

Johanna regrettait d'avoir ouvert sa bouche. Vraiment. Seulement, elle ne parvenait jamais à se contrôler, elle le haïssait tellement, lui en voulait tant pour sa méchanceté et sa vision incorrecte de la vie. Il était complètement ignorant, refusait d'aimer et s'enfonçait dans les ténèbres. Depuis toujours, il avait été ignoble et ne changerait pas. Elle frémit lorsqu'il s'approcha davantage. Elle risquait de sortir de cette chambre à moitié morte, si elle parvenait à sortir... Caius souriait. Il l'attrapa brutalement par les cheveux et la jeta par terre. Puis, il roua son corps de coups de pied plus fort les uns que les autres, ravi d'entendre ses hurlements. Il garda sa s½ur durant une bonne demi heure, jouant avec le sortilège doloris et les coups. Ce jour là, Abraxas n'essaya pas d'intervenir. Caius ne s'arrêta que lorsque sa petite s½ur fût évanouie. Il la fît léviter jusqu'à sa chambre, l'abandonnant sur le lit. Mais elle finit aussi sa journée à l'hôpital, ne se réveillant pas.

[...]

Johanna était furieuse. Quelques mois s'étaient écoulés. Elle avait de nouveau répondu à l'aîné et était encore allée se réfugier dans la chambre d'Abraxas. Ce dernier le lui reprochait amèrement.

- Oh mais mon pauvre Abraxas,je m'excuse sincèrement ! Pour rien au monde je ne voudrais que tu te prennes un coup, ça fait bien trop mal, je ne suis pas sure que tu puisses t'en remettre !

Son frère la regarda avec colère.

- Là n'est pas la question.
- Si ! C'est exactement ça ! T'as trop peur ! Tu te pisses dessus !
- Et tu ne trouves pas ça normal ? Excuse moi si madame n'a peur de rien, c'est vrai, elle est à Gryffondor...
- Ça n'a AUCUN rapport !
- Si ça en a. Répliqua Abraxas avec haine. Excuse moi de ne pas être courageux, d'être faible, d'être inutile...
- Ça c'est toi qui le dis, ce n'est pas moi. Et en même temps, tu n'as pas tort...
- Alors POURQUOI tu viens te réfugier dans MA chambre ? Auprès de MOI hein ? Vu que je suis faible !

Johanna posa son livre, se leva de son lit et le regarda avec colère.

- PARCE QUE JE T'AIME PAUVRE CON ! PARCE QUE ÇA ME RASSURE UN MINIMUM D'ETRE A TES COTES ! Mais si c'est trop te demander, c'est pas grave. Je suis vraiment désolée d'avoir besoin d'amour dans cette famille pourrie, vraiment désolée d''avoir besoin d'un de mes frères.

Abraxas fût touché et attristé par ses paroles, il la regarda droit dans les yeux, ne sachant quoi répondre. Des larmes remplirent alors les yeux de sa petite s½ur.

- Alors ça y est hein ? C'est devenu trop difficile voire impossible pour toi de me répondre ? De m'avouer que tu m'aimes en retour ?
- C'est faux. Répondit Abraxas en la prenant dans ses bras. Totalement faux, d'accord ? Je t'aime Jo' et je t'aimerais toujours, quoi qu'il se passe. Tu m'entends ?

Johanna laissa s'écouler sa tristesse et son ras le bol dans les bras de son grand frère. Elle l'aimait tellement que c'en était indescriptible. Elle savait que c'était réciproque. Mais jusqu'à quand ? Son père et Caius allaient-ils réussir à les séparer ?

[...]

La jeune femme brune, âgée de dix neuf ans, attendait dans le parc de Londres, elle n'était pas nerveuse mais semblait triste. Triste mais résignée. Elle regardait aux alentours, se revoyant sur la balançoire tandis que son frère la poussait doucement, ou tous les deux assis sur le banc, riant à leurs propres bêtises. A tout âge, ils s'étaient réunis ici, ça avait été leur coin, leur repère, leur exutoire. Et aujourd'hui, elle venait rompre tout ça. Elle posa ses mains sur son ventre. Les larmes lui montèrent aux yeux. Elle les ravala lorsqu'elle vît un homme encapuchonné approcher doucement. C'était lui. Elle reconnaissait sa démarche. Il s'avança rapidement et ôta sa capuche noire afin qu'elle puisse le voir, il regarda aux alentours, comme si, le fait qu'ils soient ensemble était défendu. Ce qui n'était pas faux en soit, mais encore là, alors qu'elle était auror et qu'il était mangemort, ils passaient au dessus des règles. Elle pensa un instant à son père et son autre grand frère. S'ils avaient su ce que faisait Abraxas dans leur dos, s'ils avaient su à quel point, au fond, il était loin d'être faible et prenait de grands risques pour elle. A la dernière bataille, il avait tout fait pour éviter qu'elle soit blessée, attaquant même les siens dans leurs dos, incognito. C'était simple, s'ils avaient su, il serait mort. Abraxas sourit et la serra contre lui. Johanna s'empêcha de pleurer, elle respira un instant son odeur avant de le repousser. Le jeune homme, perdu, la regarda, mi étonné, mi blessé avant que l'inquiétude ne prenne toute la place dans les expressions de son visage.

- Il y a quelque chose qui ne va pas ? Tu as besoin d'aide ? Qu'est ce qui se passe Jo ? Dis moi s'il te plaît...

Johanna le regarda droit dans les yeux.

- On ne doit plus se voir, Abraxas.
- Quoi ? Pardon ? S'indigna t-il. Mais on s'est jamais fait attraper, qu'est ce que ça peut faire ?
- Je ne veux plus te voir.

Son frère la regarda en secouant négativement la tête.

- Je ne te crois pas. Quelqu'un t'as menacé toi ou ton Prewett ou quoi ?
- Non. C'est ma propre décision.
- Mais Jo'...
- Est-ce que tu as vu dans quel état était Nathanaël ? Est ce que tu as vu l'état dans lequel était Cécilia ? Je te ferais dire, qu'à cause de vos tortures, Jared et elle ont perdu leurs bébés...

Abraxas se mordit la lèvre. Il la regardait cependant droit dans les yeux.

- Je ne peux pas être attendrit. C'est comme ça c'est tout, j'ai obéis aux ordres, ainsi que mes camarades. Elle était enceinte aussi, quelle idée de venir combattre...
- Et si ça avait été moi hein ?
- Tu sais bien que je fais tout pour que tune craignes rien.
- Réponds moi. S'il t'ordonnait de me tuer, de tuer mon fiancé et... que, comme aujourd'hui, j'avais un enfant dans le ventre, tu ferais quoi ?

Son grand frère eut un moment d'arrêt, il eut un sourire avant de poser une main sur son ventre. Elle avait déjà un fils d'environ un an, c'était peut-être tôt, mais il était fier d'elle. Cependant, sa soeur recula d'un pas. Elle avait désormais les larmes aux yeux.

- Je ne veux pas que tu approches de lui...
- Mais Jo', arrête ! Tu sais très bien que...
- Que quoi ? Que tu ne lui fera pas de mal ? Mais c'est faux, Abraxas. Parce que tu ne t'opposerais pas à lui s'il te le demandait...
- Alors quoi hein ? Tu viens me dire que c'est fini c'est ça ? Ricana t-il, nerveusement.

Il regarda aux alentours avant de montrer le décor en ouvrant grand les bras.

- Tu as choisi le bon endroit dis moi... Bravo. C'est pour que ça fasse encore plus mal, c'est ça ?

Il s'était mit à applaudir. Johanna était brisée à l'intérieur, mais, comme habituellement lorsqu'elle cachait ses faiblesses, elle ne laissait transparaître quasiment pas d'émotions, très peu de tristesse. Ce qui l'énerva davantage encore. Il s'approcha à deux millimètres et la regarda droit dans les yeux.

- Enlève ton PUTAIN de masque ! Regarde moi dans les yeux et redis le ! Et là je sortirais de ta vie. Seulement là.
- Je ne peux plus te voir, c'est tout Abraxas. Répondit-elle calmement.
- Tu ne PEUX plus ? Ou tu ne VEUX plus ? C'est ton cher fiancé qui te le demande, c'est ça ? Cracha t-il, haineux.
- NON. Répliqua fermement Johanna. Tout est de ma propre initiative. Je t'ai vu torturer et tuer certains de mes amis, sourire en le faisant, je ne veux pas d'un frère comme ça. J'en ai déjà un assez con, je refuse de voir le deuxième devenir son ombre...
- Tu me compare à CAIUS ? Siffla t-il. Alors c'est ça ? Tu crois que je suis comme lui ?
- C'est ce que tu es.
- Ah oui ? Je ne savais pas que le c½ur de Caius pouvait se briser, il n'en a pas. Le mien en tout cas, il fait vraiment mal là, c'est étrange...
- Je suis désolée. Murmura Johanna, tout bas.
- C'est bizarre, tu n'en as pas l'air. Rigola t-il.

Sa tristesse sortait sous forme de colère. Mais Abraxas n'avait pas simplement le c½ur qui s'était brisé d'un coup sec, il avait l'impression qu'il brûlait carrément, et qu'il n'allait rester plus que des cendres noires. Des cendres noires qui tueraient l'Abraxas qu'il était vraiment pour en créer un inhumain.

- Qu'est ce que tu n'as pas cessé de me répéter ? Ah oui je me rappelle... « Ne les laisse pas nous séparer, Ab', cesse d'être faible, bats toi, même si c'est dans leur dos... » C'est ce que j'ai fais durant toutes ces années, à leur mentir, à les tromper pour toi... Mais qui est faible dans l'histoire ?
- Je ne le suis pas. Je te perds contre mon gré. Mais je n'ai pas le choix, je ne veux plus voir ce à quoi j'ai assisté. Tu ne m'as jamais fais de mal. Et je te vois en faire aux autres, de la même façon que père et Caius m'en ont fait...C'est juste insupportable...

Abraxas la regarda avec haine. Cette même haine qui cachait sa tristesse. Johanna le comprit. Elle savait qu'il avait mal, qu'elle avait brisé une part de lui, mais elle ignorait et ignorerait certainement toujours jusqu'à quel point... Il se contenta de la fusiller du regard en revêtant lui aussi ce masque de colère.

- Casse toi. Dégage.

Sur le moment, sa petite s½ur crut que le laisser la haïr étancherait sa douleur. Que du coup, il s'en remettrait plus facilement. Mais tout ce qu'il avait espéré en prononçant ces mots, c'était qu'elle s'approche et le serre fort, lui répétant à quel point elle l'aimait, à quel point elle regrettait... Seulement, ce ne fut pas le cas. Elle recula de quelques pas, le regarda intensément, avec tristesse, avant de disparaître.

Abraxas fixait toujours l'endroit ou se tenait sa s½ur quelques secondes plus tôt. Son c½ur semblait ne plus battre, ne plus fonctionner. Il n'y avait plus que les cendres noires. La seule personne qui le rendait capable de rester humain malgré son statut venait de l'abandonner. Alors, à cet instant, il se tourna vers la balançoire et y mit le feu.

Johanna était en larmes, à genoux par terre, se tenant le ventre. Anton, son fiancé, se précipita aussitôt vers elle, l'aidant à se lever. Il la fît asseoir sur le canapé et elle se blottit contre lui. Il caressa son dos, inquiet, avant de la regarder intensément.

- Mon ange qu'est ce qui se passe ?
- R-rien.

Elle le serra un peu plus, inconsolable. Elle n'avait désormais plus que lui et sa famille. La famille Prewett, qui, allait devenir la sienne.

[...]

Les grondements sourds de l'orage semblaient faire trembler la maison d'un blanc nacré. Le vent soufflait si fort que les arbres perdaient des feuilles. Les gouttes tombaient en force, allant se mélanger avec l'eau de la piscine creusée qui trônait dans le jardin. A l'intérieur de la maison, une femme brune était assise dans le canapé, devant la cheminée avec deux bouts de chou dans les bras. Elle en posa un juste à côté d'elle et elle garda le deuxième dans ses bras, les regardant alternativement avec un grand sourire. Celui qui était assis à ses côtés avait un an et quelques jours et se nommait Gideon, il avait les yeux noisettes. Fabian, lui, avait tout juste une semaine et semblait avoir hérité des yeux verts de sa maman. Elle les aimait tellement. Le mari entra à son tour dans le salon, il sourit et déposa un baiser sur chacun des trois fronts avant de regarder sa femme droit dans les yeux et de lui tendre une enveloppe en soupirant.

- Pourquoi tu ne m'en a pas parlé, Jo' ?

Cette dernière se mordit la lèvre, elle tendit Fabian à son père. Elle ouvrit l'enveloppe et déplia la lettre qu'elle contenait. Elle observa l'homme de sa vie, espérant qu'il n'était pas trop en colère contre elle. Anton semblait juste incompréhensif. Johanna soupira, elle prit sa main.

- Je voulais juste qu'il les voit au moins en image. Je te promet qu'on ne s'écrit pas beaucoup. Il ne les verra jamais réellement, je te l'ai juré. Ils n'entendront jamais parler de lui. Mais... il peut quand même juste avoir quelque photos, non ?

Anton s'accroupit devant elle, posant ses mains sur ses genoux, la regardant droit dans les yeux.

- Tu regrettes de l'avoir laissé tomber n'est ce pas ?
- Non. Sincèrement, non, chéri. C'était trop dangereux. Bien sur, il me manque et me manquera toujours. Mais je ne peux pas accepter ce qu'il est devenu. Il le sait. Je le lui ai dis.
- C'est... important pour toi, qu'il les voit ? Malgré tout ? Demanda t-il.
- Je... oui. Je... j'en ai envie...
- D'accord. Souffla Anton. C'est étrange qu'en tant que mangemort, il garde tout de même le contact...
- Il tient à moi... Enfin, je crois.

Johanna avait fini sa phrase sur un ton triste. Anton caressa sa joue avec douceur, n'aimant pas la voir mal. Mais elle lui sourit avant de déposer ses lèvres sur les siennes et, tandis qu'il jouait avec les bébés, se penchait sur la lettre qu'elle avait reçu.

Bonjour Johanna,

Es tu vraiment sincère lorsque tu me demandes comment je me porte ? Je ne sais plus quoi en penser... Mais visiblement, même si tu assures que tu ne veux plus me voir, je constate que tu accordes un peu d'importance à ce que je deviens... Tu m'avais l'air sincère lorsque tu as dis que Lucius me ressemblait comme deux gouttes d'eau et crois moi, j'en suis ravi. Tes enfants sont très beaux. Mais cela ne m'étonne pas. J'espère pour toi qu'ils suivront le même chemin que toi, étant donné que tu ne supportes pas ce que leurs oncles sont devenus... Enfin, je vais cesser là mes reproches, sinon je sais que tu balancera ma lettre au feu avant de l'avoir terminée... Je ne sais pas quoi te dire de plus, simplement j'espère que tu es heureuse et épanouie. Je suis bien trop fier pour t'avouer que tu me manques, donc je me contenterais de dire que ma vie suit son cours, et que tout va bien. J'aime ma famille. Je ne leur ferais jamais de mal. Je ne suis pas le monstre que tu crois. Je sais ce qu'est l'amour. Je n'ai pas à me justifier, c'est la vérité. Malgré ce que je suis. Malgré tout ce dont tu m'accuses... Je reste Abraxas, celui que tu connais plus que quiconque et celui que tu as aimé dans le passé. Je pense que ce sera ma dernière lettre. A quoi bon t'écrire si je ne peux plus te voir ? A quoi bon m'écrire si tu ne veux plus me voir ?

Porte toi bien, Jo.

Abraxas Malefoy.


Johanna essuya les quelques larmes qui roulaient sur ses joues et prit Gideon dans ses bras, le serrant contre elle. Alors, son bébé lui fit un magnifique sourire et serra son doigt dans sa main.

- Mama.

La jeune maman pleura de plus belle mais cette fois-ci, un sourire éclaira son visage. Elle déposa ses lèvres sur le front de son fils. Tandis que Fabian, lui, fixait son papa de ses yeux verts si envoûtants.

[...]

- Mamaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaan !
- Quoi  mon c½ur ?
- Mais Fabi il vient m'embêter aloys que ze zoue !

Johanna soupira. La petite terreur lui avait laissé quoi, une demi seconde de répit ? Elle regarda Gideon.

- Qu'est ce qu'il t'as fait ?
- Il a tout mis pay teyye mes peysonnazes !
- C'est même pas vyai d'aboyd !

Johanna prit un air sévère et le regarda droit dans les yeux. Fabian la regarda sans baisser la tête, ni même rougir, ni même se sentir coupable. Il était d'une mauvaise foi à rendre dingue un sage.

- Tu embêtes encore ton frère ?

Il prit alors un air triste et jeta un ½il à son grand frère avant de regarder sa maman.

- Mais Gideon il veut pas zouer avec moi, aloys ze m'ennuie de lui. Répondit-il d'un ton à vous fendre le c½ur.

Mais c'était aussi le ton qu'aurait employé un menteur professionnel. Johanna, le connaissant assez pour le savoir, haussa les sourcils. Il grommela et haussa les épaules.

- Ze voulais zuste l'embêter un peu...
- Touzouys tu m'embêtes ! Protesta Gideon.
- Payce que sinon c'est pas dryôle.

Gideon croisa ses bras sur sa poitrine, boudeur. Fabian le regarda avec un sourire amusé. Johanna soupira et prit l'aîné dans ses bras, caressant sa tête.

- Ne sois pas en colère mon c½ur. Tu as beaucoup de chance d'avoir ton frère tu sais.
- Oui ze sais mais il m'éneyve...

La maman soupira, elle le serra un peu plus contre elle. Même si Johanna savait que ces disputes étaient banales, des histoires de gosses de quatre et trois ans, elle ne pouvait s'empêcher d'avoir peur à l'idée que ses enfants se désunissent un jour. Elle, elle aurait tellement aimé être toujours auprès des siens, que tout soit parfait comme pour ses propres enfants. Fabian fît alors la moue en les voyant tous les deux tristes et pensifs. Il s'approcha et s'accrocha à la jambe de sa maman, la regardant de ses petits yeux verts. Puis, son regard se posa sur Gideon.

- Ze t'aime Gid.

[...]

Gideon entra en courant dans la maison, criant à plein poumons.

- Mamaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaan Papaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa !

Johanna accourut aussitôt, suivie de près par Anton. Tous deux semblaient inquiets.

- Qu'est ce qui se passe Gid ?
- Y avait les garçons dehors ils embêtaient Molly, les petits moldus. Alors Fabian il...

Tous les deux accoururent dehors, Johanna prenant la main de son fils. Lorsqu'ils arrivèrent devant l'aire de jeux, Fabian était sur un petit garçon de son âge et le giflait sans s'arrêter. D'autres gamins les regardaient, paniqués. Gideon le fixait d'un air embêté, ne sachant pas quoi faire, ce n'était pourtant pas faute d'avoir essayé. Anton se précipita et souleva son fils, le retenant. Cependant, ce dernier se débattait, empli de haine. Johanna se plaça face à Fabian, caressant sa joue avec douceur. Ce dernier, âgé d'à peine sept ans, continuait de se débattre avec une force étonnante.

- Mon c½ur, je t'en prie, calme toi...

Gideon se dirigea vers Molly qui pleurait, il lui prit la main et alla se placer à côté de leur père. La petite fille s'inquiétait de voir son frère dans cet état. On aurait presque dit un fou. Mais il était juste fou d 'amour pour les siens, et fou de haine dès qu'on leur faisait du mal. Fabian poussa un cri de rage. Seulement, sa mère prit son visage entre ses mains et le regarda droit dans les yeux, caressant ses joues.

- Mon ange... C'est passé d'accord ? Il y a des merdeux partout. Il y en aura toujours. Calme toi s'il te plaît.

Fabian allait continuer de se déchaîner mais sa maman le prit dans ses bras et le berça, s''éloignant doucement vers la forêt. Elle s'isola seule avec lui. Johanna s'assied contre un arbre et continua de le bercer en chantonnant une comptine. Son fils avait laissé des larmes de rage couler. Elle s'inquiétait beaucoup pour lui. Elle caressa sa joue et le regarda avec attention, essuyant ses larmes. Fabian se calma peu à peu, blottit contre elle, la tête enfouie dans son cou. A ce moment là, une licorne approcha d'eux, lentement, elle resta tout de même à deux bons mètres. Le petit garçon était émerveillé. Sa maman caressait toujours sa joue.

- Tu vois, Fabian. Si tu te sens triste ou en colère, il n'y a pas de meilleur endroit que cette forêt pour t'apaiser. Je viens ici quand j'ai besoin de réfléchir, je me sens tout de suite mieux, ça permet de s'évader. Parce que dans la nature, tout est beau et simple. Contrairement à nos vies.

Johanna soupira et caressa ses cheveux.

- Regarde moi mon c½ur.

Le petit garçon tourna ses yeux vers sa maman, clignant des paupières pour faire disparaître les dernières traces de larmes.

- Pourquoi tu t'es autant énervé  ? Qu'est ce que tu ressens ?
- Le garçon il avait bousculé Molly, il l' a faite tomber en lui disant qu'elle n'était pas normale.
- Tu trouves que c'est méchant ?
- Oui ! Il a pas le droit.
- Tu es en colère ?

Fabian acquiesça vivement en baillant, le regard traversé par la colère. Sa mère soupira et le serra un peu plus. Elle avait peur de ce caractère impulsif, il lui rappelait quelqu'un. Mais contrairement à son grand frère Caius, Fabian était rempli de bonnes intentions et prêt à tout pour les défendre.

[...]

Le jeune Prewett n'avait jamais vu pareille beauté. Le château se tenait face à eux, derrière le lac, droit, fier, imposant. Ses murs de pierre semblait indestructibles. L'immensité de Poudlard transmettait un sentiment de sécurité. Fabian était carrément émerveillé. Dans la même barque que lui se trouvait deux jeune garçons avec qui il était dans le train. Deux rigolos. L'un avait les cheveux noirs et des yeux aciers qui semblaient vous transpercer sur place. Le genre de personnes à qui on ne pouvait pas mentir. Il était drôle, avait l'air assez sur de lui et ne semblait pas laisser de place au doute. L'autre avait des yeux noisettes et des cheveux bruns qui partait dans tous les sens, un sourire constamment accroché aux lèvres. Ils s'appelaient Sirius et James.

- Hé putain James, Fabian, vous avez vu comment c'est géant ?

Un autre garçon monta avec eux, il semblait ne plus y avoir assez de place dans la barque ou ses amis s'étaient précipités. Il était blond et avait des yeux bleus glace à vous couper le souffle, il portait un masque de froideur et d'arrogance.

- A quelque chose près, mon manoir est aussi spacieux.

Les trois amis se tournèrent vers lui, Sirius haussant un sourcil.

- Et ta tête enfle tellement qu'elle surpasse ton manoir et Poudlard visiblement.

James éclata de rire, rapidement suivit de Fabian. Le jeune garçon se renfrogna, il le regarda avec haine.

- Tu ne sais pas à qui tu parles.
- Oh... autant pour moi...

Sirius s'avança et le regarda droit dans les yeux.

- Sirius Black.
- Lucius Malefoy.

Le jeune Black grimaça.

- Ah je comprends mieux d'un coup...
- Comprendre quoi ? Répliqua Lucius d'un ton glacial.
- D'où te viens cette fâcheuse tendance à te vanter. Répondit simplement Sirius en se détournant et en l'ignorant royalement.

Mais le petit Malefoy avait la rage. Il s'avança et s'apprêta à pousser celui qui avait osé le défier. Sauf que, Fabian réagit plus vite. Incapable de réfléchir plus d'une seconde, il poussa Lucius directement dans l'eau. James Potter éclata de rire, carrément hilare tandis que le jeune Prewett se mordait la lèvre, soudain coupable. Peut-être ne savait-il pas nager ? Ses deux camarades ne semblaient pas s'en soucier outre mesure.

- Monsieur Hagrid! Appela Fabian, paniqué en ne voyant pas Lucius remonter à la surface.

A ce moment là, le jeune Malefoy réapparut. Hagrid, à l'aide de son parapluie rose, le ramena à l'intérieur de la barque. Le petit blond était trempé jusqu'aux os. Il claquait des dents et tremblait, fusillant Fabian du regard.

- Euh... je suis désolé. Je voulais le défendre, je ne pensais pas que tu chavirerais.

Il lui tendit une main sans le lâcher des yeux. Seulement, les yeux bleus glace le fusillaient toujours. Il tapa violemment dans sa main pour l'écarter.

- Un Malefoy n'excuse personne.
- Tu ne donnerais donc pas une deuxième chance ?
- Jamais.


Le petit Prewett soupira puis haussa les épaules. Après tout, si monsieur était caractériel ce n'était pas son problème, lui, il n'avait plus rien à se reprocher, ses excuses étant faites. Ils arrivèrent sur le berge et furent émerveillés. De plus près, le château était d'autant plus impressionnant. A l'intérieur, des torches éclairaient les couloirs. Sur leur passage, les tableaux leur souhaitèrent la bienvenue. Un chevalier étrange sortit son épée lorsqu'il vit James.

- En garde petit insolent mal coiffé ! Je vais te réduire en bouillie !

Le jeune Potter le regarda un instant d'un air étonné avant d'éclater de rire.

- Et comment vas-tu faire ? Explique moi, j'ai hâte de savoir.
- Vous apprendrez monsieur, que le chevalier du catogan est plein de ressources.
- Tu sais, en principe, quand on est dans un portrait, on y reste... Répondit James d'un air malicieux.
- Espèce de voyou ! Chenapan ! Vaurien ! Je ne t'oublierais pas !

Les trois amis éclatèrent de rire. Sirius attrapa deux autres garçons par le bras, tout sourire.

- Remus, Peter ! On vous avait perdu !
- Pettigrow est mon nom de famille, j'ai du venir à la nage, j'étais trop lourd pour la barque...

Tous les cinq éclatèrent carrément de rire, Sirius ébouriffant les cheveux du jeune garçon.

- N'importe quoi. Dit Remus en soupirant.

Les premières années furent conduit à une dame d'apparence glaciale. Fabian la jugea méchante. C'était toujours ainsi, au premier aperçu parfois les gens vous semblaient être mauvais. Mais le jeune Prewett ne connaissait pas encore la véritable méchanceté.

- Lorsque les portes s'ouvriront, vous me suivrez. A l'intérieur, le choipeau magique vous placera dans une des quatre maisons qui deviendra votre. Vos succès lui feront gagner des points, vos manquements au règlement lui en feront perdre...

Fabian s'empêcha de rigoler en entendant derrière lui Sirius murmurer un « Game over tilalilaloum. Je m'excuse d'avance ». Le professeur McGonagall, qui, apprit Fabian, était la directrice adjointe et la directrice de la maison Gryffondor, entra dans la grande salle en les laissant là, refermant la porte derrière elle. Le jeune Prewett soupira. Il angoissait au fond de lui. Et s'il n'était pas à Gryffondor comme le restant de sa famille ? Cette idée l'inquiétait sincèrement malgré le fait que sa mère l'ait rassuré. Sirius souffla bruyamment. Fabian se tourna alors vers lui.

- Qu'est ce qui t'arrive ?
- J'ai bien peur d'atterrir dans la même maison que ma famille. Ça me ferait sincèrement chier.

Son ami fronça les sourcils. Il ne comprenait pas qu'on veuille faire l'inverse. Sirius sembla lire dans ses pensées.

- Ils ont tous été à Serpentard.

Fabian grimaça.

- Je comprends mieux.
- Et toi ? Ou voudrais-tu aller ? J'ai vu dans le train que ton frère était aux couleurs rouge et or.
- Toute ma famille était à Gryffondor... J'ai un peu peur de faire exception.
- Tu sais, c'est toujours bon de se démarquer. Sourit Sirius.
- Dans ton cas oui, pas dans le mien.

A cet instant, les deux portes s'ouvrirent. Fabian se sentit incapable de bouger. D'ailleurs, il resta planté là jusqu'à ce que James le pousse. Ils avancèrent tous ensemble dans un seul et même mouvement et comme tous les autres, il admira la beauté de la vieille salle. Le plus impressionnant était certainement son plafond ou figurait un ciel magique. Il faisait d'ailleurs un terrible orage. Fabian ne savait pas comment il devait le prendre, si ça devait être un mauvais signe ou non. Par chance, il était très loin dans l'ordre alphabétique. Il vît Sirius être envoyé à Gryffondor avec un large sourire sur les lèvres. Ainsi que Remus, Peter et James. Ils avaient tellement de chance... Et si lui n'y était pas hein ? Il vît le sourire encourageant de son grand frère se teinter de malice. Il le vît murmurer en articulant bien « Je croyais que tu n'avais pas peur ? » Le jeune garçon grogna.

- Prewett Fabian !

Ce dernier inspira à grands coups avant de s'avancer d'un pas qu'il obligea à être assuré, il avait peint un sourire sur ses lèvres et à cet instant aux yeux de tout le monde, il passa pour un des garçons les plus confiants en eux que la terre ait jamais porté, ce qui était totalement faux. Surtout à ce moment. Mais il avait toujours eu cette facilité à mentir, à dissimuler ses émotions, à faire croire ce qu'il voulait à n'importe qui. Il était ce qu'on appelait un menteur professionnel. Hormis sa mère. Elle, elle savait toujours tout, elle le connaissait par c½ur. Il prit place sur le tabouret, toujours si souriant. Intérieurement, c'était la panique totale. Et contrairement aux autres membres de sa famille qui étaient envoyés à Gryffondor alors que le choipeau n'avait même pas encore touché leurs cheveux, il eut l'impression d'y rester une éternité, devant tout le monde, pendant que monsieur hésitait.

« Je vois en vous beaucoup de talent, vous êtes si malin et rusé que vous êtes digne de rejoindre les plus grands Serpentards, vous disposez d'une arrogance et d'un culot sortit tout droit de chez les Gryffondors... Le mélange entre ces deux maisons est plutôt rare et surprenant. »

Fabian déglutit. Comment pouvait-il dire une chose pareille ? Lui ? A Serpentard ? Non. Impossible. Sa famille ne cesserait de le chambrer. Peut-être lui en voudraient-ils qui sait ? Albus Dumbledore échangea un regard étonné avec Minerva McGonagall. Le jeune Prewett semblait poser un sérieux problème au choixpeau. Gideon avait froncé les sourcils, inquiet et surpris.

«  Ton esprit est aussi compliqué que fascinant jeune homme... »
*Merci beaucoup... Enfin, si c'était un compliment. Mais pouvez vous vous décider s'il vous plaît ?*


- Je dirais...

Le jeune Prewett crut que son c½ur allait cesser de battre.

- GRYFFONDOR !

[...]

- Tu sais maman, je suis super content d'être à Gryffondor.
- Moi aussi mon coeur, je suis heureuse pour toi. Répondit Johanna en l'embrassant sur le front.

Fabian la regarda droit dans les yeux, il semblait hésiter.

- Il a beaucoup hésité...
- C'est clair !Approuva Gideon en arrivant dans la cuisine à son tour. J'ai jamais vu ça ! Un élève qui reste cinq bonnes minutes avec le choixpeau sur la tête... impressionnant !
- Il voulait m'envoyer à Serpentard. Murmura Fabian en baissant la tête.

Son grand frère eut un moment d'arrêt, les yeux et la bouche ouverts en grand. Leur mère, elle, se contenta de sourire et de caresser la joue de son fils.

- Et alors ?
- Ben chez les méchants maman !
- Je ne crois pas qu'on devrait cataloguer comme ça. Car si tu écoutes bien le choixpeau, il choisit ta maison en fonction de ce qui te caractérise. Le fait que tu sois rusé ne veut pas dire que tu deviendras un mangemort, tu comprends ?
- Mais c'est quand même la maison ou ils sont tous odieux... Insista Fabian, peiné.
- Non. Je ne pense pas. Je crois que c'est l'image que les gens leur donne sous prétexte qu'ils sont froids et qu'ils restent entre eux, dans leur coin. Tous ne sont sûrement pas mauvais. Et ou que tu aies été Fabian, je suis sure que tu es et que tu seras toujours quelqu'un de bien.

Fabian allait lui demander si elle le pensait vraiment lorsque son père entoura son cou de ses bras et déposa un baiser sur sa joue.

- Tu es un petit ange doué et plein de talent. Tu réussiras. La maison on s'en fout, Fabian. D'accord ?
- Oui. Murmura le jeune garçon.

Anton obligea son plus jeune fils à se tourner et à lui faire face. Il caressa sa joue.

- Ça te perturbe tant que ça ?
- Je me demande comment ça se fait que je sois différent par rapport à vous tous. Souffla t-il en baissant la tête.
- En quoi es-tu différent ?
- Je m'énerve vite et fort, je mens tout le temps, le choixpeau n'arrive pas à me placer, il me dit que je suis compliqué...

Son père lui releva doucement le menton, le regardant droit dans les yeux.

- Tu es un petit garçon qui fait tout pour les siens, qui a un c½ur énorme, tu es gentil et doux. Ton caractère impulsif je m'en contrefous, d'accord ? Il nous prouve au moins que tu es capable de te défendre. On t'aime comme tu es. Point à la ligne. Tu as compris ?

Son fils sourit alors et acquiesça doucement, serrant fort son papa contre lui. Anton répondit à son étreinte avant de l'embrasser sur le front. Johanna sourit devant la scène. Sa famille était sa plus grande fierté.

[...]

La porte d'entrée s'ouvrit avant de se refermer dans un claquement. Des voix retentirent au rez de chaussée. Aussitôt, reconnaissant les personnes qui venaient d'arriver, Gideon poussa son petit frère. Ce dernier éclata de rire et le suivit en courant dans les escaliers, son arc et ses flèches accrochés derrière son dos. Molly sourit et les suivit doucement, plus calme. L'aîné sauta au cou de son oncle Nathanaël. L'homme sourit et le serra fort contre lui, cependant Fabian poussa son frère et prit sa place. Jared grogna.

- Merci. Ça fait plaisir de se sentir aimé les garçons...

Fabian le regarda avec un sourire.

- Pas ma faute, Naty c'est le meilleur des parrains !
- Et le meilleur des tontons ! Sourit innocemment Gideon.

Molly, elle, alla se blottir dans les bras de son oncle Jared. Il était l'aîné des frères Prewett et la figure familiale à laquelle les autres se référaient. La vie des trois frères avait été presque aussi compliquée que celle de Johanna, sous l'autorité d'un père manipulateur et odieux. Nathanaël était encore jeune, à peine vingt huit ans et une âme de gosse qui, forcément, plaisait aux enfants. Leur père, Anton, était âgé lui de trente deux ans, comme leur maman. Quant à Jared, pour le plus vieux de la famille, il atteignait raisonnablement les trente cinq ans. Il serra sa nièce contre lui. Sa femme, Cécilia, fît une moue boudeuse.

- Et moi, personne ne m'aime ?
- Naaaaaaan ! Rigola Fabian, tout sourire.
- Hep hep hep, fais gaffe toi ! Si tu fais de la peine à ma femme, tu bouges pas d'ici, tu peux de suite aller ranger ton arc...

Le garçon regarda son oncle avec une tête de chien battu. Jared grogna. Son neveu sourit, se détacha de son parrain pour aller le serrer à son tour. Naty leva les yeux au ciel.

- Tu as trente cinq ans, vieux croûton, il serait temps de résister à leurs moues d'enfants boudeurs...
- Parce que tu y résiste toi ? Ricana son frère.
- Non. Mais je suis encore jeune, c'est normal, je dois acquérir de l'expérience.
- Et beaucoup de maturité aussi. Rétorqua l'aîné.

Nate lui tira la langue tandis que son grand frère réprimait un sourire, serrant Fabian contre lui. Gideon, lui, rigolait. Puis, il regarda à nouveau sa maman d'un air implorant. Les yeux d'Anton virevoltaient entre sa femme et son fils.

- Maman,s'il te plaît, je pourrais aller avec eux  cette fois?
- Je t'ai déjà dis non, Gid chéri.
- Mais pourquoi ? Je veux aussi apprendre le tir à l'arc ! C'est pas juste !

Johanna regarda son mari, en quête de soutien.

- Mon grand, écoute, c'est quelque chose de dangereux, si on l'autorise à ton frère, c'est uniquement parce que son psychomage référent nous l'a conseillé. Tu comprends ?

De l'inquiétude traversa les yeux de Gideon, il regarda son frère avec tristesse avant de regarder ses parents. Pour lui, malgré leurs disputes, Fabian était sa moitié, il ne supportait pas le savoir mal ou triste. C'était la pire des tortures que pouvait lui infliger la vie. Et malheureusement, Gideon allait souvent la subir.

- Mais alors, Fabi, il est beaucoup malade ?

Anton échangea un regard avec sa femme tandis que Fabian souriait à son parrain avant de détourner les yeux. Le papa se pencha vers Gideon et posa ses mains sur ses épaules, le regardant attentivement.

- Ce n'est pas une maladie, Gid. Ton frère s'est toujours très vite emporté. Et on pense que ce moyen de se défouler lui fait du bien. Tu comprends ?

Gideon acquiesça doucement. Molly, elle, s'avança vers son grand frère et prit sa main, un air inquiet dans ses yeux noisettes.

- Tu as mal ou ? Demanda t-elle, toute triste.

Fabian la regarda avec un sourire, il caressa sa joue avec douceur.

- Nulle part, Mollynette.
- C'est sur ? Demanda t-elle, le regardant droit dans les yeux. Tu ne me mens pas hein ?
- Non. Répondit sincèrement son frère en lui souriant.

Après le repas, Fabian se réfugia dans la forêt avec son oncle. C'était devenu un endroit dont il connaissait quasiment chaque recoin. Il venait souvent ici. Jared lui apprenait le tir à l'arc, premièrement pour apprendre à se calmer, à être attentif, à rester concentré. Deuxièmement, parce que c'était une sorte de défouloir et qu'il en avait besoin. Cela faisait déjà quelques temps que ça durait et le jeune garçon avait pas mal progressé, il était fier de lui. Ils restèrent longtemps, presque jusqu'à ce que la nuit tombe. Une fois rentré, il s'écroula dans son lit, épuisé. Alors, son parrain vint le voir et lui ôta son arme. Il le porta et l'allongea sous la couverture avant d'embrasser doucement son front. A ce moment là, Fabian ouvrit les yeux et entoura son cou de ses bras, déposant un baiser sonore sur sa joue.

- Je t'aime parrain. Plus que fort !

Nathanaël sourit.

- Je t'aime aussi, petit Fabi, plus que tout.


Chapitre 2 : Esprit de famille. 02/02/2013



- Papa ? Appelait Gideon depuis ce qui lui semblait être une éternité.

Il soupira et décida d'aller voir dans le jardin mais, alors qu'il allait ouvrir la porte, la serrure sembla cliqueter de l'extérieur. Il s'acharna encore et encore sur la poignée mais c'était bel et bien fermé. Il échangea un regard incertain avec sa petite s½ur.

- Gid tu m'as appelé ? Répondit Anton en descendant les escaliers.

Le trouble s'effaça dans l'esprit du jeune garçon, il se tourna vers son père avec un air las.

- Oui. Je voudrais que tu m'aides un peu. J'essaie de réviser les potions mais c'est du chinois pour moi !
- Gid chéri, j'aurais aimé mais je dois partir travailler. Et puis c'est normal, tu as treize ans ! Et logiquement, les potions, ça reste du chinois pour toute personne considérée normale !

Molly rit doucement tandis que son père semblait chercher quelque chose sur la table basse, il fronça les sourcils.

- Gid, c'est toi qui a pris ma baguette ? Demanda t-il, sévère.
- Non je te jure que non papa !
- FABIAN !
- Il a la musique, il ne t'entendra pas... Il est en haut depuis tout à l'heure, je ne pense pas que ce soit lui. Tenta le grand frère.
- Avec lui, il suffit de détourner les yeux deux secondes pour que toutes sortes de choses disparaissent ou que la maison expl...

A cet instant, les murs de la maison semblèrent s'effondrer. Le feu avait pris sur les murs, le canapé et les rideaux sans qu'on ne sache comment. Molly poussa un hurlement de frayeur, la détonation l'avait fait tomber de sa chaise. Gideon, lui, s'était effondré. Il cria à son tour, ne comprenant pas. L'inquiétude traversa les yeux d'Anton.

- Fabi ? Qu'est ce que tu as fais ?

Le feu se répandait dans toute la maison, il s'insinuait lentement, brûlant tout sur son passage. Anton tenta en vain d'ouvrir les portes ou les baies vitrées pour faire sortir ses enfants mais tout était verrouillé. Une idée lui vint alors à l'esprit, horrible, une idée noire. C'était une nouvelle attaque. Quelqu'un voulait le brûler vif, lui et ses enfants. Fabian était totalement innocent dans la disparition soudaine de sa baguette. La peur traversa son visage : Ou était réellement son plus jeune fils ? Il esquissa un mouvement mais un meuble s'effondra devant lui. Il entendait ses enfants tousser et l'appeler.

- Gid... Dit-il faiblement, se mettant à tousser à son tour.

Il saisit une chaise et s'acharna à frapper contre la baie vitrée, finissant par la briser, seulement, Molly était déjà inconsciente. Gideon, lui, la prit dans ses bras et se dirigea vers la vitre ouverte. Il parvint devant mais s'effondra à son tour, évanoui. Anton, se força à lutter, tentant d'empêcher la fumée de lui nuire. Il se dirigea vers les escaliers le plus rapidement qu'il put et enjamba les débris qui s'y étaient entassés. Du bas de l'escalier, il put entendre ses cris...

- PAPA ! J'ARRIVE PAS A OUVRIR ! JE T'EN PRIE ! Hurlait la voix de son fils.

Il entendit de plus en plus faiblement sa voix, il tenta d'avancer, encore et encore, jusqu'à ce, à son tour, il ne tombe face contre terre. Pendant ce temps, Fabian hurlait, des larmes sur les joues, il tremblait de tous ses membres. Il frappait contre la porte mais elle était bloquée de l'extérieur. L'armoire du couloir, qui contenait toutes leurs chaussures, s'était effondrée devant sa porte, lui bloquant la sortie. Il avait beau s'acharner et donner le meilleur de ses douze ans, il n'arrivait pas à sortir, il étouffait.

- PAPA !

Son visage était noir, le feu se rapprochait, il se mit à tousser de plus belle et s'assied contre un mur encore intact, se recroquevillant sur lui-même. Il ne voulait pas mourir brûlé. Au dessus de leur maison, pour la seconde fois, s'élevait la marque du seigneur des ténèbres. Mais, alors que le jeune garçon commençait à sombrer, la vitre de sa chambre explosa et un homme vêtu de noir entra, tel une ombre, il semblait glisser sur ce décor comme s'il lui appartenait. A cet instant, Fabian tomba sur le côté, les yeux à moitié clos, faible et tremblant, toussant sans parvenir à se stopper. Une main caressa brièvement sa joue et une voix souffla : « Tu n'aurais pas du être là. » Fabian ferma les yeux, ne saisissant ni le sens des mots, ni sa situation. Dans sa tête, c'était le noir complet. L'homme le souleva et, en un éclair, ressortit par la vitre, laissant dans son sillage une épaisse fumée noire.

Lorsque la famille Prewett fut retrouvée, ils étaient tous les quatre inconscient. A la différence qu'Anton, Gideon et Molly étaient à l'intérieur, couverts de suie et brûlés à certains endroits. Fabian, lui, avait été retrouvé allongé dans son jardin, à une distance assez éloignée de la maison. Comme si quelqu'un avait voulu l'épargner. Cependant, la baguette de son père avait elle aussi été retrouvée à ses côtés... Cela faisait à peine quelques mois que Johanna était décédée et, à nouveau, on s'acharnait sur eux. Pourquoi ?

[...]

Aaron Potter caressait doucement la joue de Fabian, attendant patiemment. A côté de lui, Anton pestait, faisant les cent pas. Une semaine s'était écoulée depuis l'accident. Il avait quelques brûlures mais en dehors de ça, il allait bien.

- Je te dis que non, Aaron ! C'est impossible ! Fabian s'est fait des idées ce jour là. Johanna connaissait beaucoup de mangemorts, elle les avait affronté plus d'une fois, pourquoi les aurait t-elle vouvoyé ? Ce n'est pas son style, tu sais bien comment elle était...

Son collègue lui fit signe de se taire tandis que Fabian ouvrait doucement les yeux. Son père se précipita vers lui.

- Mon c½ur tu vas bien ?
- Il... Le feu... Je...
- Tout va bien, Fabi. Tout le monde est sain et sauf, d'accord ? Le rassura son père.

Aaron Potter le regardait droit dans les yeux.

- Fabian, j'ai besoin de te poser quelques questions d'accord ?
- Je... oui.
- Est-ce que tu avais la baguette de ton père sur toi ?

Le jeune garçon secoua négativement la tête.

- Sinon, je serais sortit de ma chambre sans problème et je serais venu les aider.
- C'était ma deuxième question, Fabian.
- De quoi ?
- Comment es-tu sortit dehors?

Fabian le regarda avec incompréhension, fronçant les sourcils.

- Mais.. je... je ne suis pas sortit.
- Ils t'ont retrouvé dehors, Fabi. Assez éloigné de la maison, avec ma baguette.

Son fils le regarda droit dans les yeux.

- Je te jure que j'ai rien fais...
- Ça je le sais, Fab. Ce que je veux savoir c'est... qui t'as aidé à sortir ? Parce que celui qui t'as aidé ne nous a pas aidé nous, il suffirait que tu sois capable de le reconnaître pour que nous ayons une preuve contre lui, tu comprends ?
- Je... je me souviens pas. Murmura le jeune garçon.

[...]

- Ça ne peut qu'être lui, Anton ! S'énerva la voix d'Aaron dans un murmure.
- Il ne peut pas avoir fait ça Aaron ! Nous étions TOUS dedans, ce n'est pas son but et tu le sais ! C'est à elle qu'il en voulait...
- D'après ce que tu m'as raconté, il est possible qu'il n'y ait qu'une seule personne dans votre famille qu'il veut épargner réellement... Donc tuer les autres ne le dérangerait pas, au contraire. La présence de Fabian était-elle prévue dès le départ ?
- Oui ! Il est chez lui ! Qu'est ce que tu veux dire par...

Anton s'était stoppé subitement sous le regard inquiet de son collègue et ami.

- Il devait être chez Naty. Murmura t-il, très bas.
- Fabian ?
- Oui. Souffla Prewett.
- Et ?
- Et au dernier moment, il a voulu rester avec son frère et sa s½ur. Il m'a dit qu'il préférait rester avec eux et Jared...
- Jared devait être là ?
- Oui. Il était juste en retard, il devait les garder. C'est lui qui nous a trouvé...
- Comment aurait-il pu savoir que Fabian devait être absent ?
- J'ai... J'ai du en discuter avec Cécilia et mon frère au ministère. Je crois que... Oui ça doit être ça, du monde a du entendre.

Le père semblait totalement désemparé et apeuré. Aaron posa une main délicate sur son épaule.

- Il veut tous nous tuer... Souffla t-il. En quoi MES enfants sont-ils responsables ?
- En rien, Anton. Ce ne sont que des mômes.
- Jared est... Il n'a rien à voir là dedans, Gideon et Molly non plus !
- Pas plus que toi, Anton. Johanna était la seule « coupable », si je puis dire...

[...]

Un an s'était écoulé depuis la mort de Johanna Prewett. Son mari s'affairait dans la salle à manger, préparant ses dossiers. Pressé, il renversa la moitié de son café par terre. Il soupira et nettoya le tout. Lorsqu'il se redressa, son regard s'arrêta sur la photo de famille affichée en grand sur le mur. Ses yeux furent traversés par une lueur de douleur. 

- Tout était tellement plus beau et simple lorsque tu étais là. Souffla t-il à sa défunte épouse.

Il se tût et se retourna en entendant des bruits de pas. Il sourit et porta sa fille, déposant un baiser sonore sur sa joue.

- Comment vas-tu mon ange?
- Bien mais hier les garçons ont fait du bruit tard, ils m'ont empêché de dormir. Se plaignit Molly, toute endormie.
- Et bien aujourd'hui, c'est nous qui allons les embêter mon coeur!

Il monta les escaliers, sa fille blottie contre lui, souriante.

- Les garçons, allez réveillez vous! S'impatientait la voix d'Anton.
- Mmh... Répondit Fabian, blottit contre son grand frère.

Gideon, lui, dormait toujours à poings fermés, le retard de son père ne le perturbait pas plus que cela. Anton entra dans la chambre de l'aîné dont la porte était restée ouverte. Il déposa sa fille et s'appuya un instant contre le mur, les bras croisés, les fixant avec un sourire. Ils étaient si beaux, si proches tous les deux. 

- Fabi?
- Mmmmmmmmmmmmmmmmh.
- Gid?
- ...
- Je suis en retard au travail. On en a parlé hier, chacun chez son parrain ou sa marraine! 
- Grmfmb. 
- Très bel argument Fabi... 

Il se tut et s'approcha du lit doucement, Molly souriait, sentant la farce arriver. Son père avança son visage vers celui de Gideon, effleurant son oreille avec sa bouche.

- BOUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUUH !

Gideon se réveilla en sursaut, il se leva et se mit à courir instinctivement dans la chambre sans savoir ou il allait. Molly, Fabian et leur père éclatèrent carrément de rire, hilares. Le jeune garçon grogna et croisa ses bras sur son torse, l'air furieux.

- Bande d'abrutis! Ça va pas de réveiller les gens comme ça?
- Et toi ça va pas de dormir aussi profondément?  
- Vous êtes bizarres. Répondit simplement Gideon. Moi je ne fais pas semblant de dormir, je dors!
- Allez, préparez vous mes amours!
- Je ne peux pas aller chez Naty moi aussi? Demanda Gideon.
- Non, Jared a réservé sa journée pour toi. Il va t'emmener au chemin de traverse.
- Chouette! S'exclama le jeune garçon, tout sourire.
- Et moi? Demanda Molly, souriante.
- Surement que tatie Cécilia va t'emmener faire les magasins, ou bien au zoo.

La petite fille, âgée d'onze ans, sourit, joyeuse. Elle alla s'asseoir entre ses deux frères, dans le lit de l'aîné.

- Et pourquoi on reste pas tous ensemble chez Jaja? Questionna t-elle.
- Parce que parfois, ils sont contents d'avoir chacun une journée privilégiée avec leurs filleuls. Sourit son père.

Fabian se leva et commença alors à se préparer, tout sourire. Il adorait passer du temps avec Nathanaël. Son parrain n'était pas un deuxième père, mais plutôt comme un second grand frère, plus âgé, avec qui il partageait énormément de choses. Il l'adorait et c'était réciproque. Ils avaient de nombreux points communs. Une journée privée avec Naty, c'était comme une bouffé d'oxygène qui vous redonnait le plein d'espoir et de connerie pour un bon bout de temps. Mais parfois, dans la vie, tout ne se passait pas comme on l'avait prévu...

[...]

- Mais Natyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyyy! Tu m'avais dis que tu me ferais un chocolat! Tu t'es perdu? Elle est là la cuisine!

Fabian avait prit le ton merdeux qui faisait tant râler son parrain. Il adorait l'embêter, il était tellement gentil, Nathanaël sortit de sa chambre et regarda son filleul d'un air médusé.

- Tu permets que je m'habille ? Petit merdeux va ! T'es vraiment comme ton père, c'est fou ça...
- Haaaaaan, ça sera répété !

Ils éclatèrent tous deux de rire. Naty passa à côté de lui et lui ébouriffa tendrement les cheveux avant de déposer un baiser sur le haut de son crâne. Il prépara ensuite un chocolat chaud pour son filleul et un café pour lui. Fabian sautilla à moitié sur sa chaise lorsque son parrain déposa sa tasse devant lui. Il se mit debout, passa son bras derrière son cou et l'approcha pour déposer un baiser sur sa joue.

- Merci Naty d'amour.

Il but alors une gorgée avant de le regarder avec un grand sourire, une moustache étant apparue avec la mousse. Son parrain éclata de rire, il fit mine de le saluer avec un air d'aristocrate, faisant une révérence interminable avec sa main.

- Monsieur, votre moustache est certainement la plus belle qu'il m'ait été donné de voir !

Sa voix était distinguée, Fabian sourit de toutes ses dents, il éclata de rire et regarda son parrain comme s'il était fou.

- Tu es sur que tout va bien dans ta vie, Naty?

Nate rigola de bon c½ur et s'assied à ses côtés. Il regardait attentivement son filleul, ne le lâchant pas des yeux. Il était heureux de passer du temps avec lui, heureux de faire partie de ceux qui l'aidaient à se reconstruire doucement. Certes, personne ne remplacerait jamais Johanna, pour aucun des trois enfants. Ni même pour Anton et eux. Mais c'était important qu'ils soient tous présents. Nathanaël savait à quel point cette situation était particulièrement difficile pour Fabian. Personne n'avait jamais vraiment compris son caractère, ses humeurs, hormis sa mère. Elle avait toujours été la seule à être capable de le calmer et de l'apaiser. C'est pourquoi, depuis un an, la vie était très dure pour lui, ainsi que pour les autres. Ils avaient beau essayer de le faire parler, qu'il s'agisse d'Anton, Jared, Cécilia ou lui, rien n'y faisait. Personne n'y arrivait. Il faisait comme si, constamment. Ou alors, il était en colère et s'en prenait à tout le monde sans raison apparente.

- Bon mon chouchou, tu veux faire quoi aujourd'hui ?

Son filleul prit alors son air de chien battu qui fonctionnait avec tout le monde, il fit mine de regarder ses mains.

- Je sais que tu ne vas pas vouloir mais je voudrais encore aller derrière la colline tu sais, dans la forêt avec les balais et on pourrait s'entraîner à voler tous les deux !

Il sourit, tout fier. Son parrain leva les yeux au ciel tandis qu'un sourire prenait place sur ses lèvres.

- Pas besoin de faire autant de cinéma, chéri, tu sais que je craque toujours...

Fabian éclata de rire. Il se leva et courut vers la chambre de son parrain ou il enfila assez rapidement sa tenue de quidditch aux couleur rouge et or. Évidemment, il avait prévu que son parrain céderait, il n'avait jamais besoin d'insister très longtemps. Il se regarda un instant dans le miroir et sourit avant de retourner dans le petit salon de l'appartement de Nathanaël. Ce dernier avait sortit les balais, il sourit à son neveu.

- Ça y est ? T'es tout beau ? On peut y aller ?

Il lui tendit son balai avec un sourire. Fabian rigola doucement en prenant son balai.

- Je serais jamais plus beau que toi.

Il s'accrocha à son bras avec force en lui souriant. Puis, tous deux se dirigèrent vers la porte. Nathanaël lui sourit, il l'embrassa sur le front avant de le serrer dans ses bras. Il ouvrit et ils sortirent, faisant les paris sur celui qui serait le plus rapide des deux pour traverser la forêt d'un bout à l'autre. Fabian se mit soudain à rire aux éclats. Son parrain haussa un sourcil, il sentait comme une certaine moquerie dans ce rire. Ils avançaient tous deux tranquillement, marchant bras dessus dessous.

- Allez dis moi, c'est quoi la vanne ?
- Tu t'en rappelles quand...

Son rire redoubla d'intensité. Nathanaël était ravi de le voir si joyeux, il aurait cependant préféré que ce ne soit pas à ses dépens.

- Tu t'es pris l'arbre !

Il hurla de rire tandis que son parrain grognait des explications incompréhensives.

- C'était de ta faute aussi ! Tu me perturbais, tu essayais de me déconcentrer en me parlant !
- Faux ! Protesta Fabian, médusé. Tu ne cessais de me raconter des blagues pour me doubler, pour que je ralentisse !
- Okay, ça va j'avoue ! Mais c'était pas drôle, il était plutôt dur ce sale tronc de merde !
- C'était hilarant tu veux dire !

Nathanaël le regarda d'un faux air menaçant, le faisant d'autant plus rigoler. Il râla et l'attrapa par la taille, le portant la tête en bas et les pieds en haut, il continua de marcher sans se soucier des passants moldus qui les fixaient d'un air interrogateur. Fabian se débattait, riant aux éclats.

- Allez ! Si mon cerveau explose à cause du sang qui me remonte à la tête, tu seras le seul coupable !
- Comment ton cerveau pourrait-il exploser ? Tu en es dépourvu.
- C'est toi qui parle ? Ricana Fabian.

Son parrain se mit alors à courir, ils étaient sortit de la ville et il montait la colline, Fabian s'agrippa de plus belle à lui en hurlant.

- Je plaisantais ! Arrête, c'est bon t'as gagné !
- Fabian Prewett d'amour capitulerait donc ? Nargua Nathanaël en le reposant au sol.

Son filleul se plia en deux, il avait posé ses mains sur ses genoux, semblant reprendre son souffle. Au lieu de quoi il cracha sur les chaussures de Nathanaël et détala en courant, mort de rire, criant un « Jamais tête de linotte ! Parole de Prewett ! ».

- Tu vas voir ce que tu vas voir sale gosse !

Ils coururent à tout allure, l'un restant devant l'autre. Lorsque Fabian arriva à la lisière de la forêt, il se stoppa et fixa son parrain avec un air malicieux. Ce dernier cependant, ne s'arrêta pas et lui fonça dedans, les faisant tomber tous les deux dans un éclat de rire. Fabian tenta de se débattre mais il abandonna rapidement. Ils restèrent un long moment ainsi, reprenant leurs souffles. Les doigts du parrain étaient emmêlés dans les cheveux du jeune garçon, les caressant doucement. Il écoutait son c½ur et était perdu dans ses pensées. Il n'avait pas encore rencontré l'amour de sa vie et n'avait pas la chance d'avoir des enfants. Il ne cessait de se demander, lorsqu'il était en présence de son filleul et ses neveux, ce que l'on pouvait éprouver pour ses propres enfants. Il les aimait si forts tous les trois, il doutait être capable d'aimer davantage. Il ne pensait pas que ce soit possible. Fabian ne rompit pas leur étreinte, il était bien avec lui.

- Tu penses à quoi ? Murmura t-il.
- Au fait que je ne te dis pas assez souvent à quel point je t'aime. Répondit son parrain, sincèrement.
- Je t'aime aussi, Naty d'amour.
- Bon, maintenant que tout est dit, permets moi de te mettre la misère ! S'exclama Nathanaël en se relevant et en l'aidant à faire de même.

A cet instant, un craquement retentit un peu plus loin, derrière eux. Ils échangèrent un regard et froncèrent les sourcils, incertains. Nathanaël fit signe à Fabian de monter sur son balai. Ce dernier le fixait d'un air paniqué, tous ses sens étaient en éveil, il ne voulait pas laisser son parrain derrière lui, c'était hors de question. Soit ils partaient tous les deux, soit ils restaient ensemble ici.

- Fais ce que je te dis. Souffla Nathanaël, sévère pour la première fois de sa vie.

Son filleul s'accrocha de toutes ses forces à sa main, le suppliant du regard de faire de même. Il suffisait qu'ils montent tous deux sur les balais et ils seraient sains et saufs. Une bête ne pouvait pas les atteindre en hauteur. Mais peut-être n'avait-il pas tout compris ? Peut-être que Nathanaël avait saisit que la hauteur ne les sauveraient pas d'une personne. Les craquements s'approchèrent et Fabian saisit cette fois, il s'agissait de bruits de pas. Une personne seule, visiblement. Il ne put s'empêcher de déglutir, qui les avaient suivit ? Pourquoi ça recommençait à nouveau ? N'avait-il pas assez souffert ? La personne apparut juste en face d'eux et le jeune garçon eut envie de mourir, il recula de quelques pas, incapable de se maîtriser, il serra le bras de son parrain comme s'il avait voulu le broyer. Nathanaël, cependant, esquissa un sourire et leva les yeux au ciel.

- Toujours le même. Qu'est ce qui ne va pas dans ta vie ? Explique toi, parle, va voir un psy mais cesse de faire chier le monde. Il se porte bien mieux sans toi...

Il poussa son filleul derrière lui tandis qu'un rire froid résonnait. Les yeux glacés s'étaient accrochés, à ceux, bleus océans, du jeune Nathanaël. Fabian se colla à son parrain, tremblant. C'était de nouveau lui, c'était toujours lui. Qui exactement ? Et pourquoi ?

- Tu sais parfaitement ce qui ne va pas, Nathanaël.
- Non, je ne le sais pas ! Je ne vois pas en quoi notre famille est responsable de ta médiocrité.
- Elle aurait du m'informer.
- Pour quelle raison ? Pour que tu agisses comme tu le fais aujourd'hui ?
- Elle n'avait aucun droit ! Hurla l'homme, pétrifiant Fabian sur place qui ne comprenait rien à leurs échanges.
- S'il te plaît, abandonne... Le supplia Nathanaël, le fixant droit dans les yeux d'un air implorant. Tu vas briser des vies...
- C'est bien ce que j'ai l'intention de faire, Nathanaël.
- Non, tu vas les briser TOUTES. Et ce n'est pas ce que tu veux réellement...

L'homme éclata d'un rire à faire froid dans le dos, Fabian sentit même son parrain frissonner et pourtant, ce n'était pas dans ses habitudes. Pourquoi tentait-il de trouver un terrain d'entente ? De quoi parlaient-ils ? Pourquoi semblait-il lui aussi le connaître ? Comme sa maman ? Qui était-il ? Qui était cet homme qui brisait sa famille ? Alors, sans prévenir, Nathanaël sortit sa baguette et fit faire un vol plané à Fabian, l'envoyant valser à une quinzaine de mètres derrière lui. Il engagea le combat avec l'homme. Leurs yeux se croisèrent un seul instant, durant quelques secondes. Son parrain murmura simplement ces mots : « Je t'aime. Cours ! » Fabian ne voulait pas l'abandonner, cependant, il lui obéit, ne voulant pas lui créer plus de soucis. Il saisit son balai au sol et courut à toute allure, sans réfléchir plus longtemps. Ses mains tremblaient, il avait peur. Pourquoi cet homme ne les laissait pas tranquille ? Il entendait les bruits de sortilèges qui s'affrontaient et il s'arrêta lorsqu'un cri retentit, il ne pouvait pas le laisser seul. C'était impensable.

- Nathanaël, ton père ne t'as jamais dis de ne pas jouer avec plus fort que toi ?
- Impossible, j'ai joué tellement longtemps avec les nerfs de ce connard, il n'a pas songé un instant à me conseiller sur ce point.

Son bras était dégoulinant de sang, cependant, il se redressa. Alors qu'ils allaient continuer le combat, Fabian s'interposa entre eux sous le regard horrifié de son parrain.

- Fabi...
- Tais toi. Répliqua son filleul.

Il croisa les bras pour masquer ses tremblements et fixa l'homme avec toute sa rage.

- Qu'est ce que vous voulez ? C'est votre seule occupation de nous faire chier ?
- Pardon ? Dis moi quel âge as-tu, treize ans ? A ton âge, si j'avais employé ce ton avec un adulte, ma vie se serait arrêtée... Menaça l'homme en s'avançant.
- Dommage que vous ne l'ayez pas fait alors.

Nathanaël le poussa tandis que l'homme jetait un sortilège doloris. Fabian vit son parrain se tordre de douleur dans un gémissement. Il était tombé contre le sol et alors, tandis qu'il torturait son parrain, le jeune Prewett poussa un des balais vers ce dernier tandis qu'il rattrapait discrètement le sien. Ils échangèrent un regard. C'était leur seule chance de s'échapper, de survivre. Il avait compris que cet homme voulait tous les tuer, il ne voulait pas que ça arrive. Ils pourraient déménager, refaire leur vie ailleurs, il était prêt à tout quitter pour ça, mais pour le moment il fallait penser à l'instant présent. Ils devaient utiliser la voie des airs. C'était nécessaire. Seulement, leur adversaire n'était pas débile, il envoya valser Fabian contre le tronc d'un arbre avec violence. Ce dernier retomba dans un hurlement de douleur. Des cordes s'échappèrent de la baguette de l'homme, elles vinrent l'emprisonner entièrement, l'entourant, ligotant son corps entier. Nathanaël se redressa d'un bond, il détacha son filleul d'un simple sort et se jeta sur l'homme, envoyant sortilège sur sortilège, c'était sa vie ou la sienne. Peu importait tant que Fabian était en sûreté. Le jeune Prewett se dégagea et, sans un mot, se cacha derrière l'arbre juste à temps avant qu'un sortilège ne le touche. Sa respiration était accélérée, il avait peur, il devait s'enfuir. Il ne pouvait rien contre cet homme. Rien. Il se remit alors à courir dans la forêt, trébuchant parfois, gémissant lorsqu'une ronce s'enfonçait dans sa chair, s'empêchant de laisser couler ses larmes à chaque cri de son parrain adoré. Il allait perdre encore un être cher, toujours à cause de la même personne. Qu'avait-il fait pour mériter ça ? Il y eut un dernier hurlement interminable puis, le silence total. Il frissonna. Désormais, il était seul. Seul dans cette forêt avec ce psychopathe. Ses mains tremblaient. Il savait qu'il ne le laisserait pas s'enfuir, il l'avait trop provoqué pour ça. Allait-il le tuer ? La dernière fois, il lui avait laissé la vie sauve, peut-être avait-ce été une exception ? Incapable de continuer, il s'assied contre un tronc, fermant les yeux, comme s'il attendait patiemment son heure. Sa respiration ne se calmait pas.

- Fabian ! Allons, je n'ai plus l'âge de jouer à cache cache...

Le garçon se recroquevilla un peu plus sur lui-même, il ouvrit les yeux soudainement. Il ne pouvait pas lui laisser penser qu'il avait peur. Et en même temps, il était la personne qu'il craignait le plus sur cette terre. Mais il devait jouer, il devait faire semblant, encore une fois.

- Fabi... Montre toi.
- Il n'y a que mes proches qui ont le droit de me surnommer ainsi. Répliqua Fabian en sortant de sa cachette et en lui faisant face.

L'homme sourit, il le fixait avec intensité.

- Cela fait un an et je vois que tu n'as pas changé d'un poil. Tu es loin d'être calmé...
- Au contraire, j'ai évolué et ma grande gueule avec.

Un silence s'installa, le mangemort s'approchait lentement afin de l'intimider. Le jeune garçon s'efforça de ne pas reculer. Était-ce un jeu pour lui ? Qu'est ce qui était marrant exactement ? La partie ou il tuait les siens ? Ou celle qui venait ensuite lorsqu'il prenait tout son temps pour l'intimider et instaurer une certaine crainte ? Il se mit à lui tourner autour, tout doucement. Fabian fixa le tronc d'arbre devant lui, s'obligeant à rester calme.

- Alors Fabian... ça fait quoi de perdre un autre membre de sa famille ? Demanda l'homme, le fixant intensément à travers son masque.
- Qu'est ce que vous avez contre moi ? Souffla le garçon, désespéré.
- Contre toi ? Rien.
- Si ! Sinon vous m'auriez tué aussi et ça m'aurait évité de souffrir constamment ! Cracha Fabian, enragé.

Il ne savait pas en quoi ses paroles avaient été agressives mais il crut que son c½ur allait lâcher lorsque son ennemi le saisit soudainement par le col pour le plaquer contre un arbre. Ses yeux le fusillèrent sur place.

- Tu es si faible et lâche que ça ?
- C'est vous qui parlez de lâcheté ? Qui s'amuse à tuer et à détruire ma famille avec un masque pour cacher son visage ? Et vous vous croyez important ?

L'homme le gifla violemment, sa tête faisant un quart de tour.

- Vous n'avez pas le droit de me toucher ! Siffla Fabian.

Pour simple réponse, il lui donna un puissant coup dans le ventre, le faisant se plier en deux sous la douleur. Il le saisit ensuite à la gorge et le força à se redresser, le bloquant contre le tronc d'arbre. Leurs yeux ne se lâchaient pas.

- Tu n'as toujours pas répondu à ma question, Fabian, j'ai comme l'impression que tu ne m'écoutes qu'à moitié et je ne supporte pas ça...
- Quelle question ? Demanda Fabian d'une toute petite voix.

L'homme inspira un grand coup, semblant vouloir se calmer et éviter de commettre un nouveau meurtre.

- Ça fait quoi de perdre un autre membre de sa famille ?
- Et ça fait quoi d'être débile ?

Le mangemort ne réagit pas malgré sa rage. Tout ce qu'il avait voulu, c'était analyser l'ampleur de l'arrogance de Fabian. Il approcha sa bouche de l'oreille du jeune garçon.

- Tu devrais profiter de ton... père, Fabian. Il se pourrait qu'il soit le prochain sur ma liste...

Et, sans rien ajouter, il transplana. Il avait disparu, mais pour combien de temps ? Fabian éclata en sanglots incontrôlés. Il frappa dans le tronc d'arbre avec hargne, en larmes, il avait l'impression que son coeur allait exploser.

- MAIS POURQUOI TU ME FAIS ÇA CONNARD?

Il n'en pouvait plus moralement. Il était fort autant qu'il était fragile mais allait finir par dérailler sérieusement. Il rebroussa chemin, courant à en perdre haleine, sans jamais se stopper et retrouva son parrain, allongé contre le sol. Du sang s'écoulait de sa bouche, il était torse nu et les mêmes plaies qui avaient parsemé le corps de Johanna étaient, à présent, sur le sien. Fabian s'écroula à ses côtés, à genoux, en larmes. Nathanaël était secoué par d'horribles convulsions.

- Je t'en supplie, Naty, ne me glisse pas entre les doigts, laisse moi aller chercher de l'aide... Résiste...

Avec une force étonnante malgré son état, son parrain le saisit fermement par le col, l'approchant de lui, leurs visages n'étant plus qu'à quelques millimètres.

- Ch-chéri, p-promets m-moi d'être t-toujours f-fort.
- Pourquoi tu me dis ça ? Pleura Fabian. Qui est-il ?
- N-ne le l-laisse j-jamais t-te c-conditionner.
- Pourquoi voudrait-il me conditionner ? S'il te plaît, réponds moi, j'ai besoin de savoir...

Nathanaël saisit son poignet, il remonta doucement sa manche et fixa la tâche de naissance qui ressemblait à un symbole, la caressant avec douceur. Les larmes redoublèrent dans les yeux de Fabian. Toute cette histoire avait un rapport avec son enlèvement. Ce n'était pas une histoire de haine contre sa famille, ce symbole voulait dire quelque chose et ils l'avaient certainement découvert grâce à ce qu'il avait rapporté sur le déroulement de son enlèvement. L'homme aux yeux glacés, lui, avait certainement été le premier au courant.

- Vous savez quelque chose ?
- J-Jared.
- Jared sait ?
- J-Jared. Doit...p-partir. V-vous au-aussi.
- Mais il nous retrouvera. N'est-ce pas ? Souffla Fabian.

Son parrain le fixa, des larmes de douleur dans les yeux et il acquiesça doucement. Le c½ur de Fabian battait à dix mille à l'heure.

- Mais pourquoi ?

Nathanaël serra davantage son poignet et le regarda droit dans les yeux, il n'arriva pas à prononcer les mots qu'il voulait dire, cependant, son regard reflétait parfaitement ses pensées. Fabian refoula ses larmes et s'efforça de lui sourire, il serra sa main.

- Je t'aime aussi. Et oui, je te promets d'être fort.

[...]

- Pourquoi t'es incapable de me dire la vérité hein ? Cracha Fabian, fou de rage.

Une semaine s'était écoulée depuis l'enterrement de Nathanaël. Anton soupira, il était appuyé contre la table de la cuisine, fixant son plus jeune fils d'un air déterminé. Gideon les regardaient alternativement avec crainte. Molly, elle, était assise sur les genoux de son oncle Jared, les larmes aux yeux.

- Il n'y a rien à dire.
- Tu me prends pour un imbécile ? Siffla son fils.
- Ne me parle pas sur ce ton, calme tes nerfs.
- J'en ai aucune envie, pas quand j'ai à faire à des sales menteurs !
- Fabian. Gronda Jared.
- Toi t'as rien à me dire ! C'est entre mon père et moi !

Gideon fit la moue lorsque son oncle écarta doucement Molly pour se lever. Il croisa les bras et fixa son neveu d'un air sévère.

- File dans ta chambre. Tu reviendras quand tu seras calmé.
- T'es pas mon père. Répliqua Fabian en le regardant avec colère.
- Tu veux que je t'aide à monter ?

Anton n'avait jamais été capable de faire preuve d'autorité envers ses enfants, il avait été tellement absent dans leur enfance, à cause du travail, qu'il était plus un copain qu'un père. Il avait énormément de mal à faire face aux situations impliquant des remontrances. Et encore plus avec les conflits, surtout lorsqu'ils avaient lieu avec Fabian. Ce dernier était tellement caractériel, il avait une répartie incroyable et était capable de vous faire oublier pour quelle raison vous le grondiez. Ou pire, de retourner la situation en sa faveur. Seulement, ça ne marchait pas avec tout le monde... Jared était aussi un morceau en son genre.

- Pas besoin puisque je ne vais pas aller dans ma chambre. Répliqua son neveu avec haine. C'est la seule façon que t'as trouvé pour détourner la conversation ? Mais je te signale que tu es tout autant concerné que lui ! Pourquoi vous ne m'écoutez pas ? Vous me prenez pour un gamin c'est ça ? Mais vous ne pouvez pas me faire passer pour un fou, c'était moi qui y était ! Je sais ce que Naty m'a dit, les derniers mots qu'il a prononcé ! Je n'ai pas inventé ! Cracha t-il.
- Et qu'est ce qu'il t'as dis hein ? Il t'as simplement exprimé son souhait le plus cher : Il veut qu'on se cache, qu'on fuit. Mais ou qu'on aille, cet homme nous retrouvera, crois moi.
- POURQUOI ? QUI EST-IL BORDEL ? Je ne veux pas qu'on m'épargne ! Je veux savoir la vérité ! Pourquoi vous faîtes comme si j'inventais tout ? Gid, Molly et moi, nous sommes jeunes, certes, mais le mensonge n'est jamais bénéfique. L'homme, cet homme, c'est lui qui m'a enlevé, lui qui s'est intéressé à ma soit disant tâche de naissance, qui a prélevé mon sang, lui encore qui a tué ma mère et Nathanaël. ET VOUS LE CONNAISSEZ ! Ne le niez pas. Naty lui a parlé comme si il n'était pas surpris de le voir là, qu'il connaissait son identité malgré ce foutu masque ! L'homme lui, il a appelé Naty par son prénom... Alors s'il vous plaît, arrêtez de vous foutre de ma gueule !

Jared fixait intensément son neveu, droit dans les yeux, sans jamais le lâcher. Le père de Fabian les regardait alternativement puis, voyant que Jared ouvrait la bouche, il le devança.

- Écoute Fabian, dans toute famille il y a des hauts et des bas. Il y a parfois des secrets, des choses qu'il vaut mieux taire. Je préfère que tu me haïsses plutôt que tu sois au courant. Idem pour ton frère et ta s½ur. Et je resterais sur ma position.

Fabian le regarda, étonné, choqué. Jamais son père n'avait été aussi ferme et net avec lui.

- Mais ça me concerne !
- Il y a deux morts dans notre famille, ça nous concerne tous. Vous n'avez pas besoin de savoir tant que nous sommes au courant et présents pour vous protéger. Répliqua Anton.
- Ah oui ? Et le fait qu'il m'ait sortit qu'il fallait que je profite de toi parce que tu serais le prochain sur sa liste, ça aussi tu le savais ? S'énerva son fils.

Leurs yeux ne se lâchaient pas. Le jeune Prewett fut plus que surpris d'entendre son père lui murmurer ces quelques mots « Pas officiellement mais je m'en doutais, oui. » Fabian s'énerva de plus belle, hurlant sans cesse qu'il avait le droit de savoir, le droit de connaître l'identité de cet homme et son but, le droit d'être informé autant qu'eux. Finalement, son oncle, à l'aide d'un sortilège, le fît s'évanouir. Il lui effaça le souvenir de cette discussion et le souvenir des dernières paroles de Nathanaël. Jared fît de même avec Gideon et Molly. Ils avaient respectivement onze, treize et quatorze ans. Ils ne pouvaient vivre avec autant de poids sur les épaules, ils devaient ignorer, jusqu'à ce qu'un jour ou l'autre, tout refasse surface. Anton s'occupa d'installer ses trois enfants chacun sur leur lit respectifs, il redescendit et fixa son frère aîné, hésitant.

- Jared... Tu crois que c'était nécessaire ?

Jared Prewett fixait le ciel à travers la baie vitrée du salon. Il avait toujours été un homme courageux et prêt à tout. Il était le directeur du département de la justice magique, un homme reconnu et admiré par tous, excepté les partisans des forces du mal. Et pourtant, dans sa jeunesse, sous l'emprise d'un père autoritaire et violent, il avait lui aussi fait partie de ces forces obscures, à contrecoeur et sous menaces de son géniteur. Jusqu'à la mort de Nathanaël, il avait continué d'obéir parfois, malgré lui, contraint et forcé. John Prewett, père de Jared, Anton et Nathanaël, avait forcé les deux plus grands à le respecter et lui obéir sous peine de maltraiter et tuer le plus jeune. Ça avait été ainsi depuis que Nathanaël était né, dans le dos de leur mère. Cette dernière était décédée pendant leur enfance et, malheureusement, tout avait empiré. La haine du père était retombée sur le plus jeune. Encore. Jared et Anton s'étaient alors éclipsés de la maison avec leur frère, prenant un appartement et tentant de construire leur propre vie. Et ils y étaient parvenus. Ils avaient grandi et lutté chaque jour contre les forces du mal. Jared avait affronté la colère de son père, celle de Lord Voldemort, il était bien trop rôdé pour être impressionné. Il ne faisait plus partie de ceux qui avaient peur et ce, depuis bien longtemps. Il était d'ailleurs le seul homme sur terre qui avait réussi à échapper aux griffes du seigneur des ténèbres sans le payer de sa vie. Cette vie sous contrôle avait touché à sa fin à la mort de Nathanaël. L'aîné des frères Prewett s'était fait une promesse depuis tout gosse. Une promesse qu'il tiendrait. Tout s'arrêterait bientôt. Leur famille, côté Prewett, allait être débarrassée de l'emprise du mal. Pour ce qui était du côté Malefoy de Johanna, au contraire, ça venait juste de commencer.

- C'était nécessaire, oui.
- Pourquoi ? Il aurait suffit de...
- Leur dire la vérité ? Comment aurais-tu expliqué Anton ?
- Je l'ignore...
- Il nous faut les protéger. Et pour cela, nous devons rester vivants, tous les deux. Si nous mourrons, notre famille est foutue.
- Comment rester vivant ? Il est fort, Jared... Très fort.
- Il n'est pas question d'attendre qu'il vienne de lui-même...
- De quoi tu parles ? Tu deviens fou ? Tu veux le tuer ? Tu sais de qui on parle là ?
- Je ne suis pas fou, au contraire. Je n'ai pas l'intention de voir ma famille tomber pour la volonté d'un seul homme.

[...]

De longs mois étaient passés. Les deux frères courraient à en perdre haleine dans les couloirs de Poudlard. Ils espéraient de tout c½ur que Sirius ne leur avait pas menti sur ce soit disant passage secret ou ils pouvaient se cacher et sortir de Poudlard pour rejoindre Pré au lard. Leur père, trop occupé et prit par son travail, n'était pas souvent présent et n'avait donc pas pu leur signer l'autorisation de sortie. Mais pour tout dire, ils n'en avaient pas réellement besoin. On trouvait toujours des solutions à tout problème. Ils passèrent alors derrière cette étrange statue et se glissèrent dans le tunnel pour ressortir chez Honeydukes. Une fois dans le magasin, Fabian se tourna vers Gideon.

- Ça tue ! Sacré Sirius ! Faudra qu'un jour il m'explique comment il fait.
- C'est très simple, même s'il le souhaitait, il ne pourrait compter le nombre total de ses retenues. Répondit Gideon avec un sourire.
- C'est bien possible !
- Au fait, en parlant d'heure de colle...
- Ouais non mais là c'était pas de ma faute.
- C'est bizarre. Dolohov a sortit la même excuse à son père... Se moqua Gideon.

Fabian leva les yeux au ciel.

- Tu as un sérieux problème avec le mensonge, Fabi. Ça marchera pas toujours.
- Ben concrètement, je ne mens pas. Et Dolohov non plus. On s'est mutuellement tapé dessus. Donc nous sommes tous les deux responsables. Je veux dire pas forcément l'un plus que l'autre, tu vois ?
- N'essaye pas avec moi. Rigola Gideon. Avec qui tu veux, mais pas moi. Je te connais trop. Et puis, papa finira par s'énerver. Tu le sais...
- T'inquiètes ! Je gère.

Ce fût au tour de son frère de lever les yeux au ciel, désespéré, sachant qu'il ne « gérait » pas le moins du monde. Gideon était âgé de quatorze ans, Fabian lui, en avait treize. Avec le temps, ce dernier devenait très dur à tempérer, à calmer. Il commençait à faire de sérieuses conneries. Il s'engueulait tout le temps avec leur père mais parvenait à faire tourner la situation en sa faveur en lui racontant des craques. Son aîné savait qu'il avait commencé à fumer. Mais lorsqu'il avait voulu lui en parler, Fabian avait nié carrément, lui demandant s'il avait une quelconque preuve. Il cherchait constamment à répliquer, à se justifier, comme s'il se sentait agressé. Et Gideon savait que contrairement à leur mère, leur père avait beaucoup de mal à gérer ces situations. Malheureusement, aujourd'hui, il était seul pour le faire. Depuis que Fabian avait vu son parrain mourir, il était dans une mauvaise passe, il devenait insolent avec tout le monde, ses notes dégringolaient, il ne faisait rien d'autre que se battre et provoquer. A longueur de journée.

Fabian regarda son frère. Il sourit en voyant Gideon sautiller comme un gosse devant les gourmandises qui l'appelaient à tout acheter. Son sourire s'élargit de plus belle et il l'attendit patiemment, avant de le voir s'arrêter devant chaque friandise qu'il croisait. Il leva les yeux au ciel. Ils se retrouveraient plus tard parce que visiblement, monsieur en aurait pour un bon bout de temps. Le plus jeune sortit alors du magasin et se mit à marcher sur le chemin, observant les gens et les vitrines, il aimait surtout venir ici pour prendre l'air et bouger. Les magasins et lui, ce n'était pas une histoire d'amour. Plus loin, John Prewett se promenait, sillonnant le chemin de Pré au lard. Il se stoppa soudain en apercevant son petit fils, un sourire se dessinant sur ses lèvres.

- Tiens, Fabian. Comment vas-tu ?

Le jeune Prewett avait sursauté sous la surprise. Et pour cause, il ne l'avait pas aperçu et son grand père l'avait fermement saisi par le bras. Il le poussa doucement contre le mur sans le lâcher. Fabian le regarda intensément sans répondre. La haine s'insinuait dans tout son être tel un venin qui prenait possession de lui en un rien de temps. Cependant, il ne voulait pas de problèmes. Il estimait en avoir assez comme ça.

- Ça allait très bien. Répondit-il en tentant de se dégager.

* Mais j'ai comme une envie de vomir qui m'assaille en voyant ta tronche *

- Ça « allait » ? Pourquoi utiliser le passé ? Siffla John.
- Parce qu'il est bien connu que les Prewett, hormis toi, sont des êtres irrespectueux, inconscients de la valeur de leur sang et de l'importance qu'ils pourraient avoir.

Les deux Prewett se tournèrent vers la voix grave et glaciale de l'homme qui venait de parler. Fabian grogna et fusilla Abraxas Malefoy du regard.

- Le rendez vous des pourritures...
- Moi ? Une pourriture ? S'indigna son grand père. Mais non voyons. Je suis à la tête d'une famille reconnue pour être... admirable. Je suis porteur de justesse et gentillesse.

Il  l'entraîna avec lui, dans le coin le plus sombre qu'il pouvait y avoir, dénué de tout passage et de toute civilisation humaine. Abraxas les avait suivi. John plaqua ensuite son petit fils contre le mur, approchant son visage du sien. Il lui asséna un violent coup de poing dans le ventre. Fabian grogna de douleur et le regarda avec haine.

- Moi je suis juste, toi t'es qu'un sale connard. Tes propres fils pourraient être les premiers témoins. T'as eu des enfants si merveilleux que t'as pas supporté d'apparaître comme un vieux déchet à leur côté...
- Oh je vois... Tu es toujours resté sur le mal que j'ai pu faire à tes oncles et ton père... Mais tu sais, Fabian, si vous l'aviez accepté, si vous m'aviez un minimum obéit et respecté, peut-être qu'il n'y aurait pas tous ces morts. Peut-être que Nathanaël serait encore là. Remarque ça, c'est pas sur, quelqu'un aurait bien fini par se lasser de son inutilité...
- Et toi ? Tu ne te lasses jamais de la tienne ? Répliqua son petit fils, incapable de se contenir.

Abraxas s'avançait doucement vers eux, il avait de longs cheveux blonds et des yeux bleus glacés, semblant vous pétrifier sur place. Il observait attentivement Fabian, semblant ne pas pouvoir détacher son regard du sien. Ce dernier reçu une puissante gifle de la part de son grand père. Il inspira, tentant de retrouver son calme. Il savait que c'était à lui de se tempérer, sachant très bien que l'inverse était impossible. Les yeux noisettes de John, caractéristique propre aux Prewett, ne lâchaient pas ceux, verts, de Fabian.

- Il était faible. Et de toute façon, vous le serez tous quand l'heure viendra. Il paraît qu'il n'a pas tenu très longtemps d'ailleurs...
- Tu as tout bon John, d'après ce que j'ai entendu...
- Tu vois que j'ai raison, Fabian ? Ne pleure pas les morts, surtout lorsqu'ils étaient aussi pathétiques que lui. 

Fabian le regardait avec haine et dégoût, de haut en bas, comme s'il n'était qu'une merde qui ne méritait aucune importance. Puis, son regard se posa sur Malefoy. Cet homme qu'il avait aperçut une fois dans sa vie, à un conseil de discipline, lorsqu'il avait tapé sur son fils. Cet homme avec, qui, dès le premier regard, les premiers mots, s'était installé une haine incomparable. On comprenait le tempérament débile de Lucius quand on voyait son père.

- Qu'est ce que vous en savez Malefoy hein ? Il n'y a que moi qui était présent...
- Toi et le tueur, il me semble...
- Bande de connards ! Cracha Fabian, enragé.
- Ne réponds pas sur ce ton. Siffla son grand père, le giflant violemment.
- Vous le connaissez ! Vous êtes là à faire les fiers, à faire les gens bien et vous connaissez l'enculé qui tue les miens !

Il y eut un long moment de silence durant lequel Fabian ne cessait de fusiller Malefoy du regard, ses yeux bleus glace l'insupportant, le rendant fou de rage et lui procurant des envies de meurtre. Abraxas haussa un sourcil avant de sourire doucement.

- Tu es censé être impressionnant ? Tu ne devrais pas l'insulter tu sais...
- Fermez votre grande bouche arrogante, puante et médisante de sale Malefoy de merde. Je n'ai aucune envie de vous parler. 

Malefoy s'avança un peu plus, sans le lâcher des yeux.

- Il a des yeux et des oreilles partout tu sais...
- Ici même par exemple ?

Il se sentit étrangement mal en voyant l'homme sourire, ainsi que son propre grand père. Mais sa colère finit par redoubler, il se débattit avec hargne en hurlant de rage.

- Vas y ! Fais le venir ce salopard de mes deux !
- Tu serais foudroyé en à peine une demi seconde. Répondit Abraxas avec mépris.
- Il en est incapable ! Que des mots et du courage derrière ce sale masque de merde ! Sans ça, il n'est rien de plus qu'un sale moustique qu'on éclate en tapant de la main...

Abraxas écarta doucement John et attrapa Fabian par le col, se collant à lui, sans le quitter du regard. Le jeune Prewett fit de même, le fixant sans arrêt.

- Tu sais, il y a beaucoup de choses que tu ignores. Premièrement, le fait que je sois ton oncle...

Fabian faillit avoir un choc cardiaque. La première pensée qui traversa son esprit fut : * Lucius ? Mon cousin ? Beurk. Je reviens, je vais vomir... *

- Ça ne change rien, je choisis ceux que je considère comme ma famille. Et aucun de vous deux n'en fais partie, quoi que vous disiez. Je bannis ceux sans qui je me porte bien mieux.

John leva les yeux au ciel, il frappa son petit fils à coups de poings, plus violents les uns que les autres, enragé.

- C'est con pour toi... j'ai une soudaine envie d'être violent...
- Fais surtout bien attention de ne pas me louper alors... Parce que le jour ou je serais assez fort, ça risque de vous faire drôle... 

Abraxas regardait la scène sans dire un mot. Il fixait sans arrêt les yeux verts de son « neveu ». Fabian grogna de douleur mais il s'empêcha de réagir, sachant qu'il lui donnerait satisfaction. Il s'efforça de se protéger comme il put. Mais c'était difficile de ne pas craquer, cela faisait tellement longtemps qu'il ne l'avait pas croisé et n'avait pas souffert. Il n'était pas le genre de personnes habitué à souffrir physiquement. Pour l'instant. John cessa de le frapper et échangea un regard avec Abraxas.

- Tu sais, j'aurais aimé qu'ils aient un père tel que toi, aussi digne. Maintenant, sachant que la famille Prewett perd ses membres un à un, je me dis qu'ils atterriront peut-être un jour entre vos mains de Malefoy... Et ça ne serait que bénéfique.

Abraxas sourit. Il posa de nouveau ses yeux sur le jeune Prewett, comme s'il le défiait de dire quelque chose, de protester. Ce dernier éclata carrément de rire, incapable de s'en empêcher. Il les regarda tous les deux comme s'ils étaient en train de lui faire une pièce de théâtre des plus drôles qu'il ait jamais vu.

- Digne? On a sûrement pas la même définition s'il compte parmi tes amis...

Il affronta le regard d'Abraxas, plus provocateur que jamais et hilare en prime. Malefoy ne supporta pas que Fabian se moque de lui aussi ouvertement et il se laissa emporter par sa colère. Il poussa délicatement son ami avant de sortir sa baguette et de la pointer sur le fils de sa soeur. Il lui infligea un puissant doloris, faisant ressortir toute la rage qu'il éprouvait. Fabian tomba à genoux, n'étant plus du tout habitué à ce sortilège . Il ne l'avait pas subit depuis plus d'un an. Depuis la dernière fois qu'il avait vu son grand père. Depuis ce fameux jour mémorable ou son père avait viré John de la maison en lui interdisant de revenir. Il poussa un gémissement de douleur et le regarda avec haine. Abraxas haussa un sourcil, il intensifia le sort tout en le rouant de violents coups de pieds.

- Je n'aime pas DU TOUT ce regard Fabian. Siffla l'homme.

Il frappait tellement fort qu'il lui brisa une côte. Fabian poussa malgré lui un cri de douleur, il était tombé contre le mur, en position assise. Il entoura son ventre de ses bras, comme si ça pouvait atténuer la douleur, la rendre plus supportable. 

- J'en ai rien à foutre de ce que vous aimez ou pas! Vous n'êtes rien.
- Si, je suis ton oncle. Donc tu n'as rien à dire. 

John sourit. Il regardait, se délectant de cette scène. Fabian ne put s'empêcher de ricaner, moqueur. Il se redressa et le regarda droit dans les yeux, toujours si provoquant et ironique.

- Le silence? Je ne connais pas ce mot le blond, tu devrais te renseigner sur ceux que tu viens emmerder.

Abraxas sourit. Il s'accroupit, attrapa son menton et approcha son visage du sien.

- Par contre, il paraît que tu te tais étrangement vite lorsqu'on s'en prend aux tiens... 
- Je ne me tais jamais.
- Vraiment ? Même lorsqu'on fait dévaler un escalier à ton grand frère ou qu'on te menace d'aller chercher ta petite s½ur ?

Fabian se dégagea aussitôt, dans un geste rebelle et le regarda avec haine. Il n'avait pu cependant s'empêcher de frissonner. Comment pouvait-il être au courant de tous les détails ? Ses mains se mirent à trembler et, possédé par une angoisse soudaine, il détourna le regard, incapable d'affronter ces yeux si identiques à ceux du tueur. Pourquoi ? Pourquoi faisait-il ça ?

- Tu changeras obligatoirement.
- Personne n'est capable de me changer.

Il avait parlé d'un ton sec. Puis, il tourna soudain son regard vers son grand père.

- Et pourtant, il y a déjà des cons qui ont essayé. Ils paraît qu'ils s'en sont rendus malade...

Énervé, Son grand père s'approcha et le saisit à la gorge, l'étranglant doucement. Il souffla un « Personne ne m'a rendu malade, j'ai été empoisonné par une potion mortelle. Si tu penses que j'ignore qui est le coupable, tu te mets le doigt dans l'oeil. Il pense mettre fin à votre cauchemar, mais ce n'est que le début, Fabian. Tu es maudit, ils n'y peuvent rien. Mais ils subiront un par un la foudre du Diable. Jared ne peut pas lutter. Vous serez tous faibles. » Après ces paroles, Fabian ressentit une haine incommensurable, si puissante qu'il repoussa son grand père avec une force hors du commun, parvenant à lui faire perdre l'équilibre. Il éclata ensuite de rire et se releva avec toute la force de sa volonté. 

- C'est toi qui est faible. Ou alors tellement con que tu t'es auto fatigué à force. C'est compréhensible, avec ta gueule et ta stupidité, je me serais de suite pendu avec mon cordon ombilical. Je me demande pourquoi tu as tenté de survivre...

Ce qui était dangereux chez Fabian, c'était que sa rage l'embarquait dans les emmerdes, car il était carrément incapable de se taire lorsqu'il était énervé. John se fit aider par Abraxas pour se relever. Il se rapprocha de son petit fils et lui jeta un puissant doloris.

- Ferme là Fabian. Tu risquerais de le regretter rapidement sinon...

Abraxas, lui, s'occupa de le rouer de coups. Le jeune Prewett poussa un gémissement de douleur. Il sentait le point ou son grand père était fou de rage. Lorsqu'il lui disait clairement de la fermer, c'était que c'était mauvais signe, qu'il n'en pouvait plus et donc, que Fabian gagnait. Il repoussa soudain Abraxas avec toute sa force, le regardant avec haine.

- Ne me touchez pas vous! Ne croyez pas que vous avez tous les droits parce que vous êtes avec ce vieux con. Même lui n'en a aucun, c'est ce qui le frustre...

John intensifia davantage le sortilège. Abraxas, lui, s'occupa de sortir un couteau et d'entailler le ventre du jeune garçon avec violence. Fabian poussa un hurlement de douleur. Il se laissa glisser contre le mur, assis, se tenant le ventre, saisissant le couteau, les mains tremblantes. C'était la première fois qu'il subissait ça. La première fois qu'on lui faisait ce genre de torture. Qui était ce fou? Abraxas sourit en le voyant souffrir, il s'accroupit à ses cotés, prit le manche du couteau et renouvela sa torture, faisant glisser la lame le long de son torse. Fabian gémit de douleur, les larmes aux yeux, il repoussa ses mains et posa ses yeux sur son grand père. 

- Grand père arrête s'il te plaît...

John éclata d'un rire moqueur. 

- Pourquoi je serais le seul à cesser de faire ce que j'aime, Fabian?

Abraxas enfonça davantage l'arme et continua sa torture. Fabian gémit de douleur, il ferma les yeux avec force et ne répondit pas. Ça ne servait à rien, ils ne seraient jamais d'accord. Il était déjà très entêté. Et il n'avait pourtant que treize ans. Lorsqu'il avait une idée dans la tête, il ne l'avait pas ailleurs. Comme sa mère. Il se recroquevilla davantage sur lui-même cependant. John sourit de plus belle.

- Tu n'es pas si fort que ça. Ton parrain adoré a du déteindre sur toi avec le temps... Ou serait-ce ta mère ? Elle était connue pour être forte, il paraît qu'elle n'a cessé de supplier...

Malefoy sembla perdre sa trop grande sûreté de lui, ses yeux semblèrent se figer dans le vide et il cessa sa torture sans même s'en apercevoir. Fabian regarda son grand père avec haine. John ne lui laissa pas le temps de répondre, il se pencha, attrapa son menton et le regarda droit dans les yeux.

- Au fait, dis moi, comment veux-tu que ton père meure, Fabian ?
Va te faire foutre connard!

Il avait sortit discrètement sa baguette mais n'eut pas besoin d'agir Sans explication, il vit son grand père s'écraser contre le mur, ainsi qu'Abraxas. Sonné mais soulagé, il se releva avec peine. Il entoura son ventre de ses bras, perdant beaucoup de sang. Il sortit de la ruelle et s'aventura sur le chemin de pré au lard, malheureusement très lent. Les deux hommes reprirent rapidement leurs esprits et le suivirent, menaçants. Fabian tourna la tête et vit avec horreur qu'ils n'étaient pas loin. Paniqué, ne sachant pas vraiment ce qu'il faisait, il entra par la première porte qui se présentait à lui. Il angoissa lorsqu'il vit le bar quasiment vide. Mais alors, il aperçut Albus Dumbledore accoudé au bar, il poussa un soupir de soulagement, s'avança et s'assied sur le plus proche tabouret, lâchant sa blessure et commandant une bière au beurre. Il prit son verre et le porta à ses lèvres, ne s'apercevant pas qu'il tâchait son verre de sang. La brûlure de la boisson dans sa gorge lui fit un bien fou. Il se crispa lorsqu'il entendit la porte du bar s'ouvrir. Son grand père entra suivit par Abraxas. Ils se stoppèrent d'un seul et même mouvement en apercevant le directeur de Poudlard. Ce dernier avait engagé une conversation joyeuse avec son élève, ne voyant pas son trouble. Car, comme toujours, Fabian masquait ce qu'il ressentait, autrement dit dans le cas présent, une très grande douleur au ventre.


- Fabian. Appela John. Depuis quand consomme t-on de l'alcool à treize ans ?

Ce dernier sourit, il leva son verre comme s'il portait un toast et lui fit un clin d'oeil tandis qu'Albus Dumbledore riait doucement.

- Y a pas de limites d'age pour ce qui est bon! A la tienne papi...
- J'étais justement en train de raconter à votre petit fils les premiers souvenirs que j'avais eu avec l'alcool, les bouteilles dans la salle commune, au coin du feu...
- N'est ce pas interdit d'ailleurs ? Questionna Fabian, souriant.
- Ne fais pas celui qui n'a jamais vidé de bouteilles au coin du feu, voyons, sacrilège !
- Je l'avoue. Répondit le jeune Prewett. Avec Sirius, James et Peter ! Remus et Gid nous avaient sérieusement engueulés !
- Ça remonte à quand ? Demanda Dumbledore, amusé.
- Environ une semaine.

Dumbledore rigola de plus belle, il tourna son regard vers John.

- Voulez vous vous joindre à nous, John ?
- Non merci ça ira.
- Comment va votre santé ? N'êtes vous pas alité ?
- Disons que je préfère profiter des instants qu'il me reste. Je ne suis pas le genre d'hommes qui se laissent abattre et attendent leur heure, très peu pour moi...

Fabian sourit, prenant son air le plus hypocrite et il regarda son grand père.

- Tu devrais vraiment te reposer pourtant, papinou, on voit que t'as mauvaise mine...

John ne put s'empêcher d'esquisser un mouvement pour s'avancer vers lui, la haine étant bien visible sur les traits de son visage et dans ses yeux, seulement Abraxas le retint et lui murmura quelques mots à l'oreille. Des mots qui détendirent John Prewett et dessinèrent un sourire sur ses lèvres. Il les salua alors avant de sortir, suivit de son ami. Fabian n'était pas du tout rassuré par la tournure des événements, mais il ne bougea pas. Il avait tellement mal au ventre. Il ne ressortit que quelques heures plus tard, attendant patiemment que son directeur parte avant lui, cachant sa blessure contre le comptoir. Une fois Dumbledore parti, il se leva à son tour, paya et abandonna là son verre tâché de sang. Il ne remarqua pas que dans un coin de la pièce, un homme n'avait cessé de le fixer et de l'écouter durant tout ce temps. D'ailleurs, il sortit en même temps que lui et le suivit. Il l'observait sans relâche, à distance, depuis un an.

[...]

Fabian marchait doucement, il commençait à avoir la tête qui lui tournait. Il finit par retrouver Gideon devant le magasin de quidditch. Ce dernier, en voyant la pâleur de son visage, sortit aussitôt et se précipita vers lui. Il le soutint et caressa sa joue avec douceur, grimaçant en voyant sa blessure.

- Qu'est ce que t'as encore fais Fabi ?
- Rien !
- Tu te drogues et tu t'es battu avec un dealer, c'est ça?
- Mais arrête toi Gid !

Ce dernier le fixa intensément. Son petit frère grogna.

- Arrête de me prendre pour un menteur !
- C'est ce que tu es, Fabian.
- Je ne me drogue pas ! J'ai croisé Grand père John. Ça te va? T'es content ?
- Ce n'est pas exactement le mot que j'aurais choisi. Répondit Gideon en le fusillant du regard. Non, je ne suis pas content. Dans aucun des deux cas.
- Je ne me DROGUE PAS ! J'ai treize ans putain.
- La cigarette c'est pas de la drogue ?
- T'es encore sur ça hein ?

Gideon le regarda droit dans les yeux.

- Parce que je sais que tu m'as encore menti.
- Oui, je fume. De temps en temps. Soupira Fabian, las.
- Et ça t'apporte quoi ?
- Bon. Je pensais pouvoir compter sur toi pour m'aider à rentrer mais visiblement, autant que je me démerde seul.

Il le repoussa et commença à s'éloigner, ayant des difficultés à marcher. Gideon soupira, il avait mal au c½ur, il ne savait pas quoi faire pour l'aider à se ressaisir moralement. Il cligna plusieurs fois des yeux pour faire disparaître toute trace de larmes et le rejoignit rapidement, posant un bras sur sa taille et faisant passer celui de Fabian par dessus son épaule, lui tenant la main. Ensemble, ils rentrèrent à Poudlard sans un mot.

[...]

John referma la porte d'entrée derrière lui. Il sifflotait tranquillement, tentant d'oublier la douleur que lui procurait le poison qui circulait dans ses veines. Il traversa le hall de son manoir et entra dans le salon, il saisit, dans une commode, un verre, une bouteille et se servit un peu de champagne avant de tout ranger à l'aide d'un simple sortilège. Alors qu'il portait le verre à ses lèvres, ses yeux se posèrent sur une photographie ou figuraient ses trois fils. Son être tout entier s'emplit de haine et, lorsque son regard croisa celui de Jared sur l'image il frappa dans le cadre, le faisant s'effondrer au sol dans un bruit fracassant.

- Bonsoir père.

Surpris, John avait sursauté. Il grogna et posa son verre, nettoyant le peu qui s'était renversé. Il se tourna ensuite et fit face à son fils aîné. Leurs yeux s'accrochèrent. Le regard noisette de Jared était toujours identique, il semblait vous refléter son trop plein de courage, d'assurance et de détermination. Depuis tout gosse, ses yeux exprimaient à merveille ses émotions, il n'avait quasiment pas besoin de mots. Chaque sentiment se reflétait dans sa totalité. A cet instant, en plus de la haine, John pouvait y lire de la pitié.

- Jared. Siffla t-il.
- Que penses-tu de mon idée ? Comment as-tu pu conserver la même routine ridicule depuis toutes ces années ?
- J'imagine que tu parles de cette manie que j'ai de n'ouvrir qu'une seule bouteille et de la placer toujours dans la commode de l'entrée du salon ?
- Exactement...
- C'est un plan digne d'un mangemort rusé, Jared. Je suis fier de toi.

Son fils arpentait le salon, un air méprisant sur le visage. Il s'efforça de n'accorder aucune attention à ses paroles. Comme toujours, il essayait de le blesser, de le détourner de son objectif, de le rendre faible. Mais Jared n'était pas faible, bien au contraire.

- C'est un plan qu'un enfant de quatre ans aurait pu avoir.
- Je t'en prie, ne te dévalorise pas ainsi...
- Ce n'est pas moi que je tourne en ridicule mais toi. Mon plan était très simple, je le conçois. Ce qui l'est d'autant plus, c'est que toi, sachant que je désirais vengeance depuis toutes ces années, tu aies gardé ce même train train débile.

John se contenta de lever les yeux au ciel, il se rendit près du canapé et s'assied, simplement, son verre à la main. Il fixait son fils avec intensité.

- Pourquoi es-tu venu Jared ? Ton but n'était-il pas de savoir que je meurs à petit feu ? Cela ne te suffit plus ?
- Gideon m'a écrit.
- Oh, je vois, Fabian est donc allé pleurnicher ?
- FABIAN NE PLEURNICHE JAMAIS. Siffla Jared, hors de lui.
- Et pourtant...
- Il est allé dire à son frère que nous ne sommes que des menteurs, que la famille de leur mère est bel et bien vivante, qu'on ne cesse de leur cacher des choses...
- N'est ce pas la vérité, Jared ?
- Ferme là.

Ils se jaugeaient du regard, cette même haine, puissante et indestructible se reflétant dans leurs yeux.

- Pourquoi crois-tu que les épargner les sauvera, fiston ? C'est tout l'inverse, tu sais. S'ils vivent dans l'ignorance, ils n'en sont que plus vulnérables...
- Parce que je n'ai pas été épargné, j'ai vécu avec un connard la majeure partie de ma vie et je sais que je ferais tout mon possible pour qu'ils soient heureux, quel qu'en soit le prix.
- Tu serais donc prêt à payer de ta vie ?
- J'accueillerais la mort à bras ouverts dès maintenant si elle me promettait qu'ils aient une vie heureuse et épanouie.

John éclata d'un rire glacial, secouant négativement la tête. L'idée de solidarité et d'esprit de famille lui était totalement inconnue. Lui, il avait été éduqué dans une autre époque ou les parents faisaient ce qu'ils voulaient de leurs gosses. Personne n'allait se tuer pour l'autre, ils se respectaient mutuellement mais il n'était jamais question d'amour. C'était dans cet esprit qu'il avait tenté d'éduquer les siens. Mais Jared s'y était refusé dès le départ. En frère aîné protecteur qu'il était, il avait été impensable qu'il laisse les siens être dominés et maltraités, et il avait fallu que John sévisse. Il avait du utiliser le chantage et la force, trouver un exutoire en la personne de Nathanaël. Si Jared et Anton n'obéissaient pas, le plus jeune souffrait. Ça avait été sa plus brillante idée. Désormais, les familles de sang pur qui voulaient une certaine importance et le respect des derniers, étaient obligés d'agir ainsi lorsqu'elles avaient mis au monde un traître. Et c'était, malheureusement, de plus en plus fréquent.

- Jared, vous allez tous mourir, à une exception près. Tu n'es pas cette exception et tu le sais.

Son fils sortit vivement sa baguette, le regardant droit dans les yeux d'un air impassible.

- Toi non plus.

D'un simple sortilège, à la lueur verte, John Prewett fut foudroyé. Son corps s'effondra sur le côté. Le verre de champagne sembla tomber au ralenti, il s'écrasa en milliers de morceaux contre le carrelage de marbre. Son fils fixa la scène durant quelques secondes, puis, sans aucune once de remords, il se détourna et disparut dans un craquement sonore. La famille Prewett était désormais débarrassée de sa bête noire.

Chapitre 3 : Explosions. 02/03/2013



Fabian sortit du cimetière ou ils enterraient son grand père, possédé par un fou rire interminable. Il s'était retenu durant le début de la cérémonie. Mais, au fur et à mesure, sa capacité à garder son sérieux et à jouer le rôle du petit fils attristé s'était considérablement dégradée. Principalement lorsque le prêtre avait commencé à parler de « Cet homme si généreux et bienveillant qui avait contribué au bonheur des siens ». Il avait piqué un fou rire, il s'était alors excusé et avait quitté les lieux, prétextant que c'en était trop pour ses nerfs.

- Rire lors de l'enterrement de l'un de ses proches, quel profond manque de respect...

Le jeune garçon tourna ses yeux vers la voix et se figea instinctivement. Abraxas Malefoy était appuyé contre le mur clôturé, le fixant intensément. Ils échangèrent un long regard mais Fabian refusa d'entrer dans son jeu et de lui répondre. La dernière fois qu'ils s'étaient croisés, Malefoy s'était joint à son grand père pour le brutaliser, comment osait-il se montrer après ça ? Ces stupides familles se croyaient-elles tout permis ?

- Il me semble que tu rigolais moins lorsqu'il était dans les parages...

Fabian scrutait le vide devant lui, l'ignorant totalement. Il ne préférait pas avoir d'emmerdes aujourd'hui, qui sait ce que cet homme était capable de faire ?

- Oh, je vois, tu es devenu muet ? Notre dernière rencontre t'as choquée ?

Son neveu ricana doucement, il avait les mains dans les poches et même sa tenue laissait à désirer pour un enterrement. Il s'était contenté d'un jean foncé et d'une chemise noire, contraint tout de même d'afficher une certaine apparence respectueuse.

- Vous pensez être impressionnant ? Je vais donc vous apprendre une chose : Personne ne me fait peur.
- Tout le monde a une crainte. Contra Abraxas.
- Vous pouvez parlez pour votre famille de sales mauviettes... mais pas pour la mienne.
- MA famille ? Devrais-je t'apprendre que tu en fais partie ?
- Ma mère en faisait partie. Vous n'êtes rien pour moi, ni pour mon frère et ma s½ur. D'ailleurs, vous n'étiez rien pour elle non plus.

Abraxas le fusilla du regard et, il se détacha du mur pour s'approcher lentement. Fabian ne bougea pas d'un poil, se contentant de le fixer.

- Qu'est ce que tu en sais ? Tu ne connaissais pas notre lien familial et encore tu te permets de juger et de tirer des conclusions hâtives.
- Ce que je sais c'est que vous ne serez jamais rien pour moi et les miens. Alors inutile de vous montrer et de penser que vous avez un quelconque intérêt.
- J'aurais justement de « l'intérêt » Fabian, plus vite que tu ne le pense et même si c'est contre ton gré...


[...] Cinquième année.

Je poussais un grognement féroce et attrapais brutalement mon frère par le bras, le fusillant du regard. Encore une dispute, toujours des disputes. Merde à la fin. Pourquoi ne voulait-il pas me foutre la paix ? N'étais-je pas assez grand pour me démerder seul ? Je n'avais pas besoin qu'on m'aide, pas besoin qu'on m'écoute et surtout, pas besoin qu'on me prenne la tête. Lui, il était constamment là pour le dernier point.

- Ne t'excuse pas ! Si je suis énervé c'est parce que j'en ai assez que tu te considères comme un bon à rien! Tu n'étais pas présent quand je me suis battu avec Dolohov, j'ai morflé, la prochaine fois ça sera lui, c'est pas grave. Rien n'est de ta faute. C'est clair ?

Je soupirais faiblement et braquais mon regard sur celui de mon grand frère. Gideon tenta de se libérer de mon emprise, mais, il n'y parvint pas.

- Je m'en fiche. Ce n'est pas de ça dont je te parle, Fabian et tu le sais parfaitement.
- Alors c'est quoi ? Vas y, dis moi. Explique toi clairement pour une fois dans ta vie.

Mes yeux ne le lâchaient pas et je vis les siens se remplir de tristesse. Je grommelais entre mes lèvres, haïssant par dessus tout apercevoir cette lueur dans son regard.

- Pourquoi tu ne me dis jamais rien Fabian?

Cette question me prit totalement au dépourvu, j'ouvrais la bouche mais les mots restèrent bloqués dans ma gorge. Pourquoi répétait-il sans cesse la même chose ? Le même reproche ? Gideon soupira.

- Tu vois...
- Qu'est ce que je devrais dire ? Il fait beau aujourd'hui tu as vu, les oiseaux chantent, les abeilles bourdonnent, c'est vraiment...
- Arrête. Siffla mon frère.

Il s'était brutalement dégagé de mon emprise et ses yeux m'incendiaient sur place. Mais je n'étais pas impressionné. D'ailleurs, je ne l'étais jamais et là était la clé du problème. Rien ni personne n'était capable de m'imposer des limites. Et celui qui aurait du y parvenir, mon propre père, était le plus incapable de tous. Je n'avais peur de rien. C'était la source de leur inquiétude.

- Pourquoi cherches-tu à te pourrir la vie ?
- Euh... là tu fais erreur.
- NON ! Papa est d'accord avec moi ! Tu... provoques parce que tu as envie que ça clashe, constamment. Avec lui, avec moi et avec toute personne que tu peux croiser sur ta route. Dolohov t'avais fait quoi cette fois ?
- Rien. Il m'a croisé, c'est tout.
- Et tu étais obligé de te battre ?
- Ouais.
- C'est fou ce que tu peux être fermé et borné. On t'as jamais dis qu'il fallait évoluer ? Grandir ?

Je le fusillais du regard, en colère. Si mon tempérament ne leur convenait pas, ils n'avaient qu'à me laisser derrière eux. J'avais toujours été différent. Fier, borné, grande gueule, provocateur, arrogant, menteur... Je m'étais souvent senti intrus lorsque j'étais petit. J'avais eu l'impression d'être sortit de nulle part, l'impression d'être là sans y être, que ce n'était pas ma place. Et cela s'était empiré avec le temps. Du moins, depuis la mort de ma mère. Elle, elle avait toujours su. Je n'avais jamais eu besoin de prononcer le moindre mot, dès le départ, elle avait eu une sorte de radar maternel. Elle avait tout compris. J'étais insaisissable, et elle avait été la seule capable de lire à travers mes yeux. La seule. J'étais démuni et impuissant sans elle, j'étais de nouveau seul. Mais ça, qui pouvait le comprendre ? Les yeux de Gideon se froncèrent soudain, il laissa la colère l'emporter. Une colère que, sur le moment, je ne compris pas.

- Tu te fous de moi ?

Je fronçais les sourcils et le fixais durant une éternité. Qu'est ce qui lui prenait à s'enflammer tout seul d'un coup ? De son doigt, il désigna le joint que je tenais dans ma main. Je levais les yeux vers lui et haussais un sourcil.

- Quoi ?
- FAIS VOIR. Gronda t-il.
- Calme toi. C'est rien de plus qu'une cigarette roulée.
- Je me calme si j'en ai envie.

Je soupirais et le regardais droit dans les yeux. Comme toujours, je mentais comme je respirais.

- C'est rien. Je te le jure.
- Dans ce cas, pourquoi tu ne veux pas me montrer ?
- Parce que. Répliquais-je d'un ton sec. Qu'est ce que ça peut te faire hein ? Je fume, tu le sais, et alors ? Ou est le problème ?

Gideon attrapa mon bras tandis que je me débattais vivement.

- Arrête! Gideon arrête ça de suite!
- Non. Répondit fermement ce dernier en serrant un peu plus.
- ARRÊTE PUTAIN GIDEON! Sifflais-je en essayant en vain de me défaire de son emprise.
- C'EST TOI QUI VA ARRÊTER ! TU M'AVAIS PROMIS !
- Lâche moi putain!
- NON ! TU M'AVAIS PROMIS BORDEL ! PLUS DE CIGARETTES, PLUS RIEN !
- Tu me saoules, lâche moi. C'est ma vie putain, je fais ce que je veux okay ?
- NON ! Bon sang mais tu ne comprends pas que tu me fais péter un câble ? Tu crois que ça me fait plaisir de te voir avec les yeux défoncés ? A te traîner, à être complètement hs à longueur de temps ?
- Je vais m'énerver...
- Moi aussi je sais m'énerver Fabian. T'es pas le seul à en être capable, crois moi. Répliqua Gideon avec un mélange d'ironie et de colère.

J'eus la mauvaise idée de ricaner, incapable de m'en empêcher. Je n'avais pas peur, j'étais inconscient, constamment.

- Oh, mais vas y je t'en prie, montre moi ça. J'en rigole d'avance...

Cependant, je n'eus pas la moindre envie de rire lorsque Gideon approcha son visage à deux millimètres du mien, me regardant droit dans les yeux. Il souleva brutalement ma main et regarda mon joint avec haine, avant de reposer ses yeux noisettes sur moi dans une colère noire.

- « Rien de plus qu'une cigarette roulée » mais bien sur, pauvre con va !
- Ne m'insulte pas. Sifflais-je, fou de rage.
- Pourquoi hein ? C'est pas la vérité ? Ce n'est pas ce que tu es ? Un sale petit con d'égoïste ? Bien sur tout le monde le pense mais je suis le seul à le dire.

Je le fixais avec toute ma rage, ravalant mes larmes et ma tristesse.

- Ah oui, ça fait mal hein ? Mais je veux que tu réagisses.
- Je te déteste ! Répliquais-je en me dégageant brutalement.
- Tant mieux on est deux. Tu n'es qu'un sale fumeur avec un pois chiche en guise de cerveau.
- Connard. Je te hais.
- C'est toi le connard. Répondit Gideon.

Cependant, il était triste au fond, brisé, détruit de voir que son frère avait continué, de voir que son frère n'était pas heureux et qui plus est, de ne pas savoir s'il pensait ses paroles ou pas. Gideon, lui, s'énervait, il avait la haine mais on pouvait clairement voir qu'elle masquait sa tristesse. Contrairement à Fabian. Ce dernier avait une carapace qui empêchait tout le monde de percer ses défenses. On ne savait pas s'il disait ses violents mots par chagrin ou si, ils venaient réellement du c½ur.

- Putain mais...

Enragé, je m'approchais et donnais un violent coup de poing dans le nez de mon frère, le lui brisant net. Gideon gémit et se tint son nez dégoulinant de sang. Je me contentais de le regarder avec toute ma haine, sans aucun remords.

- Si tu me hais tant vire de ma vie! Dégage ! Arrête de te soucier de moi. Laisse moi crever en paix. Vu que je ne suis qu'un sale petit égoïste de merde.
- Tu veux rejoindre maman et Naty c'est ça ? L'adrénaline te manque alors tu la comble avec un bon pétard ? Si tu veux crever, étale ta vie, montre toi, il viendra à nouveau, histoire de t'enlever quelques jours, de te faire des piqûres sans qu'on ne sache pourquoi, de te frapper un peu, de te défier, de t'enlever quelqu'un... Encore une fois. Tu pleureras sûrement un bon coup, mais comme d'habitude, tu t'en sortiras hein ? Du moment que toi tu survis, qu'importe ?

Vidé. C'était le mot. J'étais vide. Comment pouvait-il prononcer ces paroles ? Comment osait-il dire que ma vie importait plus que celles des autres ? Pensait-il réellement que j'étais égoïste ? Comment lui expliquer que si j'avais pu je me serais jeté devant maman et Naty ? Il sembla s'apercevoir qu'il était allé trop loin. Il avait laissé sa haine parler. Gideon esquissa un mouvement, il eut comme un geste, une lueur d'excuse dans le regard. Mais c'était trop tard. Je me détournais sans un mot et m'éloignais seul vers le château.

Quelques jours plus tard, alors que, perdu dans mes pensées, je me promenais seul dans les couloirs, j'eus le grand malheur de croiser l'une des plus importante têtes à claques de cette merveilleuse école, j'ai nommé : Lucius Malefoy.

- Tiens, Prewett... Qu'est ce que tu fous là tout seul ? Si tu cherches ton frère, il doit sûrement être quelque part en train de chialer de t'avoir perdu...

Je m'étais promis de ne pas me retourner aux provocations de ce sale blond et de tracer ma route, cependant, je m'arrêtais net à l'entente de sa phrase. J'allais encore trahir une promesse, envers moi-même cette fois. Je me tournais vers lui et le regardais avec haine.

- Ferme ta gueule, Malefoy, tu risquerais de te retrouver ENCORE dans un mauvais état. Je n'aimerais pas que tu chouines... J'aurais encore plus pitié de toi sinon.

Lucius me regarda avec rage.

- En fait, je dois sûrement me tromper. Ton frère ne doit pas être triste. Il a su comprendre que tu étais quelqu'un qui ne méritait pas d'attention...

Hargneux, je l'attrapais par le col et le plaquais avec rage contre le mur, le fusillant de mes yeux verts si pénétrants. Lucius sourit d'un air mauvais.

- Il te manque hein ? Je croyais que votre amour était plus fort que tout ?
- Si tu continues Malefoy, je vais te briser tous les membres et tu n'auras plus que tes yeux pour pleurer...
- Essaye un peu pour voir, histoire que mon père se ramène et que je rigole un bon coup.
- Tu ne peux donc pas te débrouiller sans ton papa ? Ricanais-je, moqueur.

Après ces mots, je lui donnais un puissant coup de poing dans la mâchoire et m'éloignais. Mais c'était sans compter sur la présence d'Horace Slughorn, directeur des Serpentards avec une certaine préférence pour ces derniers...

- Monsieur Prewett, revenez immédiatement ! De quel droit levez-vous la main sur un autre élève ?
- J'ai pris le gauche monsieur, pas le droit...
- Espèce de sale fils de...

La réaction fut immédiate. Je me tournais de nouveau vers Lucius et l'incendiait à l'aide seule de mon regard. Était-il sérieux ? Allait-il poursuivre ? Je ne le lâchais pas et attendais la suite. Mon cerveau bouillonnait, j'étais incapable de réfléchir, étant entré dans une rage démesurée et indomptable. Lucius esquissa un sourire.

- Pas besoin de continuer n'est-ce pas ? Tout le monde le sait...

[...]

Le silence était pesant dans le bureau. L'atmosphère était emplie de tensions. Mon père, étant pour la matinée en réunion avec le ministre de la magie et ses collègues, n'avait pu se déplacer. Je devais donc faire face au regard sévère de Jared qui s'était porté volontaire pour assister au conseil de discipline à sa place. Et sincèrement, c'était étrange de sentir une certaine autorité, il était le seul à avoir assez de caractère pour m'en imposer.

- Fabian, dis quelque chose au moins ! Gronda t-il, énervé.
- Qu'est ce que tu veux que je dise ?
- Oh, peut-être que tu pourrais t'excuser. Mais connaît-on ce mot dans votre famille ? Étant donné que la notion de respect semble totalement inexistante.

Il y eut un instant gênant ou seul mon rire résonna, je braquais mes yeux sur Malefoy père.

- Non mais vous êtes sérieux vous ? Vous venez me parler de respect alors que votre sale... votre fils insulte ma mère ? Elle est morte putain !
- Je ne l'ai pas insulté ! Siffla Lucius, se tenant son nez dégoulinant de sang.
- Ne joues pas au plus con, même si on sait que tu gagnes haut la main, tu l'a insinué, c'était très clair !

Jared posa une main ferme sur mon bras et mon regard s'accrocha au sien. Je savais ce qu'il attendait, mais je n'étais pas prêt à le faire. Pourquoi devrais-je m'excuser auprès d'un connard qui s'amusait à jouer avec ma tristesse ? Pourquoi devrais-je me rabaisser alors que personne ne le faisait pour moi ? Si c'était pour que cette maudite famille se sente encore plus puissante et intouchable, c'était hors de question, plutôt crever. Je les haïssais tous. Le silence pesait de nouveau et malgré le regard insistant de mon oncle Jared, que j'ignorais avec soin, je ne m'étais toujours pas excusé.

- Visiblement, la politesse non plus ne fait pas partie de vos valeurs.
- Vous pouvez parler, votre famille de merde n'a aucune valeur. Répliquais-je automatiquement, incapable de me dominer.
- FABIAN. Siffla Jared.

Mes yeux s'étaient accrochés à ceux d'Abraxas Malefoy et je sentais une grande menace, silencieuse, certes, mais belle et bien présente. Il n'allait pas tarder à faire une nouvelle irruption dans ma vie, digne de celle qu'il avait faite lors de ma dernière entrevue avec Grand Père John. Serait-il capable de me malmener à nouveau alors qu'il n'en avait aucun droit ? Ou avait-il simplement agi grâce à la présence de John ? Je l'ignorais. Son regard glacé semblait me dire qu'il en était parfaitement capable et qu'il n'avait besoin d'aucune autorisation. Jared pinça doucement mon bras, m'arrachant un grognement. Je croisais son regard, contraint de l'affronter.

- Excuse toi immédiatement.

Malefoy père semblait attendre, observant la scène avec une attention que je ne compris pas. Pourquoi donc mes réactions pouvaient-elles à ce point l'intéresser ?

- Non.
- Fabian, je ne t'ai pas demandé ton avis.
- Il...
- A été stupide. Mais toi aussi. Alors maintenant tu cesses de l'être et tu t'excuses.

Mon regard s'accrocha à la table de bois qui servait de bureau au professeur Slughorn et je m'excusais en la fixant, signe que je n'avais strictement aucune envie de m'excuser réellement et que je le faisais pour le bien de mon oncle qui, sans ça, aurait sous peu succombé à une crise cardiaque. La dernière fois que nous nous étions réunis en famille, mon père et lui s'étaient « amusés » à compter mon nombre de retenues et le nombre de fois ou ils avaient été contraints de se déplacer. Ma tante, Cécilia, l'avait tourné à la rigolade afin que les choses ne prennent pas une tournure désagréable. Et, heureusement, elle y était parvenu. Le caractère de mon oncle et le mien ne faisaient pas vraiment bon ménage. Il était le seul à être aussi entêté que moi. Ce qui était assez difficile lorsqu'une confrontation avait lieu. Il se leva rapidement et serra la main du professeur avant de se tourner vers moi. Je m'étais levé à mon tour et le fixais intensément, il me prit doucement dans ses bras et me serra dans une étreinte affective, puis se détacha.

- Bien. Maintenant tu files en cours et tu es sage, clair ?
- Oui papa. Répliquais-je, moqueur.

En m'entendant prononcer ce mot, Abraxas eut une sorte de tic étrange, il avait tourné la tête vers nous d'un mouvement vif et ses yeux avaient exprimé une lueur bizarre. Étrangement, on aurait dit qu'il était inquiet. Certainement pas pour moi en tout cas. Plus par politesse que par envie, Jared salua brièvement les Malefoy et sortit, s'éloignant dans les couloirs. Je me pressais de faire de même, n'ayant aucune envie de me retrouver seul avec la famille de blonds. A peine sortit de la salle, une voix douce retentit à mes oreilles. Un sourire se dessina sur mes lèvres.

- Qu'est ce que tu as encore fais petit Ange ?

Alice Hellington, jeune princesse blonde aux yeux bleus de mon âge et de ma maison, m'attrapa doucement par le bras avec ce sourire rêveur qui ne la quittait quasiment pas. Elle m'avait surnommé ainsi dès les premiers jours. Nous avions tissé un lien très fort que je ne pouvais exprimer par de simples mots. Elle avait su. Elle avait lu dans mes yeux de la même façon que le faisait ma mère. Elle avait été là, à mes côtés, je ne sais plus vraiment comment, mais elle y était toujours. C'était tout ce qui comptait. Le mot amour était totalement banni, elle était mon ange et j'étais le sien. Une amitié puissante et une présence rassurante à chaque étape.

- Rien de grave.

Elle soupira et rejeta ses longs cheveux en arrière avant de me fixer d'un air sévère. Elle savait que je dégringolais mais elle se passait des reproches, dans les moments ou Gideon aurait hurlé, elle se contentait d'être silencieuse et de me serrer contre elle. Elle savait que je ne parlais pas, que je ne parlerais jamais et elle le respectait. Sa présence féminine dans mon univers de garçons était comme un souffle, une nouvelle bouteille d'oxygène que je m'empressais de rejoindre à chaque explosion, dès que je sentais que je divaguais un peu trop. Elle serra un peu plus mon bras et m'entraîna. Cela nous arrivait souvent, nous marchions totalement au hasard dans les couloirs, discutant de tout et de rien, riant ou même, en restant silencieux, et ces instants comptaient parmi les plus beaux que j'avais passé à Poudlard.

- Gideon n'est pas venu te voir ?
- Pourquoi l'aurait-il fait ?

Je lui avais répondu dans un murmure. Cela faisait plus d'un mois que mon frère et moi ne nous étions pas parlé. Il était vrai que nous nous disputions souvent, et que nous ne faisions jamais les choses à moitié. Mais cette fois, c'était long. J'étais trop fier pour revenir et trop entêté pour m'excuser. Et puis, à mes yeux, il avait fait pire que moi. Certes, j'avais trahi ma promesse, mais ses mots m'avaient brisés. Et je n'avais pas besoin de l'être.

- Parce que tu lui manques...

J'haussais les épaules et restais silencieux, elle leva les yeux au ciel et tapota doucement ma joue, énervée par mon mutisme et mon absence de réaction.

- Grmf, tête de linotte. Allez, dépêche, on a cours de métamorphose !
- Argh.
- Mais si, je sais que ça te passionne ! Rigola t-elle.
- C'est passionnant... Mais tu sais très bien que j'en ai assez de tenter de changer le rat en assiette de terre cuite, c'est un connard ce rat, il refuse de m'obéir !

Elle éclata d'un rire aigu et bruyant. Son rire. Il était si contagieux qu'il pouvait contaminer la grande salle à lui seul. Je tentais de lutter mais, comme à chaque fois, je riais à mon tour, incapable de me maîtriser. A cet instant, un hurlement de fureur retentit dans le couloir suivit de plusieurs éclats de rire. Alice se stoppa et me fixa attentivement, semblant attendre. Et quelques secondes plus tard, quatre jeunes garçons arrivaient vers nous dans une course effrénée. Morts de rire et essoufflés, ils s'arrêtèrent face à nous. L'un d'entre eux, les yeux aciers brillants d'un éclat de malice perpétuel, s'avança vers moi et me serra contre lui dans une étreinte à me couper le souffle, j'écarquillais les yeux, surpris, tandis que les trois autres riaient de plus belle.

- Serre moi fort Fabian... C'est la fin ! S'exclama Sirius Black d'une voix de vieillard dans ses dernières secondes de vie.
- Vous l'avez drogué ? Demandais-je à l'intention des trois autres Maraudeurs.
- Non. Me répondit James, hilare. Servilus lui a dit que si dans l'heure qui suivait il n'était pas mort et enterré, c'était un miracle.

Je rigolais à mon tour alors qu'Alice prenait un air réprobateur, les mains sur les hanches, elle avait l'air d'une vraie mère prête à remontrer ses gosses. Sirius s'avança vers elle avec son air le plus charmeur, il posa un doigt sur sa bouche, un sourire en coin sur les lèvres.

- Ne dit rien Ali chérie, je sais que tu m'admires...
- Non Sir...
- Chuuuuuuuuuuuut, n'écoute que le son de ma voix...

Alice fit mine de le regarder avec colère, elle tentait tant bien que mal de lutter contre le pouvoir malsain qu'exerçait Sirius sur... et bien sur tout le monde en fait. Mais elle abandonna rapidement en éclatant de rire devant les tentatives d'hypnose ratées du jeune Black. Il fit mine de prier, les mains jointes l'une contre l'autre.

- Ah, merci Merlin, vous faîtes résonner le rire de notre Blondinette...
- Arrête Sirius. Grogna ma meilleure amie en se blottissant contre moi.

Il avait prit un sourire digne d'entrer dans les annales, plus fier que jamais de son pouvoir de persuasion. Il se mit à sauter partout et je me demandais une nouvelle fois comment il ne s'épuisait pas lui-même. Je me posais souvent cette question. Sirius était toujours... bien. Je savais qu'il avait des soucis, tout se voyait dans son regard, mais jamais je ne l'avais vu faillir. Jamais. Il semblait être trop fort pour ça. Il était le premier à vous faire rire, à embellir votre journée. Le matin, lorsque j'avais du mal à dormir et que je descendais tôt dans la salle commune, je le retrouvais souvent près de moi. J'en avais déduis que lui aussi avait un sommeil agité ou très perturbé, mais jamais il n'en avait parlé, il souriait toujours et déclenchait automatiquement mon propre sourire. Parfois je me rendormais, et lorsque je me réveillais, incapable de comprendre comment, je me retrouvais dans mon lit, ma couverture dessus, comme s'il s'était efforcé de me ramener et de prendre soin de moi, à sa manière. Je ne l'avais jamais entendu prononcer un mot tendre, envers personne. Je crois qu'il n'était pas de ceux qui se répandent en « je t'aime » ou « je tiens à toi » mais plutôt de ceux qui le prouvent chaque jour. Il s'approcha soudain de moi et caressa ma joue, l'air charmeur.

- Tu penses à moi coquinou ?

Remus se prit la tête entre les mains, l'air désespéré. Il répéta incessamment « Merlin faîtes quelque chose je vous en supplie ». Je souriais et affrontais le regard de mon ami, car oui, je le considérais comme tel, un lien fort, et j'ignorais encore jusqu'à quel point, nous unissait.

- Non, désolé chéri, j'ai trouvé mieux entre temps. Répliquais-je en entraînant Alice vers notre salle de cours.
- Quoi ? Mieux que moi ? Que Sirius Black ? Non mais James t'as entendu là ? C'est scandaleux ! Une ignominie ! Traître !

J'éclatais de rire, me retournais et lui faisait un clin d '½il provocateur, avant de leur tourner le dos à nouveau.

- Ce garçon est d'une arrogance ! S'exclama Sirius, imitant à la perfection la voix de son père.

Je n'avais que très peu entendu le son de cette voix mais elle m'avait marqué de par sa prétention. Orion Black était un homme hautain, toute son attitude montrait qu'il était un homme riche, un homme qui n'avait rien connu d'autre que le luxe. C'était l'exemple typique du genre de personnes sortie tout droit de l'aristocratie sorcière. Les familles de Sang pur haut placées qui avait la quasi totalité du pouvoir au ministère et aussi le contenu des coffres de la banque Gringotts entière dans leur propre coffre. Ils ne se mélangeaient pas aux autres et ils étaient craints par l'ensemble du monde sorcier. Tout ce qui se rapportait au monde moldu les dégoûtaient, car ils se croyaient supérieurs à cette « race ». C'était brutal, mais c'était ainsi qu'ils fonctionnaient. A leurs yeux, les moldus ou nés moldus n'étaient rien de plus que des chiens qui devaient leur lécher les bottes. Une race inférieure qui devait s'écraser. Tout ce qu'ils souhaitaient, c'était remettre les moldus à leur place et les dominer, que le pouvoir ne soit attribué qu'aux familles anciennes de Sang pur. Leur sang leur donnait tous les droits. Et puis ensuite, il haïssait les familles de traîtres, telles que la mienne. Le fait qu'on ne fasse aucune différence entre notre sang et celui des nés moldus ou moldus, les dégoûtaient profondément, ils considéraient ceci comme un gâchis total. Nous étions simplement humains et normaux. Les garçons nous avaient rattrapés et ils discutaient quidditch.

- Ce soir on pourra perfectionner nos nouvelles techniques à l'entraînement... S'exclama James d'une voix enjouée.

Sirius me regarda doucement avant de poser des yeux prudents sur son meilleur ami.

- Euh, en fait...
- Fais attention à ce que tu vas dire...
- Et bien, comment expliquer ?

Peter échangea un regard avec Remus, éclatant carrément de rire. Le jeune Lupin posa une main sur l'épaule de James. Une main qui se voulait apaisante.

- Je ne pourrais pas venir, je serais en retenue avec McGo.
- Et moi...
- Quoi toi ? Tu te fous de ma gueule Fabian ? Je fais comment moi avec un poursuiveur et un batteur en moins?
- Aucune idée... Tu te démerdes ? Demandais-je.

Alors qu'il ouvrait la bouche, je me précipitais avec Alice dans la classe de Métamorphose, elle rigola doucement. Sirius profita de mon esquive pour faire de même. Durant le cours, James étant derrière moi, je l'entendais râler encore et encore à cause de mon absence. McGongall n'était pas de meilleure humeur à mon égard. Elle semblait être au courant pour ma bagarre avec Lucius, et par conséquent, au courant que je n'assisterais pas non plus à l'entraînement ce soir, étant en retenue avec le professeur Slughorn. A ses yeux, manquer un entraînement, était un crime. De cette façon, nous perdions de notre force, et la possibilité de voir la coupe nous échapper s'accroissait. Je soupirais. Certes, j'aimais énormément mon sport mais de là à en être drogué, il y avait une marge...

- Monsieur Prewett , une démonstration ? Changez moi ce rat.

J'échangeais un regard avec Alice qui ne put s'empêcher d'esquisser un large sourire. Je soupirais et pointais ma baguette droit sur l'animal. Ce dernier tentait de m'échapper depuis le début du cours et ma seule envie était de le lâcher, il commençait sincèrement à me saouler. Je le fixais et me concentrais au maximum. Seulement, lorsque je prononçais le sortilège, le rat se changea, oui, mais en assiette en verre. Je grognais férocement tandis que ma directrice de maison pinçait les lèvres.


- Vous avez encore besoin de vous exercer.

[...]

Alors que je marchais sans faire attention à ce qui se passait autour de moi, quelqu'un m'attrapa par le bras et m'entraîna dehors, dans le parc. Mon grand frère m'obligea à lui faire face, me sondant de ses yeux noisettes. Et moi, je soupirais de soulagement.

- Je t'aime, tu me manques et je m'excuse du fond du c½ur. D'accord ?
- Okay.

Gideon me regarda d'un air sévère.

- C'est trop dur pour toi de répondre à ça ? C'est trop difficile de parler, de dire ce que tu penses, ce que tu as sur le c½ur ?

Je me mordis la lèvre et soupirais. Je baissais la tête un instant avant de le regarder à nouveau, intensément.

- Tu m'as énormément manqué depuis un mois et je t'aime plus que tout.
- Merci mon Dieu. Sourit Gideon en me prenant dans ses bras.

Durant un long moment, nous marchâmes en silence. Jusqu'à ce que Gideon tourne ses yeux vers moi.

- Je suis désolé d'en avoir parlé à papa, Fabi.
- Je comprends. Je l'ai eu mauvaise, certes, mais je comprends au fond.
- Je ne savais pas comment régler ça, tu ne voulais pas m'écouter...
- Tu ne le sais pas encore que je n'écoute personne ? Souriais-je.
- Si. Je sais que tu es un chieur qui n'en fait qu'à ta tête. Mais quand ça touche à ta santé, je refuse de te laisser faire...

Je me mordais à nouveau la lèvre mais ne prononçais pas un mot sur ce sujet. Aux yeux de Gideon, fumer était grave. Il s'inquiétait plus pour les raisons qui m'y avaient poussé, je crois bien, mais il en faisait tout un drame alors qu'après tout, qu'est ce que ça pouvait faire ?

- Tu te sens comment ? Lui demandais-je.
- Mieux. Répondit Gideon. Petit à petit, je guéris. Et toi ?
- Idem.

Gideon sentait que c'était encore un mensonge. Mais je crois qu'il refusait de me perdre à nouveau, il se contenta de me décoiffer en m'ébouriffant les cheveux et de garder son inquiétude pour lui.

- Maiiiiiis ! Protestais-je.
- Oh, ça va t'es jamais coiffé. En parlant de ça, James va t'engueuler.
- Ah bon ? Pourquoi encore ?
- Tu vas louper l'entraînement ce soir à ce qui paraît...

Il me sonda de son regard durant un petit moment, certainement pour voir si j'allais lui raconter ce qui s'était passé.

- Ah, c'est déjà fait pour l'engueulade ! Ce n'est pas de ma faute, je serais en retenue. Et puis, il faut qu'il se calme, il est question de Quidditch, pas de survie...
- Je sais. Mais il a dit que si tu étais malin, comme lui, il te suffisait d'avoir des retenues hors entraînement et matchs.

J'éclatais de rire.

- Depuis quand James est malin ?

Nous échangeâmes un regard puis rigolâmes de bon c½ur, nous moquant gentiment de notre camarade. Oui, nous riions de nouveau, petit à petit. Il paraît qu'on guérit avec le temps. Je crois plutôt que l'on cicatrise, la guérison totale est impossible et impensable. Personne n'oublie ses proches.

[...]

J'avais armé ma flèche. Je me trouvais dans la forêt interdite et avait installé ma cible. D'habitude, je ne m'exerçais pas à Poudlard, mais aujourd'hui, sans savoir vraiment pourquoi, j'avais eu le besoin de m'isoler et de m'enfermer dans ma bulle. Comme à mon habitude, je m'étais rendu dans mon lieu fétiche : la forêt. Peu importait l'endroit ou elle se trouvait, c'était un lieu ou je me sentais chez moi, en sécurité, au calme. Ça m'apaisait. Pourtant, le craquement d'une branche me fit me retourner. Aussitôt, je me crispais. Une succession de souvenirs défilèrent dans ma tête et, angoissé, je me cramponnais à mon arc comme à une bouée de sauvetage. Était-ce lui ? Encore ? J'aperçus alors un énorme animal noir. J'étais incapable de dire s'il s'agissait d'un loup ou d'un chien. Je reculais d'un pas malgré moi. Seulement, à cet instant, l'animal se métamorphosa pour devenir Sirius Black. J'eus un moment d'arrêt. Puis, après quelques secondes d'étonnement, je soupirais de soulagement. Sirius aperçut mon air perturbé.

- Je suis désolé...
- Ne me refais jamais ça. Répondis-je, la voix tremblante.
- Promis.... Je ne pensais pas que tu réagirais aussi mal. Souffla t-il sans me lâcher des yeux.
- J'ai juste... Ça m'a fait penser à quelqu'un d'autre. Murmurais-je, certainement plus blanc encore que la neige.

Il acquiesça doucement et se mordit la lèvre, l'air embêté.

- Tu es un animagus ?
- Oui...
- Depuis quand ?
- Cette année. Sourit-il, visiblement fier.
- Déclaré ?

Mon ami me regarda d'un air outré, limite offusqué voire blessé. Il croisa les bras et me fixa en haussant un sourcil.

- Moi ? Respecter un règlement ? Tu as vu ça ou ?

Je rigolais malgré moi et levais les yeux au ciel.

- Cette idée t'es venue comment ?
- Mmh... c'est à dire que... c'est plutôt...
- D'ordre privé ?

Il acquiesça et me fixa avec un demi sourire, il s'appuya contre un arbre et désigna la cible qui nous faisait face, des mètres plus loin. Il semblait interrogatif.

- Et toi ? Comment ça se fait que tu saches si bien te servir d'un arc ?
- Oh, ça...
- C'est... d'ordre privé ? Demanda t-il sans se départir de son sourire.

Je le regardais droit dans les yeux, j'étais un peu gêné. Comment lui expliquer simplement ? Alors qu'au final, toute mon histoire avait un fond compliqué...

- Non pas vraiment. C'est juste que... j'ai eu pas mal de problèmes. Et, mon oncle Jared m'a appris à me contrôler et me défouler de cette façon là. Je renferme en moi une quantité de haine assez impressionnante... C'est une façon d'apprendre à la gérer.
- Et ça fonctionne ?
- Je crois que c'est tout le contexte qui fait que ça marche. La forêt est un lieu dans lequel je me sens bien, la concentration fait que je me détend, je suis obligé de penser à la cible et à rien d'autre.
- Tu préfères que je te laisse alors ? Je dois te déranger, te déconcentrer...

Il esquissa un pas, comme pour me prouver que si j'en avais besoin, et que je préférais être seul, il me laisserait. Un sacré ami. Je lui souriais doucement et secouais négativement la tête.

- Non, tu peux rester... A ce que je vois, ça t'arrive aussi d'avoir besoin d'être seul.

Je le regardais intensément. Sirius soutint mon regard, il sourit doucement et se laissa glisser contre le tronc de l'arbre sans me lâcher des yeux, il semblait réfléchir, se demander si oui ou non, il devait répondre.

- J'éprouve aussi ce besoin de me défouler, j'ai la même haine qui me ronge. Alors des fois, je pars sans rien dire, je viens ici, me transforme et cours, encore et encore, sans m'arrêter. Depuis que je suis un animagus, c'est tellement plus facile, j'ai l'impression de ne pas m'épuiser, je peux courir pendant des heures sans que je ne ressente rien. On éprouve un tel sentiment de liberté. C'est géant.

J'acquiesçais doucement et allais m'asseoir à côté de lui, j'accrochais mon regard au sol avant de le poser sur lui, je ne savais pas pourquoi, mais je sentais le besoin de parler à quelqu'un. Son irruption de la même façon que l'homme qui hantait mes nuits m'avait perturbé.

- Tu crois que c'est normal d'avoir constamment peur, Sirius ? D'être terrorisé par quelqu'un ? Soufflais-je dans un murmure.

C'était sorti tout seul. Il me fixa et détourna les yeux un instant. Lorsqu'il les reposa sur moi, ils semblaient avoir perdu de leur éclat.

- Et bien, dans certains cas, je crois que oui.
- Dans certains cas ?
- Si la personne en question fait tout pour que tu la craignes...

Je soufflais et laissais ma tête se poser contre le tronc. Évidemment qu'il faisait tout pour que je le craignes. Il tuait un à un les miens, et s'amusait à avoir un petit tête à tête avec moi. Mais ce qui me faisait réellement peur, c'était le pourquoi d'un tel acharnement. Et je n'avais pas cette réponse. Pourquoi voulait-il absolument instaurer ce respect et cette crainte ? Sirius me fixait, un millier de questions défilaient dans ses yeux mais il n'en posa aucune. Et je lui en étais reconnaissant. Parler de mon monstre le rendrait encore plus présent dans ma vie, et je n'avais pas la force d'assumer cette présence, cette réalité.

- Moi aussi j'ai peur tu sais. Souffla t-il.

Je le regardais mais à mon tour, je restais silencieux, ne posant aucune question. S'il voulait parler, il devait le décider par lui-même.

- J'ai peur de ma famille. Et principalement de mon père. Tu sais ce que c'est d'être un traître. Mais imagine être un traître au milieu de sang purs qui se respectent...

Je grimaçais, j'imaginais parfaitement, oui. J'avais eu un grand père complètement idiot. Je le regardais fixement tandis qu'il souriait faiblement.

- Tu n'imagines même pas à quel point ils peuvent être horribles.

Si, je l'imaginais. Mais je ne voulais pas y croire. Je ne voulais pas croire que mon ami, âgé d'à peine quinze ans, pouvait subir ce que mes oncles et mon père avaient subi ensemble dans leur enfance et jeunesse. Il n'ajouta rien de plus. Et moi non plus. Mais ça avait suffit pour que je comprenne, et il le savait. Je soupirais et passais un bras autour de son épaule, je ne savais pas comment il réagirait, lui qui était fier et qui refusait toujours de montrer ses émotions. Cependant, il ne me repoussa pas, au contraire. Il se blottit contre moi et trembla un peu. Quant à moi, je me sentais hyper mal. Dans notre monde, sans que personne ne s'en rende compte ou ne s'en soucie vraiment, il devait y avoir un nombre incalculable de jeunes comme Sirius. Des jeunes malmenés. Pourquoi est-ce que le secret demeurait ? Parce qu'ils n'en parlaient pas, évidemment. Qui donc aurait eu l'idée de dénoncer sa puissante et intouchable famille de Sang Purs ? C'était du suicide. Ils étaient trop bien placés dans la société pour être attaqués en justice. Ils trouveraient un moyen (financier) de régler le litige et imaginez les conséquences futures pour le gosse...

Le pouvoir des Sang Purs était illimité. Et, la situation de mon ami semblait tout aussi injuste et inacceptable qu'ingérable.


[...]

- PUTAIN MAIS SI JE VOUS DIS QUE J'Y SUIS POUR RIEN ! Hurlais-je, fou de rage.

Marcus Dolohov me fixait avec haine. Il était entré en cours de métamorphose et avait déclenché un scandale monumental sous prétexte que j'avais envoyé son fils à l'infirmerie. C'était pathétique. Pathétiquement vrai.

- Oh vraiment ? Mon fils doit sûrement entendre des voix et avoir des visions alors ?
- Vous vous êtes renseigné sur la santé mentale de votre taré de fils avant de venir me faire chier ou pas ?
- Espèce de sale...
- ÇA SUFFIT. S'écria Minerva McGonagall. Calmez vous monsieur Dolohov, nous sommes en cours. Monsieur Prewett, taisez vous !
- Me calmer ? Ce sale morveux ne cesse de persécuter mon fils et je devrais me calmer ?
- Oooooooooooooooooh le pauvre petit Antonin à son papa il est persécuté...

Sirius échangea un regard avec ses amis. Plus le temps passait, plus j'étais ingérable. Je m'en rendais compte mais justement, je n'arrivais pas à y faire face. Un rien m'énervait et faisait sortir ma rage. Cette dernière pourtant, n'était destinée qu'à une seule personne. Mais comme je ne connaissais pas son identité, comme je bouillonnais intérieurement depuis des années, c'était le reste du monde qui subissait ma colère. Le jeune Black se leva, s'avança et posa une main sur mon bras, doucement. Alice avait bien essayé de me calmer, mais rien n'y avait fait. Nos yeux s'accrochèrent. Les miens contenait depuis des mois et des mois une rage sans égale qui ne cessait de s'accumuler.

- Calme toi Fabi...

Marcus, hargneux, s'approcha à deux millimètres de moi, me regardant avec haine.

- Crois moi que d'ici très peu de temps, tu vas sincèrement regretter ton satané comportement...
- C'est ça, on s'écrit. Répliquais-je en lui faisant un clin d'oeil.

Dolohov sortit de la salle de classe en claquant la porte, fou de rage. J'échangeais un regard et un sourire avec Sirius. Ce dernier retourna s'asseoir en soupirant. Il semblait se demander ce qu'il pouvait faire pour me retrouver, retrouver le vrai Fabian qui sommeillait quelque part en moi.

Quelques heures plus tard, alors que je prenais l'air dehors en fumant, Je vis Abraxas Malefoy s'avancer vers moi. Je soupirais. Comment se faisait-il qu'à chaque fois que je faisais une connerie, cette pourriture rappliquait ? Était-ce Dolohov qui le renseignait constamment ? Impossible, il n'avait pas connaissance de tous mes faits et gestes. Mais qui m'observait avec autant d'acharnement ? Qui ? Était-ce simplement une coïncidence ? En tout cas, j'allais mourir. Malefoy me gifla d'abord avant d'éteindre ma cigarette et de la jeter, me fusillant du regard. Ça commençait très bien. Pour changer.

- Attends un peu que ton père apprenne ça...

J'haussais un sourcil avant d'éclater de rire.

- Il le sait déjà et même s'il a gueulé et ben tu sais quoi ? Je l'ai bien remballé !
- Il est inutile et pathétique. Comme ta mère. Ils se laissent bouffer par leurs enfants alors que vous devriez les respecter et les craindre. Cracha t-il avec mépris.
- Ne me joues pas le discours mélodramatique du sang pur désespéré par les comportements de traîtres parce que j'en ai carrément rien à foutre.

Hargneux, Abraxas fît apparaître autour de nous un bouclier insonorisé, nous encerclant, nous rendant invisibles. Après quoi, il fît craquer ses doigts. Je me contentais de le regarder, bien que peu rassuré. A force, je n'éprouvais plus rien. Si ce n'était de la haine. Depuis des mois, il s'acharnait sans relâche. Je ne comprenais pas. Dès que je faisais un pas de travers, bagarre, insolence ou autre, il semblait informé. Mon oncle, comme à son habitude, me roua de quelques coups bien violents, additionnés à un puissant sortilège doloris. Je ne comprenais pas ce que j'avais fais. Je ne comprenais pas pourquoi cet homme s'acharnait à chacun de mes faux pas. Après tout, il n'était rien à mes yeux... Je finis par tenter de le repousser.

- Mais qu'est ce que je t'ai fais putain ? Crachais-je avec mépris.

Abraxas Malefoy me regarda intensément.

- Ta seule erreur, Fabian, c'est d'avoir dans tes veines le même sang que moi, ce sang que tu prends un grand soin à souiller chaque jour un peu plus .
- Je fais ce que je veux de mon sang !
- Non. Siffla mon oncle. Tu fais parti des Malefoy, tu as un rang à respecter et à honorer.
- Ton rang, j'en ai rien à foutre, tu ne le comprends pas ça ? En quelle langue je dois te l'expliquer ?
- En gardant le silence, Fabian. Ferme ta grande bouche une bonne fois pour toutes. Crois moi, ta vie est pour l'instant un paradis. Si tu continues trop longtemps à t'opposer, ça risque de faire bien plus mal.

Nous échangeâmes un long regard, un regard qui en disait beaucoup, sur notre haine commune, sur nos différences. Nous ne voyions pas encore les ressemblances, nous étions trop occupés à nous en vouloir et à nous haïr mutuellement, en y mettant toutes nos forces, nous jetant corps et âme dans cette guerre.

Chapitre 4 : Oubliez moi. 02/04/2013



Je courrais à en perdre haleine, sous les rires de mon frère et de mes amis. J'étais suivi de près par un James Potter, les cheveux en bataille, qui me poursuivait en tenant un balai en l'air comme s'il voulait me frapper avec. Ce dernier finit par me faire trébucher à l'aide de son « arme ». Je m'effondrais au sol, hilare. Mon frère et mes amis étaient en tenue de quidditch, contrairement à moi.

- Tu vas voir ce que tu vas voir tête de n½ud !
- Déstresse mon vieux !
- T'as encore loupé l'entraînement ! Tu veux garder ta place oui ou merde ?
- Si je te dis merde ça fait quoi ? Rigolais-je

Mon ami s'assied à califourchon sur moi, me regardant en haussant un sourcil.

- Essaye pour voir...
- Bouh ces frissons mon Dieu, tu sais quoi Jamesie ? Non ? Et bah tu fais presque peur !

Le jeune Potter me regarda avec un air malicieux.

- Très bien.

Il sortit alors un peu de salive et se pencha vers mon visage, faisant mine de vouloir me cracher dessus. Remus poussa une exclamation dégoûtée tandis que Peter riait aux éclats. Sirius regardait la scène avec un air tout aussi malicieux que James.

- Là je reconnais mon Jamesie. Affirma t-il, limite fier.
- Et t'es fier ? Répliqua Gideon en haussant un sourcil.
- Ouuuuuh, James ils ont peu trop de gueule ces deux. Il va falloir faire quelque chose...
- James ! J'ai loupé l'entraînement pour une retenue...
- Pour changer, je sais.
- Oui mais sais-tu pourquoi j'ai été collé ? Interrogeais-je, un sourire en coin.
- Non mais j'imagine que tu vas me le dire pour tenter de m'amadouer. Sourit-il.
- J'ai teint les cheveux de Dolohov en rosa fuschia grâce à une potion que je lui ai fais ingurgiter au petit déjeuner.

Le jeune Potter eut un moment d'arrêt, il me fixa, les yeux grands ouverts.

- C'est... sérieux ?

J'acquiesçais avec un sourire aux lèvres. Aussitôt, James se releva et m'aida à en faire de même.

- Il est ou ? Montre le moi! J'veux le voir, j'veux le voir !

A cet instant un groupe de Serpentards haineux se dirigea vers nous. Avec, à leur tête un Antonin Dolohov plus que furieux, les cheveux roses, retenu doucement par Lucius Malefoy. Les maraudeurs éclatèrent de rire tandis que je tapais dans la main de son frère en lui faisant un clin d'oeil.

- Avec la sincère et fidèle collaboration de monsieur Gideon Prewett. Comme toujours.
- On ne change pas une équipe qui gagne. Ajouta ce dernier en souriant de toutes ses dents.
- Et le jour ou vous allez perdre, je vous assure que je serais là pour vous regarder ramper et chialer. Termina Antonin. Aux premières loges.

Je m'approchais doucement, un sourire aux lèvres.

- Et qui te dis que ce jour arrivera ?
- Beaucoup n'attendent qu'une chose : Que votre famille de traîtres tombe. Et je sais que ça se fera. Profitez-en, ça risque d'arriver plus vite que vous ne le pensez...

J'échangeais un regard avec mon frère et nous éclations de rire. Je le regardais droit dans les yeux.

- Rien que pour te faire chier, je ferais en sorte de ne jamais tomber.
- Ça ne sera pas à toi de décider. Il se peut que tu souffres tellement que tu ne contrôleras même plus ton cerveau... Répondit Lucius en me regardant intensément.
- Et tu en sais quelque chose, non ? Souriais-je.
- Comment veux-tu qu'il sache ? Il n'a pas de cerveau, il n'a jamais pu le contrôler. Rigola Gideon.

J'éclatais de rire, suivit de près par les Maraudeurs. Après quoi, Remus nous entraîna avant que ça ne dégénère. Il savait que nous étions incapables de nous contenir lorsque nous commencions. Sauf que les Serpentards, eux, ne s'arrêtaient pas non plus, et ça pouvait faire mal.

[...]

Mon frère et moi chantions et dansions dans les vestiaires. Nous étions d'une humeur très joyeuse et en général, c'était aussi dangereux pour nos ennemis que pour nos amis qui en prenaient plein les feuilles. James soupira pour la énième fois. Il était en train de récapituler le plan mais nous n'écoutions pas.

- Si vous pouviez conserver votre énergie pour le match ça m'arrangerait...

Je me tournais aussitôt vers lui, m'arrêtant dans une posture ridicule.

- Quel match? Tu parles des Serpentards? Peut-on appeler un match quelque chose qui est gagné d'avance?

Mon frère sourit de toutes ses dents, il observa attentivement James et ajouta :

- Fabi n'a pas tort. Allez, James, amuse toi un peu, ce match c'est dans la poche.

Il tapa dans ma main avant de me prendre dans ses bras. J'éclatais de rire avant de me blottir contre lui et de le serrer un peu plus. Sirius nous regardait avec un sourire. Le jeune Potter, lui, grogna. Pour changer. Il ne faisait que râler lorsqu'il s'agissait de Quidditch. J'étais sur que si le château venait à cramer, la première chose qu'il ferait, risque ou pas, serait d'aller sauver son balai et le coffre contenant les balles. Au péril de sa propre vie.

- Je vous préviens, si on ne sort pas de ce terrain avec une victoire, je vous éclate...
- Peace mon frère ! Répondis-je, hilare.

Je suivis mon équipe, je me trémoussais et sautillais, pressé d'être sur le terrain et de jouer.

- Vous sentez cette pressioooooooooooooooooooooooon là?

J'avais pris un ton de psychopathe. Mon grand frère rigola de plus belle, il fit mine d'avoir peur et de trembler. Il fit une fausse crise de larmes en m'attrapant avec force par le bras.

- Fabiiiiiiiiiiiiiiiiiiii, je ne peux pas y aller... Je... j'ai trop PEUR ! Tu comprends ça ? J'y arriverais pas, c'est impossible...

J'éclatais de rire, me plaçais face à lui et posais mes mains sur ses épaules.

- Ça va aller Gid. Parfois, il faut faire face à son destin, même si c'est dur...

Toute notre équipe rigolait, ce qui énervait davantage James. Il s'avança et nous frappa tous deux derrière le crâne, nous regardant d'un air sévère.

- Soyez sérieux. Ce sont les Serpentards, c'est notre réputation qui se joue là.
- Tu ne crois pas que c'est notre vie plutôt ? Se moqua gentiment Sirius.

Gideon sourit à Sirius, lui faisant un clin d'oeil. Nous entrâmes sur le terrain après les verts et argent. Au coup de sifflet de Madame bibine, qui avait répété, comme pour chaque match de nos deux maisons, les règles du Quidditch et du fair-play, nous nous élevions. Elle n'avait jamais compris que ce mot, nous l'oublions aussitôt que nos regards se croisaient. James et Lucius se serrèrent chaleureusement la main, tentant de démontrer lequel des deux avait le plus de force... Pour ma part, j'échangeais un regard avec Dolohov. Nous nous étions haïs dès les premiers jours. Malefoy et Dolohov étaient mes bêtes noires. Je pouvais faire n'importe quoi sous une de leur provocation. Le souafle fut lancé et le match débuta. Gideon, afin d'impressionner les Serpentards, envoyait des cognards très près, les frôlant sans jamais les toucher. Il me sourit et me fit un clin d'oeil, nous étions habitués à lire sur les lèvres de l'autre et ainsi, il m'intima de faire attention à moi. Soudain, alors que Bellatrix, la stupide cousine de Sirius, s'approchait dangereusement de nos buts, Gideon envoya un cognard droit sur elle. Il tapa dans son balai, la déstabilisa et elle lâcha le souafle, fusillant mon frère du regard tandis que je souriais.

- Oups ! Merde, elle s'est pas écrasée !

Sirius, malgré la présence de sa famille dans les gradins, éclata carrément de rire. J'étais hilare depuis la phrase de son frère, ne parvenant pas à me calmer. Pour ma part, je m'amusais à mettre la pression à mon cousin, Lucius Malefoy, envoyant les cognards toujours très prêt sans jamais le toucher. Je m'éclatais aussi à énerver Antonin Dolohov, l'insultant de tous les noms d'oiseaux possibles. Nous avions l'avantage grâce à Sirius et rien ne pouvait enrager plus les verts et argent. Gideon s'amusait à couper la route des poursuiveurs, les déstabilisant. Je le regardais faire, souriant puis observais le déroulement du match. Nous ne devions absolument pas perdre la main. Je vis alors que l'un de nos poursuiveurs était mit en difficulté par trois Serpentards qui le collaient et l'encerclaient. J'armais ma batte, frappais dans un cognard qui tapa dans le dos de l'un d'eux et fît disperser le petit groupe. Mon équipe marqua. J'esquissais un sourire. Nous menions et, alors que James sembla repérer le vif d'or, contrairement à l'attrapeur adverse, J'aperçus Lucius Malefoy foncer droit sur le jeune Potter, baguette sortie. Je fronçais les sourcils et m'approchais. Tout sembla se passer au ralenti. La balle qui venait vers moi, ma batte qui se dressa et puis, le coup que je portais. Le cognard fila à toute allure pour frapper brutalement le coin de la tête de Lucius. J'ouvrais la bouche, choqué. Je grimaçais en imaginant la douleur mais je ne me sentais pas pour autant coupable. Gideon regarda notre cousin tomber, inconscient. Il me lança un coup d'oeil, inquiet, et nous nous lançâmes tout deux pour rattraper le jeune Malefoy. Gideon étant plus près, il parvint à l'attraper de justesse avant qu'il ne touche le sol et le confia à Pomfresh. Abraxas, qui était présent, avait la haine. Il me regarda d'un air assassin, commençant à s'enflammer tout seul. Jared, mon oncle, était là également, assis près de Dumbledore, je le vis lever les yeux au ciel, ce qui m'arracha un sourire.

- TOI ! NON MAIS T'AS PAS HONTE ? REGARDE CE QUE TU AS FAIS A MON FILS ! TU VAS ME LE PAYER FABIAN ! JE TE JURE QUE TU VAS REGRETTER ÇA !

Je regardais mon oncle. Je restais sur mon balai et mimais l'impuissance avec mes mains, démontrant que ça avait vraiment été involontaire.

- Ça va ! J'ai pas voulu viser sa tête !

Gideon me rejoignit et regarda notre oncle avec rage. Ce dernier se laissait emporter par la haine, il hurlait et devenait complètement ingérable.

- C'EST ÇA OUAIS ! T'ATTENDAIS QUE ÇA !

Dumbledore posa une main sur son épaule.

- Voyons Abraxas, calme toi. Il ne l'a pas fait exprès.
- Mais quel crétin. Me murmura Gideon.
- Non mais carrément... Répondis-je.

Je mimais le signe de la folie et regardais mon oncle.

- Franchement j'ai pas fais exprès, je ne suis pas taré moi...

Cette phrase eut le don de l'énerver davantage. Il descendit des gradins pour se rendre sur le terrain, me pointant du doigt et hurlant après moi. J'étais plutôt mal à l'aise qu'il se donne en spectacle ainsi et me menace devant tout le monde. Mais les Sang Purs avaient aussi ce privilège, personne n'irait l'insulter de fou après ça, personne n'aurait osé. Ils étaient intouchables. Les professeurs et les quelques parents présents le rejoignirent, tentant de le calmer. James s'approcha de nous en fronçant les sourcils.

- Non mais qu'est ce que tu as fais Fabian ? Si le match est suspendu, je te jure que je vais gueuler comme jamais je ne l'ai fais !

Puis il s'éloigna, rejoignant Sirius. Ses mots eurent le don de m'énerver. Grave erreur. Ma haine, tel un venin se répandit en moi avec une rapidité étonnante. Mais j'étais connu pour mon impulsivité. Le nombre de fois ou j'avais démarré pour rien et ou mon frère avait craint ma colère était incalculable. Mon propre frère. Le jour de la mort de ma mère, lorsque nous étions revenus chez nous, j'avais fais une crise telle que mon père m'avait emmené à l'hôpital. Mon médicomage référent m'avait endormi et, durant une semaine, j'avais été sous calmant.

- Vas y mais putain allez tous vous faire foutre merde! J'ai pas fais exprès! C'est quoi que vous comprenez pas dans cette expression hein?

Gideon prit doucement ma main, avec tendresse.

- Calme toi Fabi... Ça n'en vaut pas la peine et tu le sais.

Mon oncle me fusillait du regard, et à l'instant, je savais que si nous avions été seul, j'aurais eu grand intérêt à courir pour sauver ma vie.

- Comme si Fabian Prewett était innocent. Ça n'existe pas.
- Ne parle pas comme ça de mon neveu, Malefoy. Tu ne le connais pas alors tais toi. Il te dit qu'il ne l'a pas fait exprès. Alors cesse donc de te donner en spectacle et réprimande un peu ton fils qui semble totalement incapable de se conduire convenablement.

Jared finit par un beau sourire hypocrite. Mais j'avais la haine qu'Abraxas me juge ainsi. La haine pour tout ce qu'il me faisait. Alors, je descendis en piqué et me posais à terre, auprès d'eux. Hargneux, je m'approchais de Malefoy père et le poussais brutalement plusieurs fois d'affilées, le fusillant du regard.

- Tu te prends pour qui sale con hein ? Tu ne me connais pas alors tu sais quoi, tu fermes ta grande gueule !

Je ne pensais plus au match, à James qui allait devenir dingue, à la personne que j'avais en face. Juste à le faire taire une bonne fois pour toutes. Je n'étais plus moi-même, j'étais de nouveau contrôlé par le Diable qui vivait en moi. Je ne savais pas d'où il venait. Sa présence était sûrement due aux traumatismes que j'avais vécu, à tout ce que je gardais en moi constamment, toute cette haine que je conservais. Tous ses souvenirs qui me hantait. Mais la vérité, c'était que ce côté noir, violent, je l'avais toujours eu. Il circulait en moi depuis tout gosse, il brûlait comme un feu impossible à éteindre. Et lorsqu'il sortait, je pouvais frapper mon propre frère, je pouvais mettre le feu à l'armoire de ce dernier lors d'une dispute, je pouvais me briser les mains en tapant de rage dans un mur... Jared grimaça. Il s'interposa entre Malefoy et moi, posant une main délicate sur mon torse et me regardant droit dans les yeux.

- Fab, s'il te plaît. Calme toi. C'est à toi que tu vas faire le plus de mal. Je sais que tu n'aimes pas quand tu te laisses emporter... Écoute moi, d'accord ?

Abraxas nous regarda avec rage. Je lui renvoyais son regard avec autant de haine.

- Tu parles d'innocence, tu ne sais même pas ce que c'est, pauvre tâche.

J'inspirais et tentais de me calmer, regardant Jared pour faire abstraction de l'autre con. Autour de nous, les professeurs étaient plus qu'étonnés, ainsi que les élèves. J'avais pourtant tout fait à Poudlard pour que personne ne voit ce côté de ma personnalité, pour que personne ne voit ce que je haïssais. Jared posa ses mains sur mes épaules et me regarda avec douceur. Mais Abraxas le poussa et prit sa place. Il murmura alors tout bas pour que seul moi l'entende :

- Et si je m'en prenais à ton frère ? Un cognard est vite arrivé à destination, tu viens de le prouver. Quoique, le sortilège doloris n'est pas mal non plus, qu'en dis-tu ?

Hargneux, je me dégageais et frappais violemment son épaule avec ma batte que je tenais toujours.

- Dans ce cas là, ton fils j'en fais du cidre. Répliquais-je dans un murmure hargneux. Et personne ne sera là pour m'en empêcher, crois moi...

Alors qu'Abraxas me fusillait du regard, prêt à se jeter sur moi, je le défiais, haussant un sourcil, du style « et bien, qu'est ce que t'attends ? » A cet instant, les professeurs McGonagall, Slughorn et Dumbledore s'avancèrent vers nous.

- Nous suspendons le match. C'est impossible de continuer dans ces conditions.

James fut méconnaissable à l'entente de cette phrase. Il descendit et me regarda avec colère. Je le fixais d'un air plus haineux encore et ne lui laissais pas le temps de parler.

- Oh excuse moi James d'avoir voulu empêcher la blondasse de t'éliminer du terrain et peut-être même de cette terre! C'est vrai, j'aurais du le laisser faire je ne sais quoi avec sa baguette pourvu que ce putain de match ne cesse jamais! Excuse moi d'avoir privilégié ton état de santé, c'est impardonnable. Va te faire.

Hargneux, je me dirigeais seul vers les vestiaires. James se figea, gêné. Gideon le regarda avec colère.

- Tu fais chier avec ton Quidditch Potter...

Il se lança à ma suite. Il entra à son tour dans le vestiaire et me regarda, je posais mes yeux sur lui. J'avais un air blessé, je me sentais hyper mal, coupable. J'avais un n½ud au ventre. J'étais mal de m'être encore laissé emporter par cette partie de moi que je détestais tant. Mon grand frère me regarda un instant, il me prit dans ses bras, me serrant fort contre lui et embrassant mon front.

- J'ai vraiment pas fais exprès tu sais...
- Je le sais Fabi. Ne te justifies pas avec moi. Tu sais bien que quoi qu'il se passe, je suis avec toi.
- Pourquoi ils s'acharnent tous comme ça? Pourquoi ils ne me croient jamais? Je le hais mais j'aurais jamais fais ça consciemment... Ça aurait pu le tuer! Je ne suis pas un tueur...

J'enfouis ma tête dans son cou. Gideon soupira et me serra fort contre lui, caressant mon dos et ma tête.

- Ne te rends pas mal pour eux, Fabian. Personne ne mérite ta culpabilité ou ta tristesse, crois moi.

Il déposa un baiser dans mon cou. Je restais un moment ainsi, contre lui, tentant de calmer la haine ainsi que les sentiments d'injustice et d'impuissance qui s'étaient emparés de moi. Nous primes ensuite notre douche et nous changeâmes. Nous sortîmes des vestiaires, croisant notre équipe et celle adverse. Pour rentrer au château, nous passâmes à côté du terrain. Je me contentais d'aller embrasser son oncle Jared, de discuter un peu avec lui et mon frère avant de me détourner et de monter vers le château. J'ignorais les regards ainsi que la discussion des Serpentards et de Malefoy père à mon sujet. Gideon soupira. Il serra son parrain contre lui et se lança à ma suite. Il me rattrapa alors que j'arrivais aux portes du château. Je me dirigeais en silence vers la salle commune. J'étais énervé pour la journée. La rage me consumait. Aussi, je trouvais un étrange moyen de lutter contre : faire mes devoirs. Alors que je m'y étais entièrement plongé dedans, le restant de l'équipe entra dans la salle commune. Je les ignorais carrément. Gideon était à mes cotés et faisait lui aussi ses devoirs, il regarda James d'un ½il mauvais. Ce dernier s'approcha de nous, gêné. Il se racla la gorge.

- Fabi, je suis désolé de m'être emporté tout à l'heure. Je ne savais pas que tu avais fais ça pour me protéger.

Je n'avais pas levé les yeux de mon devoir, je soupirais et braquais mon regard sur le jeune Potter.

- Ça sera tout ? Non parce que je suis occupé là...

Un sourire en coin apparut sur les lèvres de mon frère tandis que James, lui, soupirait.

- Excuse moi, je n'avais pas à m'énerver ainsi... Tu as très bien joué aujourd'hui.
- Je le sais. Comme d'habitude quoi...

Je gardais un moment mon air impassible, voulant faire comprendre à James que je n'avais pas apprécié avant de m'adoucir.

- C'est bon James, j'ai compris. T'en fais pas.

Le jeune Potter me regarda, il me sourit d'un air gêné, coupable de s'être emporté. Puis, il rejoignit ses amis, nous laissant entre nous. Deux garçons s 'approchèrent de nous. L'un, tout sourire, se laissa tomber à côté de moi. L'autre, qui avait l'air d'être tombé du ciel et de ne pas savoir ou il était ni ou il devait aller, perdu, s'assied près de Gideon. Je tournais mon regard vers le garçon châtain, fronçant les sourcils.

- Avoue que tu as appris ton air de chien battu à James...

Jamie Harris eut un sourire sincère. Il entoura mon cou avec un bras et m'obligea à me rapprocher, faisant en sorte que nos fronts se collent, ne me quittant pas des yeux.

- Je ne peux pas étant donné que tu es le plus doué en la matière. Suis moi Fabi...

Il avait murmuré les derniers mots. Il se leva et s'éloigna vers le dortoir des garçons. Je soupirais et le suivais après avoir embrassé mon frère. J'entrais alors dans la chambre des sixièmes année. Jamie me poussa sur son lit, assis, et resta debout face à moi, les bras croisés, un sourcil haussé. Je me contentais de le fixer, mimant l'innocence.

- Quoi ?
- Tu sais très bien ou est le problème, Fabi. Ne t'avais-je pas demandé de cesser de provoquer ton « oncle »?
- Je n'ai PAS fais EXPRÈS ! Je te jure !
- Je sais que tu n'as pas voulu viser la tête de Lucius, je sais tout ça, je te connais. Mais moi ce que je te reproche c'est ton impulsivité, Fabi. Tu as à faire à un mangemort ! Tu te rends compte de la façon dont tu lui parle ? Tu te rends compte que tu l'as poussé et frappé ? Un jour, il te videra de ton sang et t'abandonnera dans un coin de couloir, c'est ce que tu veux ?
- Bien sur que c'est ce que je veux. Répondis-je naturellement en me levant.

Je déambulais et regardais autour de moi, je me moquais royalement de la conversation et c'était bien visible. Jamie me fusilla du regard avant de soupirer.

- Tu es sur de ne fumer que des cigarettes ?
- C'est quoi encore cette question putain ? M'énervais-je.
- Une question comme une autre.

Seulement, je n'aimais pas du tout ça. Je m'approchais et le fixais avec rage.

- Tu insinues quoi hein ? Que je t'ai ENCORE caché un truc et que tu l'as ENCORE appris grâce à Gideon ?
- J'insinue que tu n'acceptes pas d'avoir assisté à la mort de ta mère et de Nathanaël, que tu nous cache des choses par rapport à la mort de ton parrain, à ce jour qui t'as traumatisé, tu ne nous as pas tout dis... Je le sais parce que je te connais. Quelque chose t'as changé. Tu as peur mais je ne sais pas pourquoi...

Je me mis à applaudir avant de ricaner. Je ne le quittais pas des yeux.

- C'est quoi, un interrogatoire ? Tu me suis ? Tu m'observes ? Tu crois que tu peux m'aider ?
- Je pense que je le pourrais, oui. Le problème, c'est que tu ne veux pas d'aide, tout ce qui t'importe c'est de t'enfoncer un peu plus chaque jour.
- Même si c'était vrai ça ferait quoi ?
- « Ça ferait quoi » ? Et les gens qui tiennent à toi, tu y penses deux secondes ?
- J'y pense constamment. Je sais parfaitement que je vais tous les perdre un par un. C'est pour ça que j'aimerais me détruire avant.
- Pourquoi tu dis ça ? Demanda Jamie en posant ses mains sur mes épaules. Pourquoi tu les perdrais tous ?

Je le regardais droit dans les yeux. Les miens étaient vides, anormalement dénués d'expression. Jamie prit mon visage entre ses mains, ne le lâchant pas des yeux.

- Parle moi...
- Il... me lâchera pas.

Je me tus. C'était qui « il » ? Qui était cette pourriture qui m'enlevait les miens un à un ?

- Je ne veux plus le voir, Jam. J'aimerais pouvoir l'esquiver mais il me fait comprendre que ce n'est pas possible.

Jamie soupira, il me prit dans ses bras et me serra fort. C'était vrai. Je comprenais que cet homme, qui était entré dans ma vie, avait un problème avec moi. Pourquoi ? Qu'aurais-je pu lui faire ? Qu'avais-je à voir avec lui ?

- Et tu gardes ça pour toi ?
- Oui. Murmurais-je.
- Deux ans que tu fais du grand n'importe quoi pour un connard qui te fait des menaces ?
- Il... On dirait qu'il... qu'il me défie tout le temps, qu'il veut m'achever...
- Mais pourquoi voudrait-il t'atteindre ?
- Je... je sais pas.
- Tu te dois te faire des idées, Fabi. Tu es un gosse. Ça doit être à cause de ta famille de traîtres. Il doit les connaître, tes parents et tes oncles ont certainement du le défier...
- Mais... J'ai peur. Tu ne comprends pas... Et s'il remettait ça, encore ?

Jamie ne m'avait jamais vu dans un tel état de panique et de crainte. Et pour cause, je ne parlais jamais de moi. Il fallait toujours me tirer les vers du nez. Aujourd'hui, j'étais à bout.

- Tu en as parlé à ton père ?
- Non. Soufflais-je.
- Au lieu de te disputer sans cesse avec lui, tu devrais lui expliquer pourquoi tu n'es pas bien...
- Ça va. T'en fais pas.

Sur ces mots, je me détachais de lui, me levais et parti dans mon propre dortoir. Jamie soupira. Il rédigea alors une lettre à Anton Prewett, lui expliquant que si Fabian était insupportable, c'était parce que ces temps-ci, son moral était au plus bas. C'était tout de même fou de préférer s'enterrer que communiquer...

[...]

Des jours et des jours plus tard, alors que j'errais dans les couloirs, je me retrouvais pile face à Abraxas. Immédiatement, je sentis des frissons parcourir tout mon corps de long en large. Je n'essayais même pas de m'enfuir, je savais très bien que je n'y parviendrais pas. Depuis notre première rencontre, à Pré au lard, le frère de ma mère semblait vouloir prendre les rennes sur ma traîtrise. Il semblait tout faire pour me croiser le plus possible. Malefoy sourit tout en s'approchant lentement. A ce moment là, je me remémorais que la dernière fois que je l'avais vu, je l'avais frappé avec ma batte et insulté. Cependant, je souris à mon tour et ne bougeais pas d'un pouce. Je n'étais plus à quelques coups prêt. Je préférais souffrir que voir les miens mourir. Quelque part, si ça me tombait dessus, c'était que je devais le mériter. Oui, peut-être que je ne méritais que ça. Qui sait ? Dès qu'Abraxas arriva à ma hauteur, il m'entraîna dans une salle qu'il insonorisa et verrouilla. Il me tourna autour, semblant réfléchir. Je ne dis pas un mot, je levais les yeux au ciel.

- J'ai entendu dire...

Très mauvais départ pour ma vie. Ça commençait fort et mal.

- Que tu te jouais de moi lorsque je n'étais pas dans les parages, que tu m'insultais...

J'ouvrais la bouche mais d'un seul regard, mon oncle me dissuada de parler. Il n'avait pas terminé.

- As-tu réellement été collé un jour par semaine, pour le restant de l'année, parce que tu as manqué de respect à ta propre directrice de maison ?
- Qui va inventer des trucs pareils sérieusement ? Crachais-je. Et je peux savoir en quoi ça te regarde ?
- Tu serais en train d'insinuer que mon informateur ment ? Menaça Abraxas.

Je réfléchissais à toute allure. Qui donc avait-pu lui dire ça ? Qui me suivait ? Je n'en avais parlé qu'au sein de la salle commune des Gryffondors, aux maraudeurs. Ils ne l'auraient pas répété en public. Pas après que je leur ai demandé de soigneusement le garder pour eux afin de ne pas inquiéter les miens. Je regardais mon oncle droit dans les yeux.

- Je commence sincèrement à flipper là. Pas à cause de toi ne te fais pas de faux espoirs... Mais parce que, d'accord, c'est la vérité... Seulement, j'en ai parlé juste entre Gryffondors.

Abraxas ricana, mauvais, il s'approcha davantage sans me quitter des yeux.

- Mais qui donc s'acharne à te connaître autant hein ? Qui donc s'intéresse à toi au point de te suivre, de t'observer et de t'écouter en étant invisible ? Étrange...
- Un fou furieux dans ton genre ?
- Je n'y suis pour rien.
- Cool. En tout cas, toi et tes informateurs vous pouvez être assurés que je dormirais toujours aussi bien le soir.
- Ah ? Tu as donc retrouvé le sommeil ?

Je ne pus m'empêcher de froncer les sourcils, je reculais de plusieurs pas. Comment savait-il que je ne dormais pas ? Malefoy sourit de plus belle.

- Tu te tais enfin ? Tu cesses de trouver quelque chose à répondre ?
- T'as pas le droit de me suivre. Crachais-je.
- Je ne te suis pas.
- Alors je peux savoir comment tu sais tout ça ? Tu avoues toi-même que tu as un informateur ! Qui est-ce ? Pour qui tu te prends hein ?
- Peut-être que l'informateur s'informe lui-même.

Je fixais mon oncle d'un air ahuri.

- T'es encore plus taré que ce que je pensais...

Abraxas me gifla si violemment que je perdis l'équilibre, seulement, avant que je ne tombe, mon oncle m'attrapa par le col et me plaqua sauvagement contre une table, le dos couché, afin que je ne puisse plus rien faire. Je me débattis avec hargne mais je n'avais pas assez de force comparé à lui. Je le fusillais du regard.

- Tu n'as pas le droit de me toucher ! Sifflais-je.
- Et qui donc pourrait m'en empêcher ?
- Mon père !

Malefoy éclata de rire, moqueur. Il commença à m'étrangler d'une main tandis que de l'autre, il exerçait une violente pression sur mes côtes.

- Tu es bien trop fier pour en parler à qui que ce soit...

Je ne répondis pas. Parce qu'il avait raison. Je tentais de me débattre et d'éloigner la main qui m'étranglait. Mais pour la première fois, au lieu de donner des coups, mon oncle m'amena aux portes de l'inconscience, il ne lâcha pas ma gorge, attendant que je n'ai quasiment plus d'air, que je n'ai plus aucune force, tout en brisant mes côtes une à une. Lorsqu'il me libéra, je m'effondrais au sol. Je ne pouvais plus tenir.

Abraxas s'assura que le pouls de son neveu battait toujours avant de l'abandonner dans le hall et de quitter l'école. Il évanoui mais vivant. Il tentait de revenir mais tout était noir...

Une personne invisible s'approcha et s'accroupit près de Fabian. Elle ne le quittait pas des yeux. Bien évidemment, elle avait assisté à la torture. Qui donc était-elle ? Qui pouvait s'acharner à traquer quelqu'un à ce point ? A cet instant, alors que les yeux ne lâchaient pas le visage du jeune Prewett et qu'une main allait se poser sur son front, Jamie entra dans l'école, l'air joyeux. Cependant, lorsqu'il vit le corps par terre, il s'arrêta net et courut. Son c½ur faillit s'arrêter lorsqu'il aperçut son meilleur ami. Il s'agenouilla et posa une main sur son front par réflexe. Il sentit alors quelque chose bouger sous lui, comme une seconde main invisible qui se retirait, il fronça les sourcils mais n'y prêta pas plus attention.


- Fabi ! Réveille toi petit chieur s'il te plaît...

Il écouta son c½ur et fut un minimum rassuré de le sentir battre. Des larmes apparurent dans ses yeux. Que s'était-il encore passé ?

- Si c'est encore ce salopard de Malefoy, je vais l'éclater...

Il caressa sa joue avec douceur.

- Ça ne peut plus durer, Fabi... Il faut que tu en parle.

Voyant que son meilleur ami ne se réveillait pas, il fît apparaître une civière, l'allongea dessus et l'emmena directement à l'infirmerie.

[...]

Sirius marchait pour se rendre en cours, accompagné des Maraudeurs. Il entra en même temps que les autres et fronça les sourcils en constatant l'absence du jeune Prewett.

J'arrivais quinze minutes après le début du cours. Je m'excusais à peine, m'assied et sortit mes affaires. Je détestais ce cours et ce professeur. La totale. Mais bon, je ne pouvais pas choisir mes cours. Mon père n'aurait quand même pas apprécié. Je pensais un instant à lui et soupirais. Je l'adorais, l'aimais par dessus tout. Mais nous le voyions si peu. Ça avait tendance à m'agacer qu'il soit en mission à chaque fois, même pendant nos vacances, que nous ne puissions jamais faire des choses ensemble. Avant, quand ma mère était encore avec nous, il trouvait toujours du temps. Je sortis un parchemin et commençais le croquis d'un portrait. Peu à peu les traits de ma mère apparaissaient.

- Je vous dérange Prewett ?

Étant donné que je ne me laissais plus du tout impressionner, je regardais mon professeur avec haine.

- Oui vous me dérangez.

Horace Slughorn me regarda en fronçant les sourcils. Ce n'était pas mon style d'être impoli mais depuis quelques temps, je devenais vraiment arrogant.

- Vous irez en retenue alors.

J'avais la haine, et ça se voyait. Je m'emportais très facilement maintenant et débordais de rage. Je collectionnais les points négatifs en cours, laissant en chute libre mes résultats tout en me comportant odieusement. Le diable en moi prenait totalement les rennes. Oui, le pire était que j'en avais conscience.

- J'en ai ras le cul. Les fils à papa n'ont jamais rien, eux. Vous n'êtes qu'un connard de toute façon. Je me casse.

Sur ces mots, je me levais et rangeais mes affaires dans mon sac, me dirigeant ensuite vers la porte sous les yeux ahuris de mes camarades. Slughorn était lui même étonné. Cependant, il reprit vite ses esprits.

- MONSIEUR PREWETT, JE VOUS PRÉVIENS, SI VOUS SORTEZ DE CETTE SALLE, JE DEMANDERAIS UN CONSEIL DE DISCIPLINE ! Et comme c'est loin d'être le premier, il pourrait y avoir de lourdes conséquences...

Je me retournais et le regardais avant de ricaner, je posais juste un pied en dehors de la salle avant de sortir carrément.

- Oups, crime commis...

J'étais carrément ironique. Je me foutais de tout. Je ricanais à nouveau avant de partir.

Horace pesta contre Fabian, il écrivit aussitôt une lettre afin que le conseil ait lieu et l'envoya au directeur, à la directrice de Gryffondor et à Anton Prewett.

Je m'étais assis sur les marches menant au hall, j'étais haineux et pire encore. Un conseil de discipline, s'il avait cru me retenir avec ce genre de menaces pourries, il était complètement à côté de la plaque le pauvre.

Les jours passèrent et celui du conseil arriva. j'étais dans le bureau de Dumbledore en compagnie de ce dernier ainsi que des professeurs Slughorn et McGonagall. Elle me regardait avec un air sévère. Elle m'avait reproché mon comportement maintes et maintes fois. Il ne manquait plus que mon père, et c'est visiblement assez en colère qu'il arriva. Il me regarda avec un air de reproche avant de s'asseoir à mes côtés.

- Que s'est-il passé ? Soupira t-il, l'air fatigué.
- Monsieur Prewett, votre fils m'a manqué de respect lors d'un de mes cours. Il a commencé par me dire que je le dérangeais et a fini par m'insulter devant l'ensemble de la classe...

Mon père me regarda avec colère, mais je voyais bien, qu'au fond, il était plus qu'étonné. Et moi, personnellement, j'étais ravi de ne pas avoir affaire à Jared pour cette fois. Parce que là, il l'aurait faite pour de bon sa crise cardiaque.

- Depuis quand tu manques de respect à un professeur ? Demanda t-il, le ton déçu.

Je ne regardais pas mon père et restais carrément silencieux, comme si je ne l'entendais pas. J'étais énervé. Contre moi même, contre tout le monde en fait. Et je sentais que si je commençais à répondre, ça n'allait que très mal finir pour moi. Mon père soupira.

- Vive la tête de mule... Monsieur Slughorn, je suis vraiment désolé pour son comportement.
- Je comprends qu'il puisse être mal, mais ce n'est pas une raison pour m'insulter.

Je soupirais à mon tour, comme si je me faisais chier, puis je regardais mon professeur droit dans les yeux.

- C'est bon je peux me barrer, vous avez fini?
- Vous voyez Monsieur Prewett ! Il est constamment comme ça, insupportable et arrogant !

Mon père me regarda en fronçant les sourcils.

- Fabi, s'il te plaît... Le minimum est d'être poli. C'est la première chose qu'on t'as appris, il me semble... Qu'est ce qui se passe ?

Albus Dumbledore regarda mon père. Je le fixais et je pouvais voir dans ses yeux la lueur de déception. Alors... Pourquoi ça ne m'atteignait pas ?

- Anton, sache qu'Horace n'est pas le seul professeur à subir la colère de Fabian. C'en est ainsi pour tout le monde. Il est en retenue avec Minerva une fois par semaine, jusqu'à la fin de l'année. Ses résultats baissent dangereusement, le manque de travail se fait sentir et l'inattention encore plus. Et c'est bien dommage, il a plus que du potentiel...

J'eus droit à un regard réprobateur.

- Pourquoi ce comportement ? Explique toi au moins.
- J'ai rien à expliquer. C'est comme ça, c'est tout.
- Calme toi. Je ne t'ai rien dis de méchant, rien fais, je veux juste comprendre. Alors change de ton.

Je le fixais avec haine.

- Je change de ton si j'en ai envie.
- Calme toi, Fabian. Soupira le professeur Dumbledore.

Papa ne comprenait pas pourquoi je lui parlais aussi mal, ça empirait au fil du temps, il en était blessé. Il ne m'avait rien fait après tout. Je croisais le regard de mon directeur et, pour la première fois de ma vie, je me rendis compte que même lui m'énervait, que tout m'énervait.

- Arrêtez de tous me dire de rester calme à la fin! Vous me saoulez.

Je me levais. Mon père se leva à son tour, il s'approcha, posa ses mains sur mes épaules et me força à m'asseoir, me regardant dans les yeux.

- Fabi, pourquoi tu es aussi énervé ? On ne t'a rien fait... Personne dans cette pièce n'est coupable de quoi que ce soit.

Je regardais mon père avec rage.

- Lâche moi. Sifflais-je.

Je n'aimais pas qu'il joue de sa force pour m'obliger à rester assis. Mon père soupira, il me lâcha et s'accroupit face à moi. Il posa une main douce sur mon genou et de l'autre, caressa tendrement ma joue.

- Je suis désolé pour toi... J'aimerais pouvoir t'enlever tout cette haine et cette tristesse que tu renfermes. Parle moi Fabian, je t'en prie. Pourquoi tu fais tout ça ? Ta maman te manque ? Naty te manque ? Parle moi, je suis là... Je serais toujours là, tu comprends ?

Les larmes me montèrent aux yeux mais je les ravalais et détournais la tête, restant muet. Mon père soupira de nouveau, il embrassa doucement mon front, s'attardant.

- Je suis désolé. Je sais que je ne suis pas assez là, pas assez présent pour vous... Je m'en excuse. Je t'aime plus que tout, Fabian, n'en doute pas s'il te plaît...

Je m'efforçais encore de ravaler mes larmes et tournais mes yeux vers lui.

- Non, t'es jamais là.

Mon père me regarda d'un air coupable avant de me prendre dans ses bras.

- Je m'excuse mon chéri... Vraiment ...

Je regardais Slughorn avec haine.

- Je suis désolé de vous avoir insulté mais je vous trouve souvent injuste. Alors je suis profondément énervé contre vous... Maintenant, vous pouvez prendre la sanction que vous voulez, j'en ai carrément rien à foutre. J'ai dis ce que j'avais à dire.

Mon père m'embrassa sur la joue tout en caressant mon dos. Il se détacha de moi et regarda le directeur, mimant l'impuissance. Impuissant, il l'était tout le temps avec moi. Des fois, j'aurais aimé qu'il crie, qu'il hurle, qu'il devienne effrayant, pour parvenir à me faire trouver un équilibre à nouveau. Mais il en était incapable. Slughorn semblait avoir du mal à encaisser mes vérités, cependant, il acquiesça dans ma direction. Dumbledore s'éclaircit doucement la gorge.

- Il est vrai qu'Horace a parfois tendance à favoriser ses petits protégés, mais ça ne sera plus le cas. Maintenant Fabian, j'aimerais que tu te calmes, que tu évites de répondre à tes professeurs et surtout, que tu remontes tes résultats. Je sais que tu n'auras aucun mal à le faire. Pour ton comportement, tu seras en retenue avec moi durant une semaine, tous les soirs de 19h à 20h.

Je soupirais mais acquiesçais. Je regardais mon directeur avant de me lever, me détourner et sortir du bureau. Je passais devant mon frère sans me retourner, je ne voulais pas parler. Cependant, Gideon me courut après, me força à lui faire face et me serra fort contre lui. Il enfouit sa tête dans mon cou et murmura ces quelques mots à mon oreille.

- Pourquoi tu ne parles jamais ? S'il te plaît... Qu'est ce qui te rends si en colère, si malheureux ? J'aime pas ça moi... Je t'aime Fabi, tu comprends ?

Je tremblais un peu contre lui avant de le serrer. Cependant, je restais silencieux, comme à mon habitude. Que pouvais-je lui dire ? Que je m'étais fourré dans les emmerdes avec notre « oncle » ? Que ce dernier s'arrangeait pour que nous nous croisions plus souvent que prévu ? Qu'il me faisait du mal parce qu'il ne supportait pas que je lui réponde et ose refuser de me soumettre à lui ? Non. Je ne pouvais pas l'inquiéter. Je me contentais de soupirer.

- Je t'aime aussi Gid.


Chapitre 5 : Joyeux Noel. 02/05/2013



Je soupirais pour la énième fois dans le train qui nous menait tous les trois à Londres. Le trajet me semblait interminable. Et d'un côté, je ne pouvais qu'être mieux chez moi, loin de toute mauvaise intrusion dans ma vie. Fallait-il encore que je me démerde pour ne pas croiser le fou furieux blond pendant les vacances. Deux semaines. J'allais pouvoir me reposer pendant deux semaines. Malgré le conseil de discipline, rien ne s'était arrangé ni dans mon comportement, ni dans l'ensemble de ma vie en fait. Dumbledore avait bien essayé de me faire parler, en vain. Mais, arrivé à la gare, mon oxygène sembla réapparaître lorsque j'aperçus mon père en train de nous attendre, tout sourire. Sans réfléchir plus longtemps, nous courrions et nous jetons directement dans ses bras. Il nous serra fort contre lui. Très fort.

- Je suis en congés, je serais enfin avec vous, pour les deux semaines...

Je le regardais, mon coeur s'était gonflé de joie, j'eus même les larmes aux yeux malgré moi mais je les ravalais immédiatement. Nous avions voyagé une bonne partie de la journée et pour tout dire, nous étions affamés. Lorsque je posais mes yeux sur l'illustre et le sublime gratin de pommes de terre, je faillais en baver. Nous prenions place tous les quatre, discutant et riant joyeusement tandis que Molly nous racontait ses milles et unes aventures farfelues. Je la regardais, ses yeux noisettes brillants en nous parlant d'elle et ses amies, de leurs délires et je la trouvais de plus en plus magnifique. Elle avait toujours été simple, vêtue de choses voyantes qu'elle était sure d'être la seule personne à les porter sur terre, mais c'était ce qui faisait son originalité et sa beauté. Elle était d'un naturel sublime et époustouflant. Mon frère semblait penser la même chose, la fixant avec admiration et une certaine fierté. Gideon, je pourrais aussi en parler pendant des heures. Je l'aimais autant qu'il m'insupportait et c'était réciproque. Pourtant, si j'avais un jour la possibilité de donner ma vie pour lui, je le ferais sans hésitation. Ce qui m'énervait était son côté grand frère protecteur. Et pourtant, je savais que j'agirais de la même façon si j'avais eu sa place d'aîné. Depuis la mort de Nathanaël, à laquelle j'avais assisté seul, il ne cessait d'être inquiet, constamment. J'avais voulu le rassurer au début, mais il finissait par m'étouffer. Et puis pourquoi nier ? Telles étaient ses principales questions. « Pourquoi tu ne dis pas que ça va pas ? Pourquoi tu ne me parles jamais ? » Je ne répondais jamais ou alors agressivement. Dans ma tête c'était très clair. Les mots ne ramèneraient ni ma mère, ni mon parrain. Les mots ne feraient pas disparaître la menace que je sentais peser au dessus de nos têtes. Les mots ne me délivreraient pas de cet homme aux yeux glacés.

- Fabian ?

Je tournais mes yeux vers mon père et lui souriais doucement. Je ressassais toujours les mêmes pensées pour en revenir à la même personne.

- Tu es d'accord pour un match de quidditch dans le jardin ?
- Oh que oui ! M'exclamais-je. Je suis avec Molly !
- Non pas du tout ! C'est moi ! Protesta Gideon.
- Trop tard. J'ai formulé la demande en premier.

J'avais pris ce sourire en coin et ce regard provocateur qui avaient une sérieuse tendance à l'énerver rapidement. Je l'entendis grogner.

- Arrête ça.
- De quoi ? Demandais-je en haussant un sourcil, le défiant encore plus.
- Mon cher petit frère... Sourit-il en me fixant, je vais te faire bouffer le carrelage...
- Me voilà terrifié...
- STOP ! On fera deux matchs et on changera les équipes. Coupa Molly.

Mon frère prit un air vraiment triste, il avait la tête d'un gosse à qui on aurait dérobé son plus beau jouet.

- Mais... je voulais vraiment lui faire déguster le carrelage. Dit-il d'une voix déçue.

Nous nous regardions et éclations de rire tous les quatre en même temps. Nous nous précipitions pour finir le repas le plus vite possible et nous courûmes nous préparer. Lorsque je descendis, en même temps que Gideon, il déclencha une bagarre en me poussant contre le mur, je ripostais évidemment et tout cela se termina en grand combat. Seulement, à un moment, mon frère perdit l'équilibre, je le vis basculer vers l'arrière. Cette scène me fit l'effet d'un coup dans le ventre, je le rattrapais vivement par son sweat et l'attirais à moi. Incapable de me contrôler, je le serrais fort.

- Je ne suis pas tombé, Fabi... Souffla t-il à mon oreille.

J'acquiesçais et me détachais doucement. A cet instant, un éclat de rire retentit, nous échangeâmes un sourire et courions jusqu'en bas. Là, le spectacle était tordant. Mon père était à genoux par terre, il hurlait à la mort, faisant semblant de pleurer.

- Personne veut de moi dans son équipe ! Bouhahahaaaaaaaaaaaaaaa !
- Si, moi. Répondit Molly en le serrant tendrement contre elle.

Là, dans son dos, notre père nous tira la langue tout en nous faisant un clin d'oeil. Je levais les yeux au ciel et tandis que Gideon lui sautait carrément dessus en criant vengeance, je me contentais de rester debout et de croiser les bras, fixant mon père.

- Ça, ça s'appelle tricher. Être malhonnête et mauvais joueur. Tu n'es qu'un vil lâche qui a peur de perdre.

Il se leva en haussant les sourcils, un sourire sur les lèvres et s'approcha doucement après avoir écarté mon frère et ma s½ur. Ces deux derniers souriaient largement. Dans le regard de Gideon, je pouvais tout de même voir une lueur d'alerte qui m'était destinée. Je souriais malgré moi. Parfois, les jeux entre mon père et moi tournaient court, ça commençait dans la rigolade et ça finissait en engueulade, chacun reprochant à l'autre son mauvais caractère. Mais j'avais confiance. Nous nous disputions assez pour gâcher cette belle journée et les deux semaines qui allaient suivre.

- Mon plus jeune fils serait-il aussi insolent ? Mmh, il va falloir remédier à ça...
- Tu t'en crois cap...

Je n'avais pas fini ma phrase qu'il m'avait saisit à la taille et jeté sur son épaule. Je me débattais avec force tout en riant aux éclats, je donnais de petits coups de poings dans son dos.

- Lâche moi !
- Direction la piscine.
- On est en octobre !
- Ça ne devrait pas te poser problème, si ? Souffla t-il avec malice.

Alors qu'il allait m'y balancer, je me cramponnais de toutes mes forces à lui et parvenais à l'entraîner avec moi dans l'eau froide. Mes poils se hérissèrent sur tout mon corps, crispé par la fraîcheur. Alors que je remontais à la surface, j'entendis un juron.

- Bordel de...
- Que se passe t-il ? Demandais-je volontairement à mon père.
- Elle est froide !
- Ça ne devrait pas te poser problème, si ?

Finalement, nous nous retrouvâmes tous les quatre dans l'eau, à nous couler et nous éclabousser. Jusqu'à ce que Molly finisse par claquer des dents assez violemment. Une fois rentrés, mon père nous sécha d'un simple sortilège mais Gideon, toujours aux petits soins quand il s'agissait de nous, se rendit dans le placard de la chambre d'amis et revint avec quatre couvertures dont ils nous enveloppa un par un. Je le regardais avec un petit sourire et il haussa un sourcil, bien installé à mes côtés dans le canapé.

- Bah quoi ?
- Merci « papa »
- Ah, ah, ah. Très drôle.

A cet instant, notre petit s½ur fit une demande à laquelle je m'étais attendu.

- Dis, on pourrait regarder les souvenirs volants ? Comme on fait des fois ?

Notre père nous fixa un instant, comme pour avoir notre accord. Jusqu'à présent, Gideon et moi n'avions jamais voulu participer à ses séances. Nous y trouvions plus de tristesse que de joie. Revoir les visages de maman et Naty était trop douloureux à nos yeux. Cependant, j'échangeais un long regard avec mon frère et finissais par acquiescer doucement. Il fallait que j'y arrive. Alors, mon père disparut un instant pour revenir avec un appareil caméra entre les mains, il actionna un bouton et, devant nous des photographies et vidéos défilaient, comme si nous étions encore dedans...

[...]

- Allez Fabian, dis papa...
- Mamaaaaaaa !
- Non. « Papa ».
- Mamaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaaa !

Le petit garçon aux yeux verts riait joyeusement dans les bras de sa mère. Anton fixa sa femme en fronçant les sourcils.

- C'est moi ou il le fait exprès ?
- Bien sur qu'il le fait exprès. Plus tu demanderas, moins il le dira.

Fabian clignait des paupières, il était fatigué et ne demandait qu'à fermer ses petits yeux verts. Anton s'écroula alors à genoux et fit semblant de pleurer, inconsolable.

- Mon fils ne m'aime paaaaaaaaaaaaaaaaas !

L'enfant regarda sa mère avec un air paniqué. Il souffla : « Papa ? ».


* Mon père était venu s'asseoir à mes côtés, Molly sur les genoux, il tourna ses yeux vers moi et prit ma main dans la sienne, la serrant. Je lui souriais et posais ma tête contre son épaule. *

...


- Les garçons, ne vous battez pas !
- Il m'a piqué ma baguette qui fait de la neige ! Protesta Gideon.
- Et lui il... il a caché la mienne qui fait tomber la poussière dorée !
- C'est même pas vrai ! Rugit Gideon en se jetant sur Fabian.


* - T'étais une véritable petite peste quand même. Grogna Gideon en me regardant.
- Je le suis toujours. Répondis-je en lui faisant un clin d'oeil.
- Quoi ? Tu ne lui avais rien caché Gideon ? S'indigna Anton.
- Bien sur que non ! Mais maman a eu beau te le répéter cinquante mille fois, tu as cru le petit merdeux qui faisait semblant de pleurer... Et on a tous les deux été punis...

Il soupira faussement.

- Je ne m'en remettrais jamais !

Nous échangions tous les quatre un regard et éclations de rire. *


...


- C'est qui la plus belle ? Demandait Anton.
- Maman. Répondit Gideon en se blottissant contre sa mère.
- Faux ! C'est moi ! Répondit Nathanaël qui tenait son filleul.

Les rires étaient au rendez vous, Molly arriva alors et se précipita vers son oncle Jared, le regardant droit dans les yeux. Il la prit dans ses bras et elle ne le quitta pas du regard.

- Et moi ?
- Tu ne comptes pas, ma chérie, tu n'es pas dans le classement tu le sais bien.
- Pouyquoi ?
- Tu es trop belle pour ça.

Johanna sourit et serra un peu plus son fils aîné contre elle. Elle croisa le regard du plus jeune et ils échangèrent un sourire. En silence, elle forma l'expression « je t'aime » sur ses lèvres.

- Moi aussi. Répondit-il, dans les bras de Naty.
- Oui mon c½ur. Et moi aussi. Ajouta Nathanaël en le serrant un peu plus.


...


- C'est vraiment pas drôle les enfants, j'en ai marre de chercher ! S'exclamait Johanna.

Molly avait plaqué une main sur sa bouche, riant doucement. Mais la voix de leur mère se rapprochait de leur cachette. Alors, ils s'éclipsèrent en courant pour en changer. A cet instant, Fabian entra dans la chambre de ses parents et il s'y cacha à l'intérieur, se glissant sous le lit. Son frère et sa s½ur le rejoignirent. Il avait tout juste eu le temps de cacher la chaîne en or qu'il avait trouvé. Des pas dans l'escalier se firent entendre et la porte s'ouvrit.

- Si je vous trouve, je vous mange tout crus, mélangés aux légumes ! Je vous préviens !

Fabian sourit de plus belle tandis que Molly prenait un air horrifié. Les deux frères échangèrent un regard et le plus âgé sortit de la cachette, les mains en l'air, comme s'il se rendait. Johanna prit un faux air en colère, elle posa ses mains sur ses hanches.

- Je suppose que ton frère et ta s½ur sont là aussi.

Elle s'agenouilla et coucha sa tête contre le carrelage, souriante, elle croisa deux yeux verts et deux yeux noisettes.

- Bouh !
- Même pas peur !
- Je m'en doutais. Venez chenapans ! On va faire les courses !
- Sur le chemin de traverse ? S'exclama Molly en sortant rapidement de sa cachette.
- Oui, tous les quatre ensemble sur le chemin de traverse !
- Trop cool ! S'exclama Gideon en sautant partout.

Tandis que Johanna allait avec Molly dans sa chambre, afin de l'aider à se préparer, Gideon rejoignit son frère dans la sienne, il ne le lâchait pas des yeux.

- Quoi à la fin ?
- Tu l'as trouvé toi aussi hein ? Tu crois que c'est qui ?
- De quoi tu parles ? Feignit Fabian en le fixant.
- Le médaillon que maman cache bien sur !

Le petit Prewett soupira, il sortit la chaîne en or et regarda de plus près le médaillon, il portait un « M » gravé et était magnifique. Il brillait de milles feux, elle en avait prit soin.

- Ouvre le. Souffla Gideon.

Aussitôt dit, aussitôt fait. Fabian fixa les deux enfants qui étaient côte à côte, souriants. Il reconnaissait sa maman mais pas l'inconnu blond aux yeux bleus. Tout ce qu'il pouvait remarquer, c'est que sa mère semblait l'aimer et l'admirer.

- Qui est-ce ?
- Les garçons ? S'exclama leur maman en entrant dans la pièce.

Ses yeux se figèrent et, pour la première fois, Fabian aperçut la colère de sa maman. Mais ce n'est pas ce qui le marqua le plus. Les yeux de Johanna, une fois la colère effacée, s'étaient emplis d'une douleur intense. Et il détestait ça... Il fronça les sourcils et lui rendit précipitamment le médaillon, s'éclipsant aussitôt.


*Je grognais malgré moi, attirant les regards de mes proches. Je n'avais pas pu m'en empêcher. Mon père fronça les sourcils un instant sans me lâcher des yeux. Je le fixais à mon tour, et, ce fut lui qui détourna les siens. Il semblait s'être remémoré notre engueulade lorsque j'avais tout appris, l'existence d'Abraxas nous avait été cachée. Depuis notre naissance, nous avions cru que notre famille, côté maternel, n'était plus de ce monde. Je savais aujourd'hui qui était cet homme. Et j'aurais préféré éviter de le connaître.

- Oh tiens, un con...
- Fabi. Soupira mon père.

J'échangeais un regard avec lui, il n'était pas au courant. Personne ne l'était. Ils croyaient tous que j'avais croisé Abraxas une fois dans ma vie, à Pré au Lard, que mon grand père s'était fait un plaisir de me révéler qui il était. Le reste, ils ne savaient pas. Et ils ne sauraient pas. C'était mieux.*



[...]

Nous continuions à observer nos souvenirs, parfois le sourire aux lèvres, riant aux éclats ou la larme à l'oeil quand soudain, Molly poussa un hurlement à nous faire exploser les tympans. Elle s'était levée sur le canapé et avait poussé mon père devant elle, tremblante. Je suivis son regard pour voir une multitude de serpents avancer vers nous, le carrelage semblait invisible tellement ils étaient nombreux. Mon père, armé de sa baguette, les faisait disparaître un à un mais il y en avait toujours des nouveaux qui les remplaçaient.

- Allez dans le jardin...
- Mais papa... Protesta Gideon, de la peur dans les yeux.
- Vous serez en sécurité.

Mon grand frère esquissa un pas, tentant d'éviter les serpents mais alors, je l'attrapais fermement par le bras et le retenais. Mes yeux étaient dirigés vers la baie vitrée et un homme tout vêtu de noir, invisible, le regard bleu glacé, me fixait.

- DEGAGE DE LA PAUVRE CON ! T'AS RIEN A FAIRE ICI ! VIRE !

Mon père suivit mon regard et il s'approcha de moi, me collant à lui.

- Fabian tais toi, ne lui parle pas.
- Pauvre tâche, tu t'amuses bien ? T'as que ça à faire ? Ta vie est si merdique que ça ?

L'homme ne me lâchait pas du regard et je faisais de même. Si bien que mon père nous ordonna de monter et il sortit, baguette en main. Mais dès qu'il fut dehors, l'homme avait disparu. Gideon me frappa derrière la tête et nous entraîna en haut. Il se tourna vers moi une fois que l'on fut dans sa chambre.

- Tu étais obligé de lui parler ? De l'agresser ?
- Bien sur que oui.

C'était la phrase que j'avais eu l'intention de prononcer, mais elle ne venait pas de ma bouche. IL était derrière moi. Ici. Dans la chambre de mon frère. IL était entré dans ma maison. Pour la troisième fois. Gideon m'attrapa par le bras et me plaça derrière lui, faisant de même avec Molly. Bien évidemment, je le poussais et regardait mon ennemi avec toute ma rage.

- Ne connais-tu donc pas ton frère, Gideon ? L'arrogance coule dans ses veines, presque aussi présente que son sang.
- Mon sang et mon arrogance vous emmerde profondément.
- Tiens, tu me vouvoies ? Demanda t-il, un sourire en coin. Ce n'est pas ce que j'ai entendu tout à l'heure.
- Tu préfères que je te dise d'aller te faire foutre ?

J'eus à peine le temps de terminer ma phrase que mon frère et ma s½ur s'effondraient au sol, immobilisés. Il m'avait saisi à la gorge et plaqué violemment contre le mur. Deux ans que je ne l'avais pas vu et je le craignais toujours autant. C'était inexplicable, c'était insupportable. Il approcha sa baguette de mon cou et alors, un serpent apparut, enroulé autour de mes épaules, je gémis de crainte malgré moi et me mettais à trembler. Il m'étouffa plus encore et je grimaçais.

- Tu as donc si peur d'un simple animal ?

Je ne répondis pas, bien trop occupé à essayer de garder mon calme avec ce serpent enroulé autour de moi. Il ricana et le fit disparaître.

- Tu n'avais pas l'air si effrayé tout à l'heure...
- Ils n'étaient pas sur moi.
- Et que dis-tu de ça ?

Sous mes yeux, mon ennemi se transforma en un énorme loup noir. Je déglutis malgré moi en le voyant sortir les crocs mais tentais de me maîtriser. Il ne fallait pas qu'il voit ma peur, il fallait que je lui impose ma répartie et mon calme apparent. Il fallait qu'il sache qui j'étais. Après tout, pour l'instant, il n'avait fait de mal à personne, j'avais réussi à l'énerver avant.

- Je suis censé avoir peur ? Répliquais-je.

Il bondit et me fit basculer, ses puissantes pattes me maintenaient au sol, il était trop fort, je voyais ses crocs approcher de mon visage. Je l'avais trop énervé. Il ouvrit grand sa gueule, me faisant tressaillir et, ses puissantes dents se refermèrent avec brutalité sur mon bras, m'arrachant un hurlement de douleur. Il ne lâcha pas de suite, me fixant tandis que je sentais mon sang dégouliner sur ma peau. Qui était ce dingue ? Maintenant, j'avais vraiment peur. A cet instant, j'entendis la porte claquer brutalement et mon père nous appeler. D'un seul regard, le loup me dissuada de demander de l'aide. Et pourtant...

- PAPA ! Hurlais-je, la voix brisée par la douleur.

Ses crocs s'enfoncèrent davantage dans ma chair et je gémissais. Il me lâcha soudain et je vis mon père entrer, baguette brandie, il fut un instant déstabilisé par les corps immobilisés de Molly et Gideon, certainement qu'il les crut morts... Du coup, le loup en profita pour le faire tomber à la renverse et , la peur au ventre, je le vis arracher un bon morceau de chair du torse de mon père, le tee shirt avec. Le hurlement de mon père me poussa à me relever et mes yeux s'écarquillèrent d'horreur lorsque je vis le loup l'entraîner en le tenant par le bras. Il le traîna dans les escaliers, jusqu'en bas, le mordant partout. Mon père s'évanouit rapidement, dans une flaque de sang. Je les avais suivit en courant malgré ma crainte et, incapable de savoir ce qui me poussa à faire ça, voyant que le loup ne s'arrêtait pas, je m'écriais :

- Arrête ! Je m'excuse... je suis désolé...

Le loup me fixa avec une rage hors du commun, du sang dégoulinant de sa bouche.

- S'il te plaît. Je n'aurais pas du te répondre ainsi...

L'animal redevint un humain. Un humain qui me tourna le dos, l'instant d'être à nouveau masqué. Il fit craquer sa nuque et se tourna vers moi. Je voulais reculer mais je m'en empêchais.

- Tu n'empêcheras pas sa mort, Fabian.
- Si c'est moi que tu veux, vas y. Je m'en fiche de mourir et de souffrir.
- Tu souffriras, ça oui.
- Réponds moi...
- Ne me donne pas d'ordres. Siffla t-il, en s'avançant.
- C'était une simple demande ! Répliquais-je avec hargne.

Alors qu'il s'approchait, de nouveau fou de rage, Jared fit son apparition et un combat s'engagea, un combat diaboliquement équitable. Puis, l'homme se tourna un instant vers moi, il fit un signe de tête, comme pour me dire au revoir sauf qu'il m'annonça un « à bientôt » qui me déplut fortement.


[...]

J'avais relevé ma manche et je fixais les cicatrices de la profonde morsure que mon monstre m'avait infligé. Papa était depuis plusieurs jours à l'hôpital. Je ne comprenais pas. Pourquoi avait-il décidé de réapparaître la seule fois ou nous aurions pu passer du temps avec notre père ? L'une des rares fois ou nous aurions pu profiter de lui et nous amuser tous les quatre ensemble ? A croire que c'était volontaire. Je le détestais. Par dessus tout. Gideon posa pour la énième fois sa main sur mon bras avec douceur, masquant les cicatrices à mon regard. Il voulait tenter de m'apaiser mais ce n'était plus possible. J'étais sur de moi à présent : Cet homme voulait mon respect et ma crainte. Il avait une dent contre moi. Il venait pour moi. Je l'avais compris et je lui avais insinué à ma façon. Seulement, il ne voulait pas me tuer. Il était insupporté lorsque je lui désobéissais ou que je lui parlais mal. L'avais-je déjà rencontré, avant tout ça ? Était-il possible que j'ai commis une erreur avec cette personne ? Je soupirai et me prenais la tête entre les mains, n'apercevant pas le regard impuissant échangé par mon frère et ma s½ur. Oui, ils l'étaient totalement. Et ce n'était que le début.

Dans la chambre, Jared tenait la main de son frère. Ce dernier ouvrit doucement les yeux, lui souriant faiblement. Leurs regards ne se lâchaient pas.

- Je suppose que ce n'est pas la peine d'insister ?
- Non.
- Anton, je ne veux pas t'y obliger, d'accord ? Mais jusqu'à quand ça va durer si tu ne dis pas la vérité ?
- Jusqu'à ce que je perde la vie, et toi ensuite. Et même si on dit la vérité ça sera comme ça, Jared.

Anton fixa son frère et les larmes lui montèrent aux yeux. Il ne voulait pas que ses enfants courent à nouveau des risques. Il fixa son frère.

- Comment va Fabian ?
- Il ne cesse de s'excuser encore et encore...
- Il n'y est pour rien, s'il avait voulu me tuer, il l'aurait fait. Et d'ailleurs, il lui a dit qu'il ne lui en empêcherait pas...

Ils se fixèrent un instant et l'aîné soupira, ôtant sa main de son bras.

- Je suis désolé, Anton... mais je n'ai pas l'intention de te perdre, ni de mourir.
- Jared ! Ne sors pas d'ici ! JARED !

Mais son grand frère avait quitté la chambre d'hôpital. Aussitôt, en voyant Jared sortir, je me levais d'un bond et mon oncle vint vers moi. Il ouvrit la bouche, comme pour me dire quelque chose, mais ses yeux, braqués sur les miens, se voilèrent un peu. Il semblait traversé par une importante hésitation.

Jared fixait intensément son neveu, la lueur de tristesse et de douleur qui incendiait son regard le bloqua totalement. Comment lui dire ? Comment leur parler? C'était impossible. Il fallait trouver une autre solution. Soit tuer, soit disparaître. Mais il ne voulait pas la détresse des siens, pour rien au monde. Et elle était déjà suffisamment présente.

- Il va bien.
- Et toi ? Soufflais-je, doucement.
- Bien sur. Toujours, Fabi. Me répondit-il en me serrant contre lui.

Il laissa quelques secondes s'écouler, me serrant toujours plus puis, il se détacha et me fixa droit dans les yeux.

- Je vais retrouver ce loup, je te le promets.
- Je sais pas si j'en ai vraiment envie en fait... Murmurais-je, souriant faiblement. Qui sait ce qu'il fera de toi ?
- Tu penses toujours au négatif... Qui sait ce que moi je peux faire de lui ?
- Je ne préfères pas que tu essayes...
- Tu l'as vu plus fort que moi ? S'étonna Jared.
- Non... mais...
- Je t'aime. Souffla mon oncle en me caressant doucement les cheveux.

Je me figeais et le fixais intensément. Il ne parlait pas souvent pour dire ce genre de choses, ce genre de mots. Il était un peu comme moi, sa pudeur l'en empêchait je suppose. Je souriais et répondais dans un murmure que c'était tout aussi réciproque. Il se rendit ensuite prêt de Gideon et Molly, les serrant à leur tour contre lui. Je les regardais tandis que des mots revenaient à la charge dans mon esprit, des mots que je ne cessais de me répéter, des mots appartenant à Nathanaël :

«  - Toujours le même. Qu'est ce qui ne va pas dans ta vie ? Explique toi, parle, va voir un psy mais cesse de faire chier le monde. Il se porte bien mieux sans toi... »

« Toujours le même ». Ils le connaissaient. Mais pas seulement Nathanaël. Mon père et Jared également. Je savais que des morceaux de ce jour là s'étaient éclipsés de ma mémoire. Ils m'avaient échappés. Je le sentais, je n'avais pas toutes les clés en main. Mais si, pour me protéger, ils avaient modifié ma mémoire, ils ne m'avaient pas tout supprimé, simplement parce que je n'avais pas tout raconté. Cette première phrase qu'avait prononcé Naty, elle était toujours dans mon esprit. Jared ne m'avait pas dit « je t'aime » par hasard. Il allait entrer dans une guerre. Je le sentais. J'entendais Molly dire « A ce soir tonton ! ». Mais qui sait s'il reviendrait ce soir ? Nos yeux se croisèrent un instant et il avait compris que je savais. Alors pourquoi ne pas le retenir ? Je l'ignorais...


[...]

Ce soir là, nous étions rentrés à la maison. Enfin, du moins, nous avions souhaité rentrer. Mais l'accès à notre demeure était totalement impossible. Mon père poussa un juron, il semblait avoir saisi quelque chose qui nous échappait. En nous tenant, il transplana ailleurs.

- Bonjour Anton ! Bonjour les enfants ! S'exclama Joyeusement Cécilia, la femme de Jared.
- Ou est Jared ? Siffla mon père.
- Aucune idée. Mais il m'a prévenu que vous viendriez manger...
- Nous vous avions invité ! Rugit mon père. C'était à vous de venir ! Il m'a bloqué l'accès à la maison ! Pourquoi ?
- Euh... on va s'asseoir, se calmer et discuter de tout ça avec lui, lorsqu'il rentrera... Okay ?

A cet instant, j'aperçus les valises dans le salon. Nos valises. Je croisais le regard de Gideon qui fronça les sourcils, il se tourna vers Cécilia.

- Ou est-il ?
- Il ne m'a rien dit.


[...]

- Anton ? Déménager ? Cela m'étonne... Disait l'homme.
- Écoute Flanders, tu es le seul au courant, donc tu te démerdes pour trouver un locataire, n'importe qui, je m'en contrefiche, ce que je veux en revanche, c'est ton silence, clair ?

Le dénommé Flanders acquiesça vivement, gêné. Il s'excusa aussitôt. Jared était un homme respecté, grâce à sa haute fonction de directeur du département de la justice magique, mais aussi par sa prestance, il était toujours prêt à vous aider, à donner son avis sur un dossier, à tout faire pour que tout se déroule au mieux au sein du ministère. Et pour cause, il était l'un des hommes le plus demandé, par tout le monde et par le ministre lui-même. Il remercia son collègue et sortit du bureau, marchant à travers les nombreux couloirs. Mais, comme il l'avait présagé, il se retrouva en face d'une personne qu'en cet instant, il n'avait pas envie de voir. Marcus Dolohov était appuyé contre la porte de son bureau, un sourire aux lèvres.

- J'ai entendu dire...
- Ce que tu as entendu ne m'intéresse pas le moins du monde, Dolohov. Vire d'ici.
- Ton frère est donc à l'hôpital. Vraiment étrange cet acharnement... Tu ne trouves pas ?
- Pas étrange en soit, on a encore grillé quelqu'un et il enrage, rien de plus.
- Si j'étais toi, je ferais attention à tes propos, Jared.

Jared s'avança vers l'un de ses nombreux ennemis, le fixant intensément.

- Pourquoi ferais-je attention, Marcus ? Tu penses qu'il me fait peur ?
- Il fait peur à tout le monde, Jared. Et même si tu le nies, tu commences à sentir ton c½ur battre de plus en plus fort au fil du temps, tu sens ta fin et celle des tiens se rapprocher...

A cet instant, un autre homme entra dans le couloir, la démarche assurée, les yeux glacés, un sourire se dessina sur ses lèvres lorsqu'il aperçut Jared.

- Tiens, Prewett...

Aussitôt, Jared le saisit brutalement par le col et le plaqua contre le mur, le fusillant du regard. Un sourire se dessina sur les lèvres d'Abraxas et il le repoussa, réajustant sa chemise.

- Je vais tous vous tuer, Malefoy.
- Ça m'étonnerait Jared. Tu seras mort avant, toi et ta famille, je t'en fais la promesse...


[...]

- Il... il a vidé ma maison...

Cécilia avait posé sa main sur celle de son beau frère, elle le fixa intensément, une lueur d'excuse dans le regard.

- Il veut vous protéger...

A cet instant, un hurlement déchirant retentit depuis le jardin. J'étais assis, près de mon grand frère, je me blottis un peu plus contre ce dernier. Je fixais la porte et déglutis, hors de question que je sorte, hors de question que je parle mal, quoi qu'il se passe. Je me fis cette promesse, persuadé que l'homme était déjà de retour. Mais la porte s'ouvrit sur Jared. Jared avec une main en moins... Molly poussa un cri, horrifiée et se précipita vers lui. D'un seul et même mouvement, nous fîmes la même chose qu'elle. Il était tellement pâle que ça faisait peur. Une fois de plus, nous passions notre soirée à l'hôpital. Sans aucune réponse de la part de mon oncle...


[...]

Durant le reste des vacances, nous avions pu profiter de notre papa et notre famille sans nouvelle encombre... ou presque. Nous nous étions efforcés de nous changer les idées. Jared avait eu une sorte de greffe, la magie était stupéfiante, sa main était comme neuve, sauf que c'était l'imitation, une main entièrement fabriquée. Elle était faite en une sorte de plastique, il n'avait plus aucune sensibilité. Nous l'avions questionné mais, il était resté silencieux, totalement. S'était-il mesuré à l'homme ? Il avait fini par nous faire oublier tout cela ou du moins, pour l'instant. Nous sortions dîner ensemble, au restaurant, allions nous promener, au cimetière parfois pour rendre visite à maman et Naty... Nous faisions tout ce que nous n'avions pas pu faire depuis ce qui me semblait être une éternité. Jared, à cause de sa main, avait eu lui aussi des jours de repos. Désormais, nous vivions chez eux . Mon père et lui s'étaient engueulés de nombreuses fois à ce propos. Je m'étais aussi disputé avec Jared, Gideon étant de mon côté. Je lui avais hurlé que c'était notre maison, que je ne voulais pas d'inconnus dans la maison qui contenait les souvenirs de ma mère... J'avais fini par lui dire qu'il ne pensait qu'à sa gueule. Il s'était levé et m'avait couru après, évidemment, j'avais détalé immédiatement, j'avais senti que j'étais allé trop loin... Lorsque je me laissais emporter par mon côté Diable, je ne maîtrisais plus mes paroles, plus rien. Il avait failli en venir aux mains mais Gideon et mon père s'étaient interposés. Durant quelques jours ensuite, nous ne nous étions pas adressés la parole. Je ne m'étais pas excusé, trop fier et lui n'avait fait aucun pas non plus. Jusqu'à ce que, Cécilia, à l'aide de mon père, Gideon et Molly mettent en place un plan machiavélique. Nous nous étions retrouvés enfermés dans la salle de bain sans aucun moyen d'en sortir, obligés de nous confronter l'un à l'autre.

- Fabi ?

Je me tournais vers ma petite s½ur, l'air interrogateur. Elle se leva et vint s'asseoir près de moi, posant sa tête contre mon épaule.

- Tu crois qu'on pourra retourner à la maison un jour ?

Je croisai le regard de Gideon qui avait levé la tête de son livre, il fit la grimace, l'air d'avoir un avis plutôt négatif sur la question. Je soupirai et la serrai un peu contre moi.

- Je l'ignore ma belle...
- Tu crois que Jared sait qui c'est ? Murmura t-elle, plus bas.

A cet instant, il entra dans le salon, elle rougit et s'écarta de moi, se saisissant d'un magazine et faisant mine de s'y plonger dedans. Jared fronça les sourcils et posa son regard sur moi. Mon père nous rejoignit à cet instant, s'affalant aux côtés de Gideon, tout sourire.

- Ça vous dit qu'on aille jouer au quidditch dans le jardin ?
- Trois contre deux ? S'étonna Gideon,
- Non, il y a un arbitre et ensuite on échange !

D'un seul et même mouvement, nous bondîmes, allant chercher nos balais. A l'extérieur, Jared avait installé deux longs poteaux au bout duquel se dressait un cercle. J'étais dans l'équipe de Gideon, contre Molly et mon père. Je me plaçais devant l'unique but, tout sourire. Alors, commença un jeu qui ne s'arrêta jamais. A coups de buts, de grognements, de cris, d'injustice... Nous échangions tour à tour les places et je ne pus m'empêcher d'éclater de rire lorsque Gideon se jeta sur mon père, abandonnant son balai, il s'amusa à dévier la trajectoire du sien et, ensemble, ils allèrent s'écraser au sol sous nos rires. Je riais, sans m'arrêter, je n'en pouvais plus, je sentais que tout s'évacuait. J'étais heureux d'être avec eux, heureux de profiter d'eux et d'avoir droit à ces instants de bonheur. Je pensai alors à ma mère et, pour une fois, c'est un sourire qui prit place sur mes lèvres.

Je fixai tour à tour mon frère, ma s½ur, mon père et mes yeux finirent par Jared. Je les aimais par dessus tout. Et je ne connaissais pas encore la puissance de cet amour, je ne savais de quoi j'étais capable pour eux, pour ce bijou de famille qui éclairait mes jours. Je pouvais faire de grandes choses. De terribles choses.


[...]

Nous étions rentrés depuis une semaine. Et j'étais absent. Complètement. Je pensais à Sirius et je m'inquiétais. Il était venu me trouver devant la cheminée, le premier soir de la rentrée, très tard. Nous étions seuls. Il m'avait avoué avoir passé de très mauvaises vacances. Il m'avait dit que c'était toujours ainsi, mais que, cette fois, alors qu'habituellement, il faisait tout pour éviter son père au maximum, il n'avait pas pu, ce dernier ayant pris une semaine de congés. Son histoire m'avait d'autant plus touchée et j'avais oublié tous mes propres problèmes. Qu'est ce qui pouvait être pire qu'une situation comme celle de mon ami ? Rien. Je me plaignais de perdre les miens... mais les miens m'aimaient, ils faisaient tout pour que je sois heureux, ils étaient présents pour moi. Lui, il n'avait rien ni personne au sein de sa propre famille... Il n'y avait pas plus triste à mes yeux.

- Fabi ?

Je tournai mon regard vers mon grand frère. J'avais la joue appuyée contre ma main et n'avais pas quitté le parc des yeux depuis le début de la soirée, à travers la fenêtre. Gideon et Molly semblaient inquiets. Encore.

- Ça ne va pas ?
- Si, si, je suis juste fatigué.

Jamie et Sacha tournèrent à leur tour leurs regards vers moi. Je soupirai et les fixai en retour. J'esquissai un sourire sincère.

- Tout va bien.
- C'est vrai ce mensonge ?
- Ce n'est pas un mensonge, Jam.

Ils avaient détourné leur attention de moi au cri de guerre de Sacha, il s'était levé et hurlait après mon meilleur ami, tandis que mon frère riait aux éclats.

- Tu fais chier Jamie ! Tu gagnes tout le temps !

Je souriais doucement, les yeux toujours braqués vers le parc. Jamie était imbattable aux échecs. J'avais réussi une fois dans ma vie, je crois. Il avait une technique impressionnante. Impossible à déconcentrer. Il m'avait raconté qu'il avait une fâcheuse tendance à se faire chier chez lui, lorsque ses parents avaient décidés de ne pas partir en vacances. Alors, du coup, il s'était occupé de cette façon, jouant avec qui le voulait bien. Jamie était issu d'une famille de sang purs. Ses parents n'étaient certes pas rattachés à des principes pourris, mais il avait reçu une éducation assez stricte, ils étaient pour qu'il fasse de grande études, ait un poste important, afin de préserver la popularité de son nom. Ils aimaient la valeur de leur nom sans être pour autant des terroristes. Mais à ce que je savais, ils étaient intransigeants. Tous les deux. Sa mère, Elina, avait tout de même une certaine douceur en elle, elle était maternelle. Son père, Sebastian Jamie Harris, était plus dur. D'ailleurs, je me souviens d'un moment particulièrement pénible, lorsque Gideon, Sacha et moi avions été invités chez lui lors d'une après midi. Nous avions voulu jouer au quidditch et évidemment, Jamie avait cassé un carreau... Jamais je ne l'avais vu dans un tel état de panique. Et j'avais compris pourquoi, le soir venu... J'avais été invité à dormir chez lui, tandis que Gideon était allé chez Sacha et, lorsque son père avait aperçu le carreau, j'avais pensé qu'un ouragan venait d'entrer dans la maison. Le lendemain matin, à la première heure, j'étais de retour chez moi parce qu'il était puni de visite et de sortie. Tout ça pour un carreau. Je crois que son père avait bien lu l'animosité dans mon regard. Je n'avais jamais aimé l'autorité exagérée. Ni l'autorité tout court, d'ailleurs.

- Fabi, tu joues ? Me provoqua Jamie, un sourire en coin.

Je le fixai un instant, et je souris à mon tour.

- J'étais justement en train de penser à un super moment que nous avions passé ensemble...
- Ah oui ? Lequel ? Sourit-il, lui qui adorait parler du passé, des anciens délires, tout ça.
- Tu te souviens du carreau cassé ?

Sacha et Gideon éclatèrent de rire tandis que Jamie me fusillait du regard et se levait. Mon sourire s'élargit alors qu'il s'avançait.

- Tu faisais pas plus le malin que moi crétin !
- Disons que j'avais rien à me reprocher...
- On en reparlera...
- Et l'an dernier, pour tes buse ?
- Fabian, j'avais que des optimal et un seul acceptable !
- Moi je le sais. Souris-je. Mais c'était drôle !

Molly, qui était à nos côtés, le fixa d'un air ébahi.

- Tu as eu toutes tes buse ? S'exclama t-elle, admirative.
- Oui...
- Mais ce n'est pas assez, voyons ! « Enfin, Jamie, Acceptable ? Ou veux-tu aller avec ça ? Tu aurais pu avoir un optimal ! Il te suffisait de travailler un peu pour une fois ! » « Père mais je fais que ça... » « Tu parles ! Ça c'est ce que tu nous dis !»
- Fabi ?
- Oui ?
- Je t'emplâtre maintenant ou j'attends ?

J'éclatai de rire et, ni une ni deux, il se jeta sur moi, me plaquant au sol et me frappant avec un coussin. Ce fut le point de départ d'une grosse bataille dans la salle commune.


[...]

Quelques semaines plus tard, tout s'était plus ou moins dégradé. Malgré moi, je m'étais retrouvé au milieu d'une grosse engueulade entre Sirius et James. J'en ignorais la raison, mais, voyant que Sirius était vraiment blessé, je m'étais efforcé de le soutenir et de rester à ses côtés. Aujourd'hui, mal sans le dire, il avait prévu de ne pas se rendre en cours. Et moi, ne voulant pas le laisser seul dans cette situation, j'avais décidé de suivre. Je pensais qu'il avait un grand besoin de faire le vide. Mais, alors que nous nous étions éclipsés du château et que nous marchions en silence, tête baissée, sur le chemin de Pré au lard, je heurtais de plein fouet une personne. Cette personne, c'était Abraxas Malefoy qui me regardait de haut. J'échangeais un regard avec Sirius, mitigé entre deux options : Celle de lui foutre une bonne claque dans la tête, ou celle de m'éclipser en courant pour éviter les ennuis.

- On peut savoir où tu vas comme ça Fabian ? N'es-tu pas censé avoir cours ?
- Je t'en pose pas moi des questions okay ? Donc tu traces ta route et tu me saoules pas, point barre.

Je le contournai et continuai mon chemin, simplement. Mais c'était mal connaître cet homme qui, aussitôt, me saisit par le col et me poussa contre le mur le plus proche après s'être assuré qu'il n'y avait pas de témoins. Sirius fronça les sourcils et me fixa, totalement incompréhensif.

- Cesse de me manquer de respect, Fabian... Ou Jared risquerait de perdre bien plus que sa main.

Il me donna un puissant coup dans le thorax. Je me pliai en deux sous la douleur. Je ne bronchai pas cependant, et plongeai mes yeux verts dans ceux, bleus glace de mon oncle. Enragé par ses paroles, je lui crachai au visage dans un réflexe complètement fou et dénué de sens.

- Arrête de te prendre pour mon père putain, cesse d'apparaître à la moindre connerie que je peux faire! Laisse moi tranquille pour une fois dans ta vie!

Je me dégageai férocement et attrapai Sirius par le bras, l'entraînant le plus vite possible. Je n'avais pas l'intention de mourir si jeune. Nous entrâmes dans la cabane hurlante, seuls. Là, Sirius éclata de rire. Je le regardai d'un air bizarre puis, sentant le soulagement se propager dans tout mon être, je fis de même. Lorsqu'il se calma, de longues secondes plus tard, il me fixa intensément.

- Tu m'expliques ?

Je lui racontai alors toute ma vie, le début des problèmes, mon enlèvement, la mort de ma mère, celle de Nathanaël, l'entrée d'Abraxas dans ma vie, ses paroles et celles de mon grand père, les apparitions répétées de l'assassin qui semblait vouloir me contrôler. Tout, sans exception. Il resta quelques secondes sans rien dire. Et, alors qu'il ouvrait la bouche, IL apparut. Je me levai aussitôt et reculai de quelques pas malgré moi, le fixant, je levai les mains en signe de paix. Sirius se leva à son tour et me fixa avant de regarder l'homme et ses yeux glacés, il comprit et se plaça devant moi.

- Allez vous en.
- Oh non. C'est entre lui et moi, Sirius.

Il avait insisté sur le prénom et je tressaillais. Pourquoi apparaissait-il de plus en plus souvent ? Mon ami se figea, étonné. Il éclata alors de rire et se tourna vers moi.

- Si tu veux mon avis, il me connaît, ça doit être un mangemort de mes deux, un pote à mon connard de père...
- Tu ne devrais pas manquer de respect à ton père, Sirius. Ou du moins, faire attention aux personnes qui se trouvent aux alentours lorsque tu le fais. Il se peut qu'il l'apprenne sinon...

Sirius ricana et je m'étonnai de tant de courage. Comment pouvait-il avoir une telle attitude face à un fou ? Mon ami regarda mon monstre droit dans les yeux.

- Ce n'est pas votre vraie voix, n'est ce pas ? Pourquoi en changer ? Vous avez peur qu'on découvre votre identité ? C'est bien digne d'un mangemort, la lâcheté, vous étiez à Serpentard j'imagine ?
- Ne t'aventure pas à me provoquer, Sirius, je ne suis pas ton père...
- Ça veut dire quoi ? Vous êtes pire c'est ça ? Ça veut dire quoi pire ? Montrez moi, parce que franchement, je ne vois pas...

Je coupai court à leur discussion en soufflant « Pourquoi tu es là ? », c'était sorti tout seul. Je le fixai droit dans les yeux, ces yeux glacés qui me donnaient pourtant l'impression de brûler vif dès que je les croisais. Il nous désarma, poussa Sirius qu'il enchaîna au mur et s'avança vers moi. Je me sentais démuni et impuissant. A cet instant, j'aurais tout fais pour ne pas être ici, pour qu'il ne soit pas là, pour qu'il s'en aille. Il m'attrapa doucement par le col et me força à reculer jusqu'au mur. Je ne le quittai pas des yeux. Et, sans que je ne comprenne pourquoi, il me gifla violemment, me faisant détourner la tête.

- Je ne veux pas voir cette arrogance dans ton regard vert... Siffla t-il.

Je ne savais pas quoi dire, ni que faire, en état de choc. Je croisai le regard de Sirius et détournai le mien. Il posa alors une main sur ma gorge et, de l'autre, m'obligea à le regarder.

- Cette arrogance incessante dont tu fais preuve commence à m'épuiser... Souffla t-il, dans un murmure menaçant.
- Comment... Je ne comprends pas. Soupirais-je. Qu'est ce que j'ai fais de mal ?
- C'est une question qui ne se pose même pas... Tu fais tout de travers. Cracha t-il avec un mépris qui me fit baisser les yeux.

Il avait donné un coup de poing juste à côté de ma tête, me faisant frémir. Comment expliquer cette attitude si méprisante à mon égard ? Comment expliquer surtout cet intérêt envers moi ?

- Il est temps, Fabian...
- De quoi ? Demandais-je, plus ou moins hésitant.
- Ne pose pas de questions . Siffla t-il, haineux.

Je savais que j'avais eu raison d'hésiter. J'aurais du fermer ma gueule. Mais, après tout, pourquoi lui donner ce pouvoir qu'il semblait tant désirer ? Je me ressaisissais et le fixais avec toute ma rage.

- J'en pose si j'en ai envie. Répliquais-je du ton le plus arrogant que j'avais jamais pris.

J'aperçus le sourire de Sirius se dessiner et il me donna du courage pour affronter cette situation plus que périlleuse, situation qui s'aggrava férocement soit dit en passant... Il donna un puissant coup dans mon ventre et, avec horreur, je le vis sortir sa baguette. Il m'envoya valser contre une vieille étagère en bois qui se brisa et s'effondra à moitié sur moi. Je le vis s'avancer d'un pas menaçant tandis qu'un gémissement s'échappait de mes lèvres. Il écarta le bois d'un simple coup de pied et se pencha vers moi, il me saisit brutalement par le pull et me balança violemment contre l'un des murs, le choc contre mon dos me faisant grimacer. J'avais l'horrible impression d'être dans la peau d'un gosse maltraité et je voyais que Sirius se sentait mal. Mais les intentions de mon monstre étaient très claires : Il voulait me faire du mal afin de me calmer, de m'affaiblir. Je le regardais tandis qu'il s'avançait à nouveau, pointant sa baguette sur moi.

- Arrête ! M'exclamais-je.

Ses poings se crispèrent et la haine traversa de plus belle son regard.

- S'il te plaît. Ajoutais-je précipitamment.

Il s'approcha et se colla à moitié à moi, sans me lâcher des yeux, il saisit mon menton entre ses doigts puissants.

- Retourne en cours de suite. Siffla t-il. Et pas un mot.

Je le fixai tandis qu'il disparaissait. Il avait jeté nos baguettes au sol. Je restai pétrifié durant de longues secondes. Et Sirius, lui, semblait incapable de prononcer un mot tant la scène qui venait de se dérouler lui faisait penser au quotidien qu'il vivait au 12 Square Grimmaurd. Nous restâmes ainsi durant ce qui sembla être une éternité et les mots qu'il prononça m'épuisèrent davantage encore.

- Ce n'est pas Abraxas. Souffla mon ami. Il est au dessus. C'est un autre niveau...
- Qu'est ce que j'ai fais putain ?

J'étais désespéré et ça empirait au fil du temps. Je me baissais pour ramasser nos baguettes et je libérais Sirius. Ce dernier s'avança vers moi et posa une main sur mon épaule, l'air compatissant, il me fixa ensuite intensément.

- Tout va bien ?
- Je ne suis pas à l'agonie, il a évité le coup du loup, donc je suppose que ça va...

Nous échangions tous deux un regard éloquent en entendant un bruit. Il serra un peu plus sa prise sur mon épaule et scanda « Allez viens, on retourne à Poudlard », je le suivais sans peine, pressé de m'éloigner de toute forme d'insécurité. Sur le chemin du retour, nous n'échangions pas un mot. Je ne comprenais rien à cet homme et ses réactions étranges. Je ne comprenais tout simplement rien à ma vie depuis plusieurs années.


[...]

J'avais déraillé. Encore. Mais là, je crois bien que c'était la fin du monde. Je n'aurais pas pu faire pire. J'avais frappé mon propre frère sous prétexte qu'il m'avait reproché mon trop plein d'arrogance. Mais je n'avais pas fais ça à moitié, évidemment. En pleine salle d'étude, surveillée par McGonagall. J'avais tapé mon frère et le pire, c'est que je m'étais senti incapable de m'arrêter. Et maintenant, je faisais face à mon père, dans le parc de Poudlard. Franchement ? Je me sentais très mal...

- Non mais ça ne va pas dans ta tête, Fabian ? Siffla t-il, fou de rage.

Non, ça ne va pas du tout, papa. Je crois que je suis fou, je crois que je ne vais vraiment pas bien...

Il était enragé, je l'avais rarement vu dans un état pareil. Je me contentais de le regarder parce que je ne savais pas quoi dire, ni que faire. Comment aurais-je pu justifier ce geste que je regrettais amèrement ? Ce geste qui me dégoûtait ? Gideon, Molly, Sacha, Jamie, Sirius et Remus nous entouraient. Et ils me rendaient plus mal encore, surtout la présence de mon frère, j'avais l'impression que plus jamais je ne pourrais le regarder en face.

- Qu'est ce qui s'est passé bon sang ? Depuis quand tu frappes ton frère ?
- J'en ai plus qu'assez qu'on me fasse des reproches à deux noises ! Je ne suis PAS arrogant putain de merde ! Et j'en ai marre qu'on s'inquiète pour moi ! J'en ai marre d'être... j'en ai marre de tout putain !

Mon père haussa un sourcil, il leva les yeux au ciel et croisa les bras.

- Il te dis la vérité alors tu ne l'acceptes pas, c'est tout. Il n'y a pas plus arrogant que toi, Fabian. Et si ça lui déplaît, c'est parce que tu as tendance à te créer des ennuis. Et ensuite, c'est lui qui s'inquiète.

Ses paroles me blessèrent et, lorsque j'étais blessé, je m'énervais. C'était un cercle sans fin...

- Si je suis arrogant, si je ne vous plaît pas tel que je suis alors foutez moi la paix ! Qu'est ce que je t'avais dis hein ? Je suis trop différent de vous... J'ai rien à faire avec vous. Allez vous faire foutre.

Mon c½ur saignait mais c'était vrai. Ce sentiment d'être hors sujet refaisait surface et me pesait de plus en plus. Il brisait mon c½ur.

- Tu te calmes, Fabian ! Siffla t-il en m'attrapant par le bras. Ne parle pas comme ça ! Non mais qu'est ce qui te prends à la fin ? Tu n'es pas différent...
- Je me calme si je veux! Lâche moi, tu me gaves.

Je me détachais et m'éloignais de lui, enragé. Il ne comprenait pas, il ne comprenait rien. Mon père me suivit, il me força à lui faire face, posant ses mains sur mes épaules.

- N'évite pas la confrontation, Fabian ! Siffla t-il. Maintenant tu t'expliques, de suite.
- Je t'ai déjà expliqué. T'es sourd ou quoi? Tu vas faire quoi hein?
- Rien, pourquoi veux-tu que je te fasse quelque chose ? Murmura t-il.

Un silence pesant s'installa et cette fois, il sembla comprendre un minimum d'où me venait toute cette agressivité, cette attitude blessante. Il serra doucement mon épaule droite sans me lâcher des yeux. Je ravalais mes larmes.

- Laisse moi s 'il te plaît...
- Non mon chéri... Tu as besoin de ma présence et de mon aide. C'est ce qui se fait dans une famille lorsque quelqu'un va mal. Et tu vas mal...
- Non, ça va.
- Ne refuses pas mon aide s'il te plaît... C'est comme ça que tu deviens ingérable, Fabi, en gardant tout pour toi, tu comprends ?
- Je sais, je ne suis qu'un égoïste qui ne parle jamais de lui, ne vous prenez pas la tête pour moi, juste, faites attention à vous. Fais attention à toi...
- Fabi, tu n'es pas un égoïste. Et ce n'est pas à moi que je dois faire attention, mais à toi.
- Mais papa, je ne veux pas te perdre... Murmurais-je, en laissant mes larmes couler.

Mon père me prit dans ses bras et me serra fort contre lui, comme jamais il ne l'avait fait, caressant doucement mon dos. Je n'en pouvais plus, j'avais si peur et si mal. Je restais contre lui durant un moment, tremblant de tout mon être. Il ne savait pas, il ne savait rien. Mon monstre m'avait rendu fou, fou à un point indescriptible. Je n'étais plus moi. Je faisais n'importe quoi. Ma peur et mon incompréhension avaient prit possession de mon cerveau, j'étais ailleurs, déconnecté.


[...]

Déjà, après deux mois mitigés entre emmerdes et joies, les vacances de décembre étaient arrivées. J'étais dans le train avec mon frère et ma soeur. Arrivés à la gare, nous ne fûmes qu'à moitié étonnés de l'absence de papa. Plus les ténèbres prendraient de l'ampleur, plus il serait absent. Nous rentrâmes à pied chez Jaja, tranquillement, discutant joyeusement et riant. Cependant, nos sourires s'effacèrent lorsque nous aperçûmes la porte d'entrée étalée par terre, brisée. Des frissons parcoururent mon corps de long en large, un poids s'était insinué en moi, j'avais peur, j'étais mort d'inquiétude. Nous entrâmes alors, baguettes sorties, et nous avançâmes jusqu'au salon. Là, je sentais que c'était trop pour moi, je ne pourrais pas résister, je n'y arriverais pas. Sur le mur blanc était écrit en lettre de sang « Je vous attends à la maison. Papa ». Molly se mit à trembler de tous ses membres. Ni une ni deux, je l'entraînais de force à l'étage, elle se débattait.


- NON ! FABI !
- Tu seras en sécurité ici.
- NON ! LAISSE MOI VENIR ! JE T'EN PRIE !

Je verrouillais la porte et murmurais « Je suis désolé... » Aussitôt, je redescendais les marches quatre à quatre et me dirigeais droit vers la porte d'entrée. Mon frère m'attrapa par le bras et me regarda droit dans les yeux.

- T'es fou ou quoi ? On ne peut pas y aller comme ça, Fab. On doit au moins prévenir quelqu'un.
- Pourquoi hein ? Pour qu'il ait le temps de le tuer ?

Je me dégageais brutalement et sortais en courant. Mon grand frère eut beau dire, il me suivit aussitôt, sans la moindre hésitation. Nous ne nous arrêtions pas, malgré notre manque de souffle. Papa était bien plus important, trop important. Mon coeur battait la chamade. Je sentais que ça n'allait pas du tout. J'allais défaillir. Environ un quart d'heure plus tard, nous étions devant la porte. Ou du moins ce qu'il en restait. Elle était en flammes. Ma crainte du feu me fit me stopper. Là encore, une preuve que mon monstre était là pour moi. Le feu, comme les serpents, mes principales peurs... Lisait-il en moi ? Non. C'était tout simplement lui qui les avaient crées. Gideon me devança et entra. A cet instant, une idée me traversa l'esprit... Et si, je faisais l'absent ? Et si je l'enrageais ? Peut-être que je pourrais encore détourner son attention. Mes idées se stoppèrent lorsque j'entendis le hurlement de désespoir de mon frère. Alors, j'entrais. Là, mon premier réflexe fut de fermer les yeux, avant de laisser couler mes larmes et de me retenir de vomir. Il y avait du sang partout, sur les murs, sur le sol. Mon père était allongé par terre, pâle comme la mort, torse nu, une multitude d'entailles sur le corps. Mais il n'était pas seul... Les deux jeunes locataires que Jared avait trouvé semblait avoir été éventrés. Pire encore que l'état de mon père. Il avait été fou de rage de voir que nous avions déménagé... Je me précipitais près de mon frère et mon père, prenant la main de ce dernier qui, malgré ses crachats de sang, était toujours vivant. Par contre, pour les deux jeunes gens, il n'y avait aucun doute, l'espoir était vain...

- Papa. Soufflais-je, dans mes larmes.

Il me regarda droit dans les yeux et murmura des mots qui m'effrayèrent, caressant ma main du bout du pouce avec le peu de forces qui lui restait.

- J-je t-t'en p-prie, F-fabi...
- Quoi ? Demandais-je d'une voix douce en serrant doucement sa main.
- En-en... Enfuis-toi. V-v... v-vite.

Je le regardais droit dans les yeux et aperçut ses larmes, j'échangeais un regard avec Gideon. J'avais enfin la confirmation. Il venait pour moi...

- Non, il ne partira pas, Anton. Siffla une voix que désormais, je ne connaissais que trop bien.

Gideon me lança un regard sévère, du style « ne bouge pas et tais toi ». Mais en cet instant, je n'avais qu'une seule envie : Commettre un meurtre. Je me levais et faisais face à mon monstre aux yeux bleus.

- Sors de chez nous. De suite. Sifflais-je.
- Pardon Fabian ? Demanda t-il d'un ton menaçant en s'avançant, baguette brandie.
- T'es devenu sourd ? Crachais-je.

Il s'avança vers moi, se jetant à ma gorge, m'étranglant de ses deux mains. Je me débattais mais je sentais déjà l'air s'épuiser. Je tentais d'ôter ses mains à l'aide des miennes, plantant mes ongles dans sa chair mais cela n'eut d'autre effet que de le faire serrer davantage. Gideon se leva et pointa sa baguette sur l'homme mais en un éclair, il atterrit contre le mur, violemment, je l'entendis hurler de douleur. Incapable de maîtriser ma haine, je lui crachais au visage. Il fut tellement choqué par mon geste qu'il lâcha. Il s'essuya en me regardant d'un air assassin. Un air que je n'avais encore jamais vu dans ses yeux. Je reculais de quelques pas, me retrouvant désarmé. Je me mettais alors à courir, lui sur mes pas, et attrapais le tisonnier dans la cheminée, je frappais violemment sa main, lui faisant perdre sa baguette. La lueur de haine dans ses yeux empira. Il avança vers mon père. Et j'étais terrifié, certes je me battais, je ne le montrais pas, mais ma crainte était à son summum.

- NE L'APPROCHE PAS ! DÉGAGE DE NOTRE MAISON ! Hurlais-je, fou de rage.

Mais il ne m'écouta pas. Il s'accroupit près de mon père et lui redressa le menton, le regardant avec une rage que je n'avais jamais vu nulle part.

- Elle l'a pourri hein ta PUTAIN de femme ! Elle l'a pourri de son caractère arrogant et puéril. Elle a réussi.

Incapable de garder mon calme et de réfléchir convenablement en le voyant sortir un couteau, je courrais et frappais violemment le côté de sa tête, lui arrachant un grognement de douleur. Je frappais, encore et encore, je faisais tout pour me débarrasser de lui, de sa présence, de sa vie... Mais j'aurais du le savoir, je n'étais pas à la hauteur. Il saisit le tisonnier et j'eus l'impression que les coups que j'avais donné n'étaient rien comparés à ceux que je reçu. Je me recroquevillais rapidement au sol tandis qu'il frappait sans arrêt. Il ne me laissait pas respirer, il n'atténuait rien. Il voulait me faire mal à en crever. Je tremblais de tous mes membres, des larmes sur les joues. Comment pourrais-je survivre ? Je le vis s'éloigner mais je n'avais plus la force de bouger, il avait ramassé sa baguette. Combien d'os m'avait-il brisé ? Et combien allait-il briser ? Je le vis pointer sa baguette sur mon père et, je vis Gideon se placer entre eux, le regard déterminé. L'homme eut un sourire.

- Comme tu voudras, Gideon... Avada...
- NOOOOOOOOOOOOOOOON ! Hurlais-je.
- Ah ? Revirement de situation ? Demanda t-il, un sourire aux lèvres.
- Qu'est ce que tu veux ? Murmurais-je.
- Tu as osé me répondre et me frapper, j'avais pourtant été assez clair me semble t-il...

Gideon me regarda avec les sourcils froncés, incompréhensif. Je baissais la tête, honteux, je me sentais faible, assouvi. Alors que j'avais glissé ma main dans celle de mon père, je sentais cette dernière me lâcher. Et je compris. C'était fini, je poussais un hurlement de détresse. Je ne répondais pas à mon monstre et me redressais en position assise, m'affalant à moitié sur mon père.

- Papa...

J'appuyais de toutes mes forces sur son thorax tout en lui faisant du bouche à bouche. J'avais les mains pleines de sang mais refusais de le voir partir, refusais d'accepter la vérité, refusais de me résoudre à perdre mon père. Non. C'était trop. Pas à nouveau. Pas encore. Pas maintenant, c'est tout. Je m'acharnais encore et encore, d'autant plus en entendant les sanglots de mon frère. Et là, je croisais son regard, son regard complètement dénué d'émotions. Il sembla se dire que la punition était assez importante, que perdre mon père était équitable face aux coups que j'avais osé lui donner, alors, il me fit un nouveau signe de tête.

- Plus qu'une fois, Fabian. Je reviens bientôt.

Je m'effondrais au sol, en pleurs, à l'instant ou Jared, ainsi qu'une armée d'aurors, entraient dans la pièce. Gideon, désespéré, en larmes, tentait à son tour de réanimer papa. Mais là, encore, l'espoir était vain. C'était bel et bien fini. Notre oncle nous rejoignit et, rapidement ses yeux s'embuèrent autant que les nôtres. Cependant, il insista pour que nous nous éloignons. Aaron Potter tenta tant bien que mal de me prendre contre lui et de m'éloigner de mon père mais je hurlais et me débattais de toutes mes forces. Gideon était dans le même état, je le vis se laisser tomber à genoux, il hurlait à la mort, comme si on lui avait arraché un morceau de son c½ur. C'était le cas. Il nous avait brisé, une fois de plus. Lorsque les aurors s'éclipsèrent afin d'aller alerter les médicomages, je tournais mon regard vers Jared.

- C'est qui Jaja ?

Il me fixa intensément mais resta silencieux.

- Tu ne me le diras pas n'est ce pas ? Pourquoi ?

Ma voix était brisée par le chagrin. Mon oncle soupira. Il s'était assis près de Gideon et caressait ses cheveux tout en me regardant dans les yeux.

- Parce que je te connais, Fabi. Tu te laisserais envahir par la haine et avec lui, c'est dangereux...

Fabian soupira.

- Donc tu vas y aller toi, c'est ça? Pour qu'on ait plus personne...

J'allais m'asseoir à côté de Gideon et le forçais à se blottir contre moi, je le serrais de toutes mes forces. Je voulais le sentir près de moi, sentir que lui ne m'échappait pas. Je caressais son dos avec toute ma tendresse, ne quittant pas mon père des yeux, en larmes. J'enfouis ensuite ma tête dans le cou de mon frère.

- Promets moi que je ne te perdrais pas...

Mon grand frère leva un regard vide vers moi, il me serra un peu mais semblait incapable de me promettre quoi que ce soit à cet instant. Et puis, pourquoi promettre ? Au final, on ne décidait de rien. Il décidait pour nous.

- Je t'aime, Fab. Je vais essayer de toujours être présent, de ne jamais te quitter...

Jared nous prit dans ses bras et nous serra avec force. Ses yeux virevoltaient entre le corps de Papa et celui du jeune couple. Je ne savais pas ce qu'il pensait aujourd'hui, mais peut-être qu'il regrettait le déménagement, finalement. Peut-être que si nous n'avions pas tenté de le fuir, il aurait été moins énervé, moins horrible. Je frissonnais et fermais les yeux mais, aussitôt, deux yeux bleus glace me firent face. J'ouvrais les yeux dans un sursaut et, je sus que mon sommeil me jouerait encore des tours longtemps. La vérité, c'est que j'allais le perdre totalement. Tout comme l'envie de manger. Et, à la place, j'allais m'enfoncer.


[...]

Je tenais avec force la main de mon frère et de ma soeur. Nous étions pour la troisième fois malgré notre jeune âge dans le cimetière de Londres. Je haïssais cet endroit par dessus tout. Je regardais la tombe de ma mère. Le curé faisait son discours mais je n'écoutais pas, il y avait beaucoup de monde.Je gardais les yeux fixés sur le cercueil de mon père. Puis, vint le moment de dire adieu, je laissais ma famille s'avancer avant de m'approcher à mon tour. Je posais ma main sur le nom de mon père gravé sur une plaque en or, puis j'y déposais mes lèvres.

- Tu vas me manquer. Tu me manques déjà tellement. Je ne cesserais pas de t'aimer, jamais...

Je m'approchais ensuite du curé, souhaitant faire un discours. Tous les regards étaient rivés sur moi mais je n'en avais que faire, j'avais la haine et elle devait sortir. Je m'éclaircis la gorge et posais mes yeux sur Abraxas. Parce que oui, ce connard était présent, il avait osé venir. Il était en compagnie d'un homme que je ne connaissais pas. Ils se ressemblaient énormément, on aurait pu les prendre pour des jumeaux. Seule la couleur de cheveux était différente, Abraxas était blond, l'autre était brun. Et il n'inspirait pas confiance. Je ne les lâchais pas du regard, principalement mon oncle.

- Excusez moi mais je voudrais faire un petit discours. Je n'ai rien préparé parce que je crois que c'est avec le c½ur que l'on parle le mieux. Commençais-je, mon regard parcourant l'assemblée avant de s'arrêter de nouveau sur Abraxas. C'est sûrement pour ça que certains ne savent pas parler d'ailleurs. Bref, je m'égare. De toute ma famille, c'était en ma mère que je me reconnaissais le plus. Toujours à rester sur mes gardes. A aimer tout en me protégeant. A ne jamais me confier. A être fier de mon arrogance et de ma répartie. Et tout comme elle, je me suis fais de nombreux ennemis. Je me suis aussi fais à l'idée que notre famille de libres penseurs dérangeait trop. J'ai compris que dans ce monde pourri ou un vieux con de mage noir a décidé de régner, les gens comme ma mère, mon père ou encore Nathanaël, fameuse liste des personnes qui m'ont été enlevées, n'avaient pas leur place. Je sais qui sont les personnes qui ont décidé ceci. Mais je ne le dirais pas. Je suis trop fier, borné et bien d'autres défauts encore... Cependant, ce que ces personnes ont cru s'avère totalement inexact. J'ai perdu la quasi totalité de ma famille. J'en suis triste. Brisé au plus profond de moi même. J'ai dangereusement déraillé. Mais je suis là. Avec trois personnes à venger. Je n'ai plus peur. Je me contrefiche d'avoir mal. Je crèverais ceux qui ont fait ça. Ils pensent nous dissuader, nous calmer. Mais c'est l'effet contraire. Je suis et je resterais fidèle à moi même. Coûte que coûte. Même si la terre entière doit être contre moi.

Mon regard se posa sur la nouvelle tombe de ma famille. Je me promis intérieurement que j'avais déjà trop perdu et que c'était la dernière fois.

- Repose en paix papa, j'assure la relève.

Je revins ensuite près des miens et vis les gens s'avancer vers nous pour partager notre deuil. Les deux hommes s'approchèrent. Alors qu'Abraxas souriait imperceptiblement, l'autre restait impassible. Il ne montrait aucune émotion. Si bien que c'en fut troublant, voire énervant. Je vis Abraxas serrer la main et présenter de fausses condoléances à chaque membre de ma famille et je sentis la rage s'emparer de mon être. Mon Diable intérieur était là et aujourd'hui, ce n'était pas pour me déplaire. Je voyais que Jared, en ce jour, ne voulait pas créer de scandale. Mais, à mes yeux, il n'avait rien à faire là. Sa place était en dehors de ce cimetière ou dans une des tombes, point à la ligne. Il s'avança vers moi et me fixa, tendant sa main. Je le regardais droit dans les yeux avant de fixer sa main tendue, je ne la serrais pas, me contentant de reposer mes yeux verts sur lui. J'étais tellement vide que ma haine ne se voyait même pas, j'apparaissais très calme, aussi dénué d'émotions que l'homme qui accompagnait Abraxas. Cependant, lorsque je m'exprimais, le ton de ma voix était très clair pour tout le monde, aussi froide qu'un glacier, si elle avait pu noyer Malefoy dans sa fraîcheur, elle l'aurait fait.

- Va te faire voir. Je te hais. Vire d'ici.

Abraxas eut un sourire bref, me fixant et, gardant la main tendue.

- Voyons on ne t'as pas appris la politesse ?
- Non c'est quelque chose qui est totalement absent dans mes gènes. Mais tu le sais déjà, non ?

Jared, lui, fixait l'autre homme qui s'avérait être en réalité le frère d'Abraxas et de Johanna : Caius Malefoy. Cet homme était un tueur de renommée appelé "l'ombre". Jared croisa son regard et, instinctivement, sa main droite, entièrement refaite, se crispa. L'homme eut un sourire, il lui fit un signe de tête...

J'observais mon frère, essayant de me contrôler pour ne pas me jeter sur notre oncle, mais Gideon était totalement absent, déconnecté de la réalité depuis la mort de papa. Molly, quant à elle, nous regardait alternativement Abraxas et moi, d'un air inquiet. Ce dernier me sourit.

- Tu crois que je suis coupable ? Souffla t-il dans un murmure afin que je sois le seul à entendre.

Je m'approchais à deux millimètres de lui, après avoir violemment frappé dans sa main pour l'éloigner de moi.

- Arrête de sourire parce que tu risquerais de finir à ton tour dans un cercueil.

Malefoy rigola doucement. Il se tourna ensuite vers son frère qui avait haussé un sourcil en me regardant. Il ne m'avait pas lâché des yeux depuis le début de la cérémonie. C'en était devenu agaçant.

- Si tu crois que tu m'impressionnes, c'est raté. Répliqua Abraxas.
- Si tu crois que je n'en suis pas capable, tu as tout faux. Répliquais-je d'un ton sec.
- Quand je te disais qu'il était impossible que ce gosse évolue, il restera le crétin qu'il est, enfoncé dans son arrogance et ses idées stupides. Dit Abraxas à l'intention de son accompagnateur.

Je soufflais bruyamment et le poussais alors brutalement, incapable de me contenir. Je jetais à peine un ½il à son camarade. Il ne m'intéressait pas.

- Dégage d'ici avec ton sale larbin de merde. Tu n'as pas ta place.

Abraxas tourna ses yeux vers son frère, sa réaction ne tarda pas. Il me regarda avec haine et amorça un pas vers moi.

- Pardon ? Tu me traites de larbin ? Tu es sérieux ? Siffla-t-il avec hargne.

Par chance, mon oncle Jared s'interposa entre lui et moi, le retenant avec force, il lui jeta un regard dégoûté et haineux.

- Ne t'approche pas de lui Malefoy. Fabian a raison, aucun de vous deux n'a sa place ici.

Je posais mes yeux sur Jared, fronçant les sourcils. Ainsi, il y avait un deuxième Malefoy, un deuxième oncle inconnu, je comprenais mieux la ressemblance des deux cons.

- Génial, encore un blaireau dans la famille... Sortez d'ici.

J'avais employé une voix forte pour les deux derniers mots, attirant l'attention de tout le monde et je continuais volontairement avec cette voix.

- Vous n'avez pas votre place dans ce cimetière. C'est clair ? Ou il faut que je traduise dans la langue des débiles ?

Abraxas me fusilla du regard mais il commença à s'éloigner. Caius, lui, n'avait pas bougé d'un poil. Il fixait le vert de mes yeux avec haine, toujours retenu par Jared qui s'entêtait lui aussi.

- Dégage Caius, c'est clair ?

Je regardais l'homme en haussant un sourcil.

- Oui, dégage !

Mais il ne bougeait pas. Molly le regarda attentivement, il lui faisait peur. Elle s'accrocha avec force à mon bras, paniquée. J'augmentais un peu l'étreinte pour rassurer ma s½ur. Puis, je posais de nouveau mes yeux sur Malefoy. Je souris ensuite d'un air moqueur en regardant Jared.

- Il est peut-être sourd? Il a besoin d'autre chose pour comprendre...

Caius se pencha alors vers moi, me frôlant l'oreille et il murmura :

- Fais attention à tes paroles et tes attitudes, Fabian... Je ne suis pas Abraxas, je suis largement pire.

Il s'éloigna ensuite, rejoignant son con de frère. Je levais les yeux au ciel, avant que ses mots ne viennent me frapper de plein fouet, en plein coeur. Son regard bleu s'incrusta dans mon esprit. La voix de Sirius sembla résonner à mes oreilles :

« - Ce n'est pas Abraxas. Il est au dessus. C'est un autre niveau... »

J'assistais à la fin de la cérémonie mais me sentait de plus en plus mal. Je ne me nourrissais pas depuis plusieurs jours et avais des vertiges. A la fin de la journée, en sortant du cimetière, je finis par m'évanouir dans les bras de Molly.

Pas assez forte pour supporter le poids de Fabian, elle le laissa à moitié s'écrouler, maintenant tout de même sa tête. Jared accourut alors, le portant dans ses bras délicatement, tandis que Cécilia, Jamie et Sacha s'occupaient de rester auprès de Gideon.

Ce jour là, en plus d'avoir enterré son frère, Jared fut contraint de supporter une mauvaise nouvelle. Il lui sembla attendre des heures dans le couloir de l'hôpital Ste Mangouste. Il faisait les cent pas, sans arrêt. Mais lorsqu'il vît l'air triste du médicomage, il comprit que ça serait une journée encore plus merdique que prévu. L'inquiétude prit place dans son regard.

- Qu'est ce qui se passe Chase ?
- Ton neveu se drogue Jared...
- Quoi ? Qu'est ce que tu me raconte là ? Tu...
- Ce n'est pas tout.

Chase Crawford, brillant médicomage, affilié principalement aux enfants et adolescents, passa une main dans ses cheveux, hésitant. C'était rare qu'il observe un cas pareil de dépression. Ce n'était même plus de la dépression mais de l'autodestruction.

- Il a plein d'entailles, au niveau des bras. Certaines remontent dans le temps, elles ne sont plus que des cicatrices. Mais d'autres sont neuves. Il y a tous les stades, comme si ça faisait des années qu'il le faisait.

Jared avait des larmes dans les yeux. Sous l'impuissance, il donna de nombreux coups de poing dans le mur le plus proche. Seulement, son ami le retint, le serrant contre lui.

- Calme toi, Jared. Il a besoin de toi. Ainsi que son frère et sa s½ur.
- Personne n'a jamais réussi à calmer ou aider Fabian. Sauf sa mère. Personne d'autre. Comment moi je pourrais faire maintenant qu'ils ne sont plus là ?

Il n'eut aucune réponse. Le remède à l'absence de Johanna n'existait pas. Il fallait qu'il trouve un antidote pour combler ce manque, sachant très bien qu'il ne pourrait jamais totalement lutter contre ce gouffre que créait son absence. Chase regardait attentivement Jared, il semblait perdu. Cependant, il essuya ses larmes et reprit avec une étonnante rapidité un masque de tristesse mesurée. Il braqua son regard sur le sien.

- Qu'est ce qu'il prend ? Comme merde ?
- De l'héroïne. On l'a trouvé dans son sang, il ne la fume pas, il se l'injecte.

Jared passa nerveusement une main sur son visage et sa nuque. Il le fixa à nouveau.

- Pourquoi il prend ça ? Qu'est ce que ça lui fait ?
- Cette drogue provoque rapidement une sensation d'apaisement, d'euphorie et d'extase. Cet effet immédiat de plaisir intense est suivi d'une sensation de somnolence, accompagnée parfois de nausées, de vertiges et d'un ralentissement du rythme cardiaque. Elle agit ponctuellement comme anxiolytique puissant et comme antidépresseur. Quand l'usage se répète, la tolérance au produit s'installe et le plaisir intense des premières consommations diminue. En quelques semaines, le consommateur ressent le besoin d'augmenter la quantité et la fréquence des prises. La vie quotidienne tourne autour de la consommation du produit. La dépendance s'installe rapidement dans la majorité des cas. L'héroïnomane oscille entre des états de soulagement euphoriques, lorsqu'il aura consommé, et des états de manque qui provoquent anxiété et agitation. Des troubles apparaissent très vite, dont l'anorexie et l'insomnie...

L'oncle de Fabian avait du mal à tout digérer, il était inquiet. Et ça se voyait. Chase posa une main sur son épaule.

- Tu as remarqué quelque chose ? Il dort ? Il mange ? D'autres symptômes ?
- Il les a tous. Il est anorexique, il est insomniaque! Mais qu'est ce que je vais faire bon sang...
- Je te promets qu'on va y réfléchir ensemble, tous les trois, d'accord ? En attendant, il veut te voir...
- Il est réveillé ?
- Oui. Il a réclamé son père...

Jared avait les larmes aux yeux.

- Si seulement j'avais pu échanger ma place avec Anton, je l'aurais fais.
- Tu as une femme, Jared.
- Un adulte est plus apte à comprendre et à accepter la mort des siens. Pas des mômes qui perdent leurs proches un à un. Pour eux, c'est injuste, c'est la vie qui s'acharne. Et puis, si on y regarde de plus près, Johanna, Naty, Anton... Je suis le prochain sur la liste...
- En attendant, aide le à guérir, à comprendre qu'il n'y est pour rien, que lui, son frère et sa s½ur ne sont pas coupables, que se détruire ne l'aidera en rien.
- Tu sais, Fabian n'est pas quelqu'un qu'on convainc ou qu'on influence, il n'écoute que lui...

Il s'approcha cependant de la porte et frappa doucement.

J'autorisais mon oncle à entrer. Je le regardais, faisant une vaine tentative pour lui sourire. Il s'avança et prit ma main dans la sienne, la caressant doucement.

- Jaja... Appelais-je d'une voix brisée.
- Oui mon chéri ? Répondit ce dernier en caressant mon front.

Je le fixais, je voulais lui parler, lui dire que je savais mais ses yeux inquiets m'en dissuadèrent.

- Pourquoi il... il veut pas m'aider à dormir ? Je veux une potion de sommeil, je suis fatigué, j'en ai marre.
- Parce qu'il ne veut pas te détruire un peu plus que tu ne l'es déjà. Dans cette potion, il y a des substances qui ne feront que t'enfoncer davantage dans ton gouffre.

Je détournais les yeux, comme honteux.

- Je ne suis plus à ça prêt.

Jared se pencha et enfouit sa tête dans mon cou, me serrant contre lui.

- Je sais que tu es fort, Fabi. Je suis persuadé que tu t'en sortiras. Je ne t'abandonnerais pas, je ne te laisserais pas te tuer. Je t'aime trop pour ça. Je ne lâcherais pas prise. Ta maman a tout fait pour te voir sourire, chaque jour. Je ferais de même.

Je m'accrochais alors à son cou et laissais couler mes larmes.

- Je... j'ai peur. Je t'aime Jaja.
- Je suis là.
- Et si... et si je te perds toi hein ? Je fais comment ?
- Ça ira. Je te dis que tout ira bien. Crois moi, aies confiance.
- En toi oui, en ma famille, mais j'ai pas confiance au reste du monde.

Mon oncle ne répondit pas, certainement parce qu'il me jugeait prudent et juste. Il se contenta de continuer à me serrer et à me bercer doucement, me murmurant des paroles réconfortantes, me faisant des compliments, tentant de me faire remonter dans ma propre estime, durant des heures, jusqu'à ce que je finisse par m'endormir.

Chapitre 6 : Lorsque le masque tombe. 02/06/2013







Je m'en étais plus ou moins sorti. Physiquement tout allait bien, dans ma tête, c'était autre chose. J'avais passé quelques temps à l'hôpital, pour régler mes problèmes. Je vous l'avoue, je n'étais pas fier. Loin de là. J'avais voulu lutter, au début, de toutes mes forces, mais comment se battre lorsque l'on voit nos proches nous échapper un à un ? J'avais sombré. Simplement. L'absence de mon père, ses mots, son sang... ça restait en moi comme si on m'avait forcé à ne plus penser qu'à ça. Et l'homme. Caius. Tant de questions que je voulais lui poser, tant de mal que je voulais lui faire...

Fini la drogue.
Fini le laisser aller.

Je devais me ressaisir. Cela faisait déjà deux mois. Deux mois que mon père nous avait quitté. Et à nouveau, j'étais chez Jared, pour les vacances de février. En un sens, j'avais très peur. A chaque vacances, il y avait eu un mort. Il attendait que nous soyons là. Alors cette fois, allait-il réussir à avoir Jared ?

Nous n'étions pas guéris, l'absence de papa s'était blottie sur notre dos comme un nouveau fardeau à porter. Depuis la mort de maman, notre dos se courbait de plus en plus au fil des années, car, finalement, tout ça était bien trop lourd pour notre jeune âge.

- Tu pourrais au moins faire un effort pour t'habiller, Fabi. On va à la soirée du ministère, costume oblige... S'exclama la voix de Jared depuis le rez de chaussée.

J'échangeais un regard horrifié avec mon grand frère, grimaçant.

- Costume ? Grognais-je

A cet instant, mon oncle entra dans notre chambre et déposa deux costumes sur le lit, noirs et de très bonne qualité. Très beaux. Il avait le sourire jusqu'aux oreilles.

- Beurk.
- Fabi... Soupira Gideon. La tenue négligée ça va deux minutes, je suis sur qu'en plus ça t'ira à merveille.
- Vous êtes vraiment surs qu'on peut pas y aller en jean et tee-shirt ?
- Certain ! Répliqua Jared avec un sourire malicieux.

Je soupirai et commençai à me déshabiller à la suite de mon frère. Seulement, je refusai de mettre la veste de costume noire, me contentant de garder uniquement la chemise blanche, la cravate et le pantalon, c'était largement suffisant. Je fixai mon frère qui se regardait dans le miroir. Ce dernier se tourna vers moi.

- Ça ne me va pas ?
- Disons que ça fait trop sérieux pour la personne qui le porte mais sinon, t'es canon.

Nous échangeâmes un sourire. Depuis combien de temps notre rire n'avait pas résonné ? Avant, nous riions tout le temps, parfois sans aucune raison, un seul regard nous suffisait. Et puis, avant, nous embêtions Molly, nous la surveillons dès qu'un garçon s'approchait d'elle à Poudlard. Un jour, j'avais même cassé la gueule à un garçon qui la regardait de trop près selon moi. Il ne fallait pas toucher notre s½ur. Seulement, tout avait changé.

Molly en souffrait. Elle souffrait de la mort de son père mais aussi de ce changement. Parce que ce qu'elle voulait, c'était qu'ils vivent comme avant, qu'ils s'amusent, qu'ils rigolent... Parfois, elle se demandait si elle était folle, ou si c'était normal. Elle se demandait d'où lui venait ce caractère qui faisait que malgré sa tristesse, elle voulait continuer et surpasser tout ça. Les garçons, eux, étaient différents d'elle. Ils semblaient ne pas se remettre. Ne s'être jamais remis. Depuis leur douze ans. Et là encore, ils ne réagissaient pas de la même façon. Gideon se confiait parfois, ou alors, il se taisait mais sur son visage, sa souffrance transparaissait clairement. Fabian, lui, ne disait jamais rien. Il gardait tout en lui et se défoulait seul. Ou encore, parfois, il devenait agressif avec tout le monde. Et pire que tout, il se détruisait. Mais maintenant, Jared avait un ½il sur lui et il ne comptait pas le lâcher. Il allait l'aider à s'en sortir, coûte que coûte. Il allait faire en sorte qu'il guérisse totalement.

- Tu es magnifique aussi. Dit alors Gideon tout en m'aidant à faire mon n½ud de cravate.
- De toute façon, vous êtes les plus beaux. Sourit Molly qui venait d'entrer dans la chambre.

Gideon se détacha de moi pour la serrer contre lui, caressant ses cheveux.

- Qu'est ce qu'on devrait dire de toi alors...
- C'est clair. D'ailleurs, en parlant de ça...
- Non Fabi, non. Je n'ai pas de petit ami, personne ne m'a agressé ou harcelé, tout va bien. Mais je suis ravie que tu t'en soucies, de nouveau...

J'évitai son regard. Je fis mine d'ajuster ma cravate puis je fixai mon reflet dans le miroir. Mes yeux brillaient, mais heureusement, ils n'étaient pas rouges. Je m'efforçai de faire des efforts, pour ma famille, mais si je m'étais écouté, j'aurais craqué, je sentais que j'avais besoin de me droguer, c'était infernal. Si j'avais su cette dépendance affreuse que ça aurait engendré, je n'y aurais jamais touché. Jamais. J'avais ce besoin de fumer constamment pour m'empêcher de replonger, mais ce n'était pas forcément de la cigarette. Mes pensées se perdirent et, alors que mon frère et ma s½ur étaient sortis, je remarquais que je n'aimais pas du tout cette image que me renvoyait le miroir. Incapable de me contenir, je donnai un puissant coup de poing et la glace se brisa. De toute façon, je n'avais jamais aimé la glace.

- Fabi ? Ça va ? Appela la voix de Cécilia.
- Très bien. J'arrive !

Je jurai à voix basse et serrai ma main blessée, comme si ça pouvait atténuer la douleur. Et pourtant, elle saignait, semblant vouloir me vider de son sang. Je me rendis dans la salle de bains en vitesse et laissai couler l'eau abondamment sur ma blessure. Ce n'était qu'une entaille, mais assez profonde. J'attendis que le sang cesse de couler et descendis rejoindre les autres, souriant.

- Tout va bien ? Demanda Jared, fronçant les sourcils.
- Oui, oui.
- Toujours le même qui se fait attendre. Provoqua Molly.

Je me contentai de lui tirer la langue, pour une fois, je n'avais aucun argument pour la contredire, car elle avait totalement raison. Jared me fixa intensément avant de prendre la main de Molly et Gideon tandis que Cécilia prenait la mienne. Nous transplanâmes. La sensation de compression que j'éprouvai était horrible, même lorsque nous étions habitués, on ne s'y faisait jamais vraiment faut croire. Nous atterrîmes au c½ur de Londres. Nous suivîmes Jared dans les toilettes publiques, étant habitués à venir à cet endroit, nos parents et nos deux oncles travaillant au ministère. Nous entrâmes chacun dans un wc, tirâmes la chasse pour atterrir directement dans le hall. J'avais toujours trouvé cet endroit splendide, immense, mais trop rempli de luxe à mon goût. C'était mon rêve de venir travailler ici, d'y avoir mon bureau, comme mon père. Cependant, j'hésitai entre deux voies, soit auror, comme mes parents, soit dans le département de la justice magique, j'aurais aimé en être le directeur, comme mon oncle Jared. La justice était à mes yeux une vraie valeur, à ne pas bafouer. Ce soir plus que jamais, le ministère était magnifique. Ils avaient installé un petit bar, dès que quelqu'un prenait un verre, un autre apparaissait sur le comptoir. Chaque table comportait les noms de famille, il y avait assez de chaises, tout était calculé. C'était... magique. Et rempli de monde. Beaucoup discutaient, riaient, une douce musique de fond accompagnait le tout. En entendant une discussion, je ne pus m'empêcher de sourire, même ce soir certains trouvaient le moyen de discuter boulot. Ce ne fut pas le cas de Jared qui remis doucement un collègue à sa place en lui précisant qu'il était en vacances. Alors, je l'aperçus. Un sourire prit place sur mes lèvres.

- Mais c'était qu'un verre ! Protestait Sirius Black face à son père.
- Tu as quinze ans, Sirius !
- Merci du renseignement, j'étais pas au courant... Grommela le jeune Black.

Son père le fusilla du regard et alors, Sirius fit profil bas. Ses yeux aciers se tournèrent vers moi, un sourire en coin apparut sur ses lèvres. Avant que je ne puisse m'approcher, je fus détourné par un puissant coup d'épaule. Je grognai.

- Putain mais vous pouvez pas regarder ou...
- Excusez m...

Je m'arrêtai net dans ma phrase et le garçon qui me faisait face aussi. Je regardai mon ennemi avec un petit sourire aux lèvres. Heureusement pour lui qu'il y avait trop de monde, sinon Dolohov serait certainement déjà mort. Ou du moins, bien amoché. Mais nous n'étions pas dans les couloirs de Poudlard et Jared m'avait ordonné de bien me tenir pour une fois. Antonin, lui, me fusillait du regard.

- Tiens Prewett ! Étrange que je ne t'ai pas aperçu avant, vu comment ta tête est enflée...
- Oh, Dolohov, étrange que je ne t'ai pas senti vu l'odeur que tu dégages !
- Cesse de faire le malin, Prewett. Tout finira par te retomber dessus.
- Oh et tu vas faire quoi ? Me rentrer dedans ? Un jour tu y arriveras peut-être , mais pour l'instant, retourne à l'entraînement...

Pour la première fois depuis deux mois, Gideon avait éclaté de rire. Ça semblait lui faire tellement de bien qu'il ne parvenait pas à s'arrêter. Il rit jusqu'à en avoir mal au ventre et les larmes aux yeux. Dans la fête, deux personnes ne lâchaient pas son petit frère du regard, deux adultes, mais il ne le remarquait pas. Il encercla la nuque de son frère avec son bras, le rapprochant de lui, faisant de même avec Molly. Cette dernière fixait Dolohov avec un petit sourire. Ce serpentard était odieux avec elle. Elle ne pouvait que savourer ce moment. Lucius Malefoy s'avança alors vers eux, posant une main sur l'épaule de son ami.

- Antonin, laisse tomber. Ne te gâche pas la soirée pour... ça.

Hargneux, je m'avançai, poing armé. Mon frère me retint avec force, en entourant mon cou de son bras. Tandis qu'à la table la plus proche, Abraxas Malefoy s'était levé d'un bond. Il fut retenu à son tour. Par l'homme qui l'accompagnait à l'enterrement de mon père. Son grand frère. Caius Malefoy. Je considérai un instant les deux hommes, mon c½ur ratant un battement. Puis, j'essayai de garder mon calme et posai sur Lucius un regard glacial et un sourire ironique.

- Oh, c'est vrai, papounet est là si y a le moindre problème...
- Je n'ai pas besoin de lui, Prewett. Et tu le sais parfaitement... Tu veux encore tester peut-être ?
- Tester quoi Malefoy ? Ta force de microbe ?

Lucius, sans me lâcher du regard, me saisit violemment ma main blessée. Ce connard avait l'oeil quand il s'agissait de voir mes blessures. Je m'empêchai toute réaction, laissant apparaître un sourire en coin.

- Que c'est impressionnant... Ironisais-je.
- Ferme là Prewett. Un jour, on aura notre vengeance, tu tomberas et tu chialeras comme une merde.
- Tu m'as déjà vu faire ça ? Répliquais-je
- Moi non. Mais mon père...
- Ton père n'est qu'un blaireau, creux et moche en prime. Répondis-je, bien plus fort que je ne l'aurais souhaité.

La famille Black s'était tournée vers nous, ainsi que Cécilia et Jared qui étaient, jusqu'à présent, en train de discuter avec des collègues. Abraxas et son frère me fusillaient du regard. Alors que le premier faisait un pas, Jared lança d'une voix forte : « Fabian, viens ici ». Seulement, je n'aimais pas perdre, j'affrontais les yeux de Lucius sans ciller, attendant patiemment qu'il daigne me lâcher et dégager, sous le regard attentif d'Abraxas, de Caius et des Black. Sirius souriait. Marcus Dolohov, qui venait d'arriver, fronça les sourcils, incompréhensif.

- Fabian... Souffla Gideon.
- Nous sommes là pour passer une bonne soirée Fabi... Murmura Molly.

Un rire glacial retentit, laissant place à un silence total et faisant tressaillir certaines personnes, notamment Molly. Je me contentais de poser mes yeux verts sur ceux, bleus glace de Caius Malefoy.

- Quelle autorité chez les Prewett, c'est époustouflant...
- On se passe parfaitement de tes commentaires, Malefoy. Répliqua Jared en essayant en vain de me séparer de Lucius.
- Je disais juste qu'un jeune homme comme lui ne se serait jamais permis un tel irrespect sous mon toit...

J'éclatai de rire, intensifiant davantage encore le silence. Molly me donna un coup de coude. Elle l'avait reconnu, il lui avait fait si peur à l'enterrement de papa. Elle ne comprenait pas comment je pouvais rester impassible. La vérité, c'était que je lui avais assez fais face pour pouvoir masquer ma crainte. Nos yeux ne se lâchaient pas.

- Qu'est ce qu'il a de si particulier votre toit, monsieur Malefoy ? A part qu'il semble puer la prétention ?

A cet instant, Gideon et Abraxas eurent la même réaction. Ils semblaient suivre un match de tennis, vous savez, ce jeu moldu ou à l'aide de raquettes, deux personnes s'envoient la balle en essayant de marquer des points? C'était exactement ça. Ils tournaient alternativement la tête vers l'un et l'autre, en haleine, inquiets, pour voir qui allait gagner.

- Il est stable. Et le respect et l'obéissance y font bonne mesure. L'arrogance en est totalement bannie...

Léger clin d'oeil à notre avant dernière rencontre sur ma soit disant « insupportable arrogance ». Je ne m'étais pas trompé. Je l'avais en face, à visage découvert cette fois et à armes égales : notre simple parole.

- Pourtant, en connaissant deux membres de votre famille, je pourrais juger que l'arrogance est l'un des traits qui les caractérise au mieux, vous ne croyez pas ?
- Une arrogance mesurée, une arrogance que les parents, sous leur toit, sont censés contrôler. Mais c'est vrai que tu ne peux plus comprendre ça, étant donné que tu n'as plus de toit...

Mon coeur s'effrita, brisé, mais je gardais, comme d'habitude, une carapace de froideur qui masquait tout. Comment osait-il parler ainsi? Pour qui se prenait-il? Mon grand frère me fixa avant de braquer un regard haineux sur Malefoy. Les yeux de Molly, eux, se remplirent de larmes. Elle attrapa mon bras et me supplia de la suivre.

- Laisse... Murmura t-elle. S'il te plaît...

Seulement, je ne quittais pas Malefoy du regard. Ce dernier non plus. Il s'empêchait de sourire, il savait qu'il m'avait fait mal. Et moi, je n'étais pas décidé à le laisser gagner, loin de là. Aujourd'hui, nous étions au même niveau et j'allais lui prouver qu'il était loin d'être plus fort.

- Mais c'est vrai que, toit ou pas, c'est identique chez les Prewett...
- Que voulez vous dire par là ? Répliquais-je. Vous savez, je remarque que vous maniez bien les mots, toujours de très belles paroles, mais la théorie, c'est toujours simple...
- Qu'est ce que ça signifie ?

Jared était inquiet, il me regardait et m'implorait silencieusement de tracer ma route. Car oui, l'homme que j'avais en face était dangereux pour quiconque le provoquait. Et mon oncle Jared le savait parfaitement, car sa main ne s'était pas évaporée toute seule. Seulement moi, je n'aimais pas laisser croire à quelqu'un qu'il était un minimum supérieur à moi. Je m'avançai et fis mine de chercher quelqu'un à la table des Malefoy avant de le fixer à nouveau, à quelques centimètres de lui.

- Ou sont donc vos enfants monsieur Malefoy?

Il sembla se fermer. Il me regarda avec haine soudain et je reconnu l'intensité de son regard. Il n'aimait pas perdre, comme moi, et je l'avais bien compris. D'ailleurs, je souris.

- Je vois... Vous n'en avez pas. Le jour ou vous aurez l'occasion de mettre en application vos belles théories, vous me ferez signe. Et vous me direz que, finalement, ce n'est pas si simple qu'il vous l'a semblé. Même si, j'en suis sur, vos remarques partaient d'une bonne intention...

D'un coup, Caius se leva, me faisant instinctivement reculer d'un pas. Nos yeux ne se lâchaient pas.

- J'ai eu un enfant. Murmura t-il sans pour autant laisser paraître aucune tristesse.
- Et moi, j'ai eu des parents. Des parents qui m'ont donné de l'amour avant de me demander du respect.
- A mes yeux, ce n'est pas ainsi que ça fonctionne.
- Mais ma famille se contrefiche totalement de ce que vos putain d'yeux veulent voir.
- Fabian. Siffla Jared.

Caius ne cessait de me fixer avec haine mais il esquissa un sourire.

- Tu veux toujours avoir le dernier mot, tu es constamment sur la défensive alors que je me suis simplement permis de dire la vérité et d'observer un fait : Jared n'a aucune autorité sur toi. C'est la deuxième fois qu'il t'appelle et que tu ne lui accordes aucune importance. Je doute de sa capacité à assurer la relève de tes parents...
- Et moi je doute de votre capacité à être un bon observateur.
- Oh, aurais-je tort ? Sourit Caius.
- Sur toute la ligne. Il a plus d'autorité que n'importe qui sur moi, seulement voilà, des fois, j'ai des têtes à claque en face et j'aime bien m'amuser à les enrager...

Sur ces mots, je me détournai de Malefoy, ne m'attendant pas le moins du monde à ce qu'il m'attrape par le bras et, sans forcer, m'oblige à me retourner. Pensant que je l'avais dérouté, je le fus moi lorsque j'aperçus un sourire sur ses lèvres.

- Tu as aussi tort sur toute la ligne. Tu ne m'enrages pas, tu me divertis. Quant à l'autorité, permets moi d'en douter, étant donné qu'il semble aussi désespéré que moi par la tête de mule que tu es. Sincèrement, n'es-tu pas fatigué d'épuiser les tiens ?

Il me lâcha ensuite pour se diriger vers le bar et prendre un nouveau verre. J'échangeai un regard avec Gideon tandis que Lucius souriait.

- Et lui, il n'est pas fatigué de s'épuiser tout seul ? J'ai jamais vu quelqu'un parler autant dans le vide...

Jared m'embarqua vivement par le bras et heureusement, car Malefoy avait tourné vers moi un regard assassin qui me fit froid dans le dos. Mon oncle m'entraîna dans un coin avant que la soirée ne se termine en bagarre générale déclenchée par mes soins. Il me fit face, l'air sévère. Je me mordis la lèvre inférieure mais le fixai intensément.

- Je sais Jaja, je suis désolé mais c'était trop...
- Tentant ? Répliqua Jared avec colère.
- Euh... ouais. J'ai rarement un adversaire aussi fort... C'était plutôt amusant !
- Amusant ? Gronda Jared. Parce que tu ne sais pas qui tu as en face, Fabian !
- Oh mais si je le sais, Jared. Sifflais-je d'une voix que je reconnus à peine.

Il fut surpris par mon ton et me fixa, les sourcils froncés. Je ne le lâchais pas du regard et il comprit.

- Tu crois qu'il a gardé ta main en souvenir ou pas ? Crachais-je avec mépris.
- Il va falloir qu'on parte. Murmura t-il.
- Je n'ai pas l'intention de fuir sous prétexte qu'il est là.

Il me fixa et me serra contre lui dans une étreinte ferme que je ne compris pas, on aurait dit qu'il avait peur que je lui échappe. Nous restâmes un long moment comme ça, isolés, seuls et je commençai à m'inquiéter de sa santé. L'avais-je blessé ?

- Tu ne sais qu'à moitié.

Je le serrais un peu plus et approchai ma bouche de son oreille « alors dis moi la suite... » soufflai-je. Il caressa doucement mon dos mais resta silencieux. Je soupirai, était-ce grave au point que malgré le nombre de morts de ma famille, il continuait à garder le silence ? J'observai l'homme, ne le lâchant pas des yeux, jusqu'à ce que je reçoive une mini claque.

- Hé ! Protestais-je
- Ne regarde pas cet homme, ne lui répond pas, ne lui parle pas. Ignore le, tout simplement. Je suis clair ? Gronda Jared.
- Très. Soufflais-je, ayant rarement vu mon oncle si en colère.

[...]

- Fabi ! S'exclama Sirius en accourant. Comment vas-tu ? Bravo pour tout à l'heure mec, ce gars là, y a personne qui va lui chercher des noises c'est moi qui te le dis...
- Je vais bien et toi ?

Je le regardais intensément et m'approchais, soufflant à son oreille « Tu te souviens de ce que tu m'as dis dans la cabane hurlante, avant de repartir à Poudlard ? Sur Abraxas ? » Il me fixa, fronçant les sourcils et sembla réfléchir.

- Que ce n'était pas lui, parce que le niveau était supérieur...

J'acquiesçais doucement sans le lâcher du regard. Il fronça soudain les sourcils et blanchit d'un seul coup.

- Tu déconnes là ?
- Non...
- Ouille.
- Tu le connais ?
- Ben... un ami à mon père quoi... Murmura t-il. Dans toute sa splendeur, un fou furieux très dangereux. Enfin, impossible à décrire. Je ne lui avais jamais répondu... ça aide finalement, les masques... Songea t-il.
- Sirius... Je viens de me foutre dans la merde, non ?

A cet instant, Gideon et Molly s'approchèrent de nous, mon frère sautant à moitié sur Sirius. On discuta durant un long moment, mais je voyais que mon ami ne cessait de me jeter des coups d'oeil inquiets. Il le connaissait. Et il savait que j'étais tombé sur un morceau. Je le vis soudain regarder autour de lui d'un air méfiant.

- Je vais pas tarder à aller m'asseoir, je risquerais de finir la tête dans le plat sinon... Je suis affamé en plus !
- T'as pas maigri toi en quinze jours ? S'étonna Gideon.

A la phrase de mon frère, j'observai plus attentivement mon ami. Ce dernier évita soudain mon regard. Gideon avait raison, il avait les joues creusées et semblait ne pas avoir dormi depuis un bout de temps.

- Ne m'en parle pas ! Et pourtant je t'assure que je fais que bouffer !
- Sirius, père et mère t'appelle, nous devons nous installer...

Regulus, le petit dernier de la famille Black semblait glacial et hautain. Il ne nous regarda même pas.

- Trace ta route toi ! J'arrive, pas besoin qu'on m'escorte ! Répliqua agressivement Sirius.

Son frère s'éloigna non sans l'avoir fusillé du regard. Molly regarda tristement Sirius. Ce dernier lui caressa doucement la joue.

- T'es de plus en plus jolie à chaque fois que je te vois toi... Sourit-il.
- Pas touche Black sinon je mords... Répliquais-je en faisant mine de grogner.

Nous éclatâmes de rire avant que Gideon ne reprenne un air de démon.

- Et moi j'étrangle...
- Bon, sur ce, je vais aller manger... Annonça Sirius.

Nous rigolâmes de nouveau tandis que Sirius s'éloignait en nous faisant un petit signe de la main. Lorsqu'il s'assied, il évita soigneusement le regard de son père qui le fixait d'un air haineux, face à lui.

- Tu parlais avec la même sous-merde que j'ai en face, qui se ressemble s'assemble... Ce proverbe serait-il véridique ?

Sirius garda les yeux baissés. Regulus, lui, les regardait alternativement, voyant bien que même si son grand frère ne le montrait pas, les paroles de leur père lui faisaient mal. Elles le faisaient souffrir. Il s'éclaircit la gorge.

- Père, puis-je avoir la salade s'il vous plaît ? Demanda t-il, d'un ton neutre.

Le regard de son père continua un instant de fusiller Sirius avant de se détourner pour accorder toute son attention à son plus jeune fils.

- Qu'as-tu dis ?
- J'aimerais avoir la salade s'il vous plaît. Répéta le jeune garçon, perdant de son assurance sous son regard.

Orion lui transmis alors le plat, sans s'apercevoir que cette requête avait été volontaire. Regulus avait juste voulu détourner son père de Sirius. Le problème, c'était que ses petites actions semblaient tellement insignifiantes à côté de ce que son frère subissait chaque jour, que du coup, Sirius ne s'apercevait jamais que parfois, son petit frère tentait tant bien que mal de l'aider.

[...]

Nous nous installâmes à table pour manger. Les plats se remplirent aussitôt que nous fûmes assis. J'échangeais un sourire avec mon frère et ma s½ur, grimaçant en remarquant les verres en or. Je regardai mon oncle.

- Hé Jaja, dis moi tu bosses chez les bourges...
- Fabi. Réprimanda mon oncle.

Gideon éclata de rire. Sans être pauvres, nous avions toujours été habitués à la simplicité. La seule folie avait été la piscine creusée, mais tout ce qu'avait contenu notre maison était joli tout en étant bon marché. Nous n'aimions pas le luxe. Pour que nous mettions un costume, il fallait presque nous rémunérer, Gideon et moi. Molly, elle, aimait les choses originales, qui sortaient de l'ordinaire, elle portait tout ce que les autres n'auraient jamais porté. Des robes à couleurs voyantes, des pantalons colorés avec hauts colorés, des choses qui n'allaient pas ensemble mais qui ne faisaient que la rendre plus jolie. C'était ainsi qu'elle sortait du lot. Et que, parfois, elle déplaisait aux autres filles. Ainsi qu'aux Serpentards qui la traitait de clocharde. Mais ils pouvaient toujours essayer d'atteindre son moral, c'était quasiment impossible. Elle ignorait les insultes et surpassait tout ça, parce qu'elle était bien plus intelligente. Si l'on devait comparer notre famille à la famille Malefoy, on pouvait dire qu'un monde les séparaient. Et plus encore. Tout ce que les Malefoy aimait : le luxe, le pouvoir, la magie noire, la reconnaissance, était totalement dépourvu d'intérêt à nos yeux et inversement. Lorsqu'on parlait de justice, de simplicité, d'amour, d'honnêteté, les Malefoy n'y connaissaient rien.

- Il n'a pas tort, des verres en or quoi...
- Et si vous profitiez de la soirée vous deux ? Répliqua Cécilia.
- Mais on en profite tu sais, on aime bien critiquer. Sourit Gideon en mangeant sa salade.

Je souris, j'ébouriffais doucement les cheveux de ma s½ur. Mon oncle me fixa.

- Tu devrais manger un peu Fabi.
- J'ai pas faim.
- Juste la salade, s'il te plaît.

Je soupirai mais je commençai tout de même à manger, jusqu'à que je sente que mon estomac était à la limite. Je reposai ma fourchette et souris à mon oncle. Ce dernier semblait rassuré que je mange de nouveau peu à peu.

- Pfou, j'aime pas le vin...
- A ton âge tu ne dois boire que de l'eau. Répondit innocemment Jared.

Gideon éclata carrément de rire ainsi que Cécilia et Molly.

- Houla tu as loupé beaucoup d'épisodes, Jaja !
- Il a quinze ans !
- Et il a déjà testé la bière et le whisky crois moi. Sourit Gideon.
- Sérieusement, quel exemple lui as-tu transmis Gid ? Réprimanda faussement Jared alors qu'il buvait tranquillement son verre de vin.

Cécilia posa sa main sur la sienne, le regardant avec un sourire.

- Tu veux qu'on en discute ou ça ira ?
- Je pense que ça ira...

J'éclatai de rire avec Gideon tandis que Molly souriait de plus belle.

- Tu as des choses à cacher ? Rigola t-elle tout en mangeant.
- Oh oui, il en a ! Comme par exemple le fait de comparer un ancien professeur de Poudlard à son grand père, lui disant que lui aussi s'appelait Rufus et qu'il était très con et tu as dis quoi ensuite ? « Comme vous en fait »...
- Ne leur raconte pas de telles bêtises voyons...
- Ça ne nous ait encore jamais arrivé ! Protesta Gideon.
- Y a pas intérêt à ce que ça t'arrive... Tu verrais comment mon père m'a reçu. Encore heureux que je ne l'ai pas comparé à lui.
- Tu aurais pu. Répondis-je.

Je m'étirai sur ma chaise et croisai le regard de la femme d'Abraxas Malefoy. Cette dernière me sourit imperceptiblement avant de se concentrer sur son mari, posant sa main sur la sienne, écoutant Caius qui semblait parler d'un air sérieux. J'aurais aimé être une petite mouche pour écouter. Quelle genre de conversations pouvait-il avoir ? Sans me l'expliquer, j'étais totalement incapable de détourner mon regard et mon attention de cet homme. Il y avait en lui quelque chose qui m'attirait ou qui semblait m'appeler. Et, comme si c'était évident, comme s'il le sentait lui aussi, Caius se tourna pour poser son regard sur moi. Sans le lâcher des yeux, j'attrapai mon verre. A cet instant, un elfe de maison passa.

- Monsieur ? Que voulez vous ?
- Un whisky s'il te plaît.
- Fabi !
- Ça va, je vais pas être bourré avec un verre !
- Ça commence par un et puis ça ne se termine jamais.
- Ne t'en fais pas, je n'irais pas insulter mon professeur de con. Me moquais-je.

Jared leva les yeux au ciel avant de sourire. Il s'aperçut que Caius ne me lâchait pas des yeux, il lui lança un regard assassin. Il esquissa un mouvement pour se lever mais Cécilia le retint, le fixant.

- Laisse tomber, d'accord ? Lui murmura t-elle afin que Gideon et Molly n'entendent pas.
- Je ne vais pas le laisser nous pourrir la soirée.
- Dans ce cas, laisse le dans son coin, ignore le et profite. Tu sais à quel point il est dangereux...

Quant à moi, je m'efforçai d'ignorer la présence de ce connard d'assassin. Jared grogna mais il obtempéra. Il s'assura alors de nous garder près de lui, on ne savait jamais. Durant le repas, la joie fut au rendez vous, revenant petit à petit. Avec mon frère nous nous amusions à embêter Molly, jusqu'à ce que Cécilia interviennent pour la défendre. Jared, lui, chambrait tout le monde, ce qui finit par se retourner contre lui.

- Hé ça suffit là ! Stop !
- Tu as entendu un truc Gid ? Narguais-je.
- Non et toi ?
- Non plus, Molly ?
- Idem, le silence total.
- Vous allez vous calmer oui ?

Cécilia, elle, était hilare. Elle adorait embêter son mari, et par dessus tout, elle aimait nous voir heureux tous les quatre.

- Calmer ? Je ne connais pas ce mot...
- Fabian, tu vas finir dans la fontaine... Menaça Jared.
- Ouuuuuuuuh... Répondis-je, faisant mine de trembler.

A la fin du repas, juste après le dessert, le ministre fit son éternel discours. Il regardait la salle d'un air bienveillant. Tout le monde l'écoutait attentivement tandis que Gideon commençai une bataille de fourchette avec moi. Comme s'il tenait une épée. Jared n'y fît pas attention, il était tellement habitué à nos bêtises. Des gens nous regardaient cependant, certains souriaient, d'autres semblaient indignés, d'autres nous admiraient ou alors nous regardaient d'un air assassin. C'était le cas des Malefoy et des Black. Tandis que Sirius cachait son sourire.

A la table des Malefoy, le sujet était des plus intéressants...

- Qu'est ce qu'ils sont débiles. Dit Lucius avec mépris.
- Lucius ! Réprimanda sa mère.

Abraxas la regarda en haussant un sourcil. Caius les observa tous les deux alternativement.

- Ben quoi ? Tu as vu sa façon de parler ? Logiquement, tu l'aurais réprimandé...
- Logiquement, oui. Mais là, il...
- Je suis d'accord avec ta femme. Coupa Caius.
- Et tu n'es pas mon père. Répondit Abraxas en le fixant.

Son frère haussa un sourcil, tellement haut qu'on aurait pu croire qu'il allait disparaître de l'autre côté. Abraxas soupira et posa ses yeux froids sur Lucius. Ce dernier baissa le regard et se mordit la lèvre.

- Désolé. C'est juste que... je les déteste.
- Je comprends. Répondit son père. Mais reste droit et poli.
- Qu'est ce que tu détestes chez eux, Lucius ? Interrogea Caius en le regardant droit dans les yeux.
- Leur arrogance, leurs provocations, leur traîtrise, leur façon d'avoir confiance en eux, d'avoir constamment le dernier mot, de parler facilement avec les gens. Et puis ce c... traître de Fabian m'avait poussé de la barque dès le premier jour, alors que nous n'étions même pas arrivés à Poudlard.
- Sérieusement ?
- Oui.
- Comme ça ? Sans raison ?
- Il a protégé Black.
- Sirius ?
- Lui-même.

Caius échangea un regard avec son frère. Une chose était sure : il haïssait les traîtres par dessus tout.

[...]

L'orchestre débuta alors. Beaucoup de personnes étaient sur la piste, notamment Cécilia et Jared qui savaient danser à la perfection. Molly les regardaient avec un sourire rêveur. Gideon leva les yeux au ciel.

- Tu veux y aller ?
- Pfff, je ne sais pas danser... Râla t-elle.
- Et tu peux m'expliquer ce que t'en as à foutre ? Répliquais-je. C'est pas un concours, tu danses comme tu veux !

A cet instant, James Potter débarqua, une perruque rose sur la tête, tout sourire.

- Salut les zamis, bien ou quoi ?
- Très bien James et toi ?
- Tranquille ! Vous n'avez pas vu Rus' ?
- Si, sûrement à sa table, à moins qu'il ait réussi à s'esquiver.
- Pff son père est tellement débile, et encore le mot est faible.

Il avait soudain employé un ton haineux que mon frère et ma soeur ne comprirent pas vraiment. Je l'observai en train de s'approcher discrètement de la table des Black, dans le dos du père de Sirius. Sirius semblait communiquer silencieusement, uniquement par le regard. Ils étaient forcés de s'ignorer pour qu'il reste entier... Je ne pus m'empêcher de regarder Orion Black avec haine, comment pouvait-on être si con ? Et alors que j'étais perdu dans mes pensées, je fus happé de ma chaise par mon grand frère qui m'entraînait droit vers la piste de danse. Un sourire se dessina sur mes lèvres. A cet instant, nous croisâmes un garçon roux qui sourit à Molly. Cette dernière lui répondit par un sourire un peu gêné. J'échangeai un regard éloquent avec mon grand frère, signifiant « qu'est ce qu'il veut lui ? » Je suivis le jeune homme des yeux jusqu'à ce qu'il disparaisse totalement de mon champ de vision. Molly me donna un coup dans le torse avant de lever les yeux au ciel.

- Bah quoi ?
- Tu sais Fabi, un jour je construirais forcément ma vie, j'aurais un mari, des enfants...
- Attends que je sois mort va.

Gideon éclata de rire tandis que Molly prenait un air sévère, les mains sur les hanches.

- Non ! J'ai bien l'intention que tu connaisses mes enfants et que tu sois leur parrain ! Tout comme Gid !
- On en est pas encore là, Dieu soit loué. Dit malicieusement Gideon.
- Méfie toi, ça pourrait arriver plus vite que prévu. Répondis-je en me mettant à grogner.
- C'est fou ce que vous pouvez être vieux jeu ! S'indigna notre s½ur.

Avec un sourire malicieux, elle ajouta « Si vous saviez tout ce que j'ai déjà fais... ». Gideon la fusilla du regard tandis que je lui répondais un vif « Ta gueule », démarrant au quart de tour. Elle éclata de rire avant de se blottir contre nous et de nous serrer fort.

- Si vous saviez à quel point je vous aime...
- Et si tu savais à quel point c'est réciproque. Répondit Gideon avec un grand sourire.

Nous nous éclatâmes véritablement, dansant sans jamais nous arrêter, à notre façon bien sur. Notre famille ne suivait pas de règlement. Contrairement à d'autres familles de sang pur, qui, elles, faisaient tout pour que leurs enfants soient parfaits, leur apprenant la danse, la façon de se tenir et parfois même le genre de conversations qu'il fallait avoir en public. Mon père, Nathanaël et Jared s'étaient totalement détachés de ce genre d'apprentissage, fuyant leur maison et mon grand père à la première opportunité. Soudain, une main se posa sur mon épaule, je me tournais et apercevais Jamie. Je faillis lui sauter dessus de joie mais me contenais en voyant son père à ses côtés, je le serrais tout de même dans mes bras.

- Jam ! Tu vas bien ?

Il sourit et caressa doucement mon dos, m'étreignant amicalement.

- Oui et toi ? Souffla t-il.
- Je suis content de te voir ! M'exclamais-je.

Il salua ensuite mon frère et ma s½ur qui ne réfléchirent pas autant que moi et hurlèrent leur joie, lui sautant à moitié dessus. Je m'avançai vers Sebastian, pas très à l'aise et le regardai droit dans les yeux.

- Bonsoir. Soufflais-je.

Il inclina légèrement la tête sur le côté et esquissa un bref sourire, mais au moins, pour la première fois, il m'avait sourit.

- Bonsoir Fabian, comment vas-tu ?

J'étais plus qu'étonné, et, je crois que cela se vit, mais dans son regard j'aperçus comme une lueur de respect et de compassion. Je crois qu'il avait eu de bons rapports avec mon père, au sein du ministère. Il aimait le travail bien fait. Mon oncle et mon père étaient de ceux qui se donnaient à fond dans ce qu'ils faisaient.

- Bien. Et chez vous ? Demandais-je, poliment.
- Tout va pour le mieux, merci.

C'était la plus longue conversation que j'avais eu avec Sebastian Harris. Et j'étais fier d'avoir tenu aussi longtemps. Ironie quand tu nous tiens... Plus doué encore, je le regardais avec un grand sourire.

- Vous enverrez le bonjour à votre femme.
- Je n'y manquerai pas, Fabian. Passe une bonne soirée et dis à mon fils qu'il ne tarde pas, je l'attends à notre table...

J'acquiesçais vivement. Gagné, il m'aimait bien, je le savais. Évidemment, ça ne sautait pas aux yeux, mais lorsqu'on savait qu'il se comportait de la même façon avec son propre fils, on pouvait comprendre. Je m'empressai d'aller retrouver les miens mais me figeai en voyant Sebastian serrer vivement la main de Caius Malefoy. Le pire, c'était leur sourire sincère. Ils s'appréciaient. Une envie de vomir m'assaillit. Mais alors, Jamie me sauta dessus, tout en regardant autour de lui.

- Pfiou tu m'as sauvé, il ne voulait pas me lâcher aujourd'hui ! Épuisant ! Si tu savais la boulette que j'ai fais...

Mais je ne l'écoutais pas et il s'en aperçut rapidement. Plusieurs fois, il me secoua mais il finit par suivre mon regard.

- Il s'est passé un truc avec mon père ? Demanda t-il, inquiet.
- Non. Tu connais l'homme avec qui il discute ?
- Fabian... c'est l'adjoint du ministre ! Caius. Murmura t-il, très bas.
- L'adjoint du...

Il plaqua une main sur ma bouche et me fixa avec les sourcils froncés, il m'entraîna dans un coin isolé.

- T'es bizarre. Dit-il en croisant les bras. Qu'est ce qui se passe ?
- Deux yeux bleus glace, un homme arrogant et imbus de lui-même, qui n'a jamais douté de lui et ne doutera jamais de lui, quelqu'un d'important et de fort, admiré de tous alors qu'il n'est qu'un sale connard de merde...
- Fabian ! Chuchota t-il. Fais attention à ce que tu dis putain !
- C'est lui, Jam. Murmurais-je, si bas que je m'entendis à peine.

Mon meilleur ami fronça les sourcils, il tourna son regard vers la table des Malefoy ou son père et Caius discutaient tranquillement d'un air bienveillant.

- Non, c'est impossible, Fabian...
- Jared me l'a affirmé.
- Caius Malefoy, un tueur ?
- Le pire qui soit, je t'assure...

A cet instant, une ombre sembla nous recouvrir. Je tournais la tête et croisais deux yeux bleus glace. Caius me fixait intensément, sans me lâcher des yeux.

- Jamie ? Ton père t'attends à votre table. Annonça t-il sans même le regarder.
- Oui. Ajoutais-je en tournant mon regard vers mon meilleur ami. Il m'avait dit de te dire de ne pas trop tarder...
- Je crois que Gideon a fait un signe en ta direction, Fabi... Mentit mon meilleur ami. Merci monsieur Malefoy. Ajouta t-il avec un sourire avant de s'éclipser.

Je tournais alors mon regard vers Caius et ne le lâchais pas. Il faisait de même, si bien que c'en était troublant. Je semblais aussi important pour lui qu'il ne l'était pour moi. Pourtant, moi, tout ce que je voulais, c'était le voir souffrir et mourir. Incapable de me maîtriser, de garder ma rancune pour moi, je le provoquais, voulant lui faire comprendre que j'avais un point d'avance, que j'avais compris qu'il était l'assassin.

- Ces Malefoy m'épuisent, j'en ai plus qu'assez de voir cette arrogance dans leurs yeux bleus...

Il me fusilla du regard et, à l'abri des yeux curieux, me poussa contre le mur, il enserra ma nuque de sa main tandis qu'il se collait entièrement à moi. Je me sentais mal, le visage dans son cou. Il frôla mon oreille de sa bouche.

- Je suis fier de ta perspicacité, Fabian... Et maintenant ?
- Maintenant quoi ?
- Tu n'as aucune idée de la raison pour laquelle je suis entré dans ta vie ?
- A part celle de me faire chier, aucune, non. J'hésite entre te dénoncer et te tuer de mes propres mains par contre...

J'eus le temps d'être giflé et de me faire étrangler à moitié avant qu'Abraxas n'arrive. Devant la scène, il écarquilla les yeux et, étonné, je le vis nous séparer.

- Ce n'est pas le moment, Caius ! Chuchota t-il. Le ministre te cherche, maîtrise toi un peu !

Caius le bouscula et se plaça de nouveau face à moi, contre moi. La main qui, un peu plus tôt, tenait ma nuque reprit un instant sa place. Elle remonta et ses doigts s'emmêlèrent dans mes cheveux. Ce n'était une poigne ni douce, ni violente, mais qui me donnait l'horrible impression de lui appartenir. Il faisait preuve d'une proximité qui m'effrayait. Il fit en sorte que nos fronts se collent, je me sentis mal, son regard ancré dans le mien. Un lien spécial semblait nous unir, un lien que je ne saisissais pas. Mais qui me faisait peur...

- Ne t'inquiètes pas, je t'ai promis d'être là bientôt.
- Je ne veux pas... Soufflais-je dans un murmure.

Je cachais ma crainte mais j'étais terrifié devant un tel comportement. Il ricana doucement et effleura ma joue dans un geste bref sans jamais me quitter des yeux.

- Tu n'as pas le choix. Je l'ai décidé ainsi.
- Tu ne peux pas décider pour moi. Répondis-je.
- Oh que si. Siffla t-il, venimeux.
- Caius... Appela doucement Abraxas, semblant craindre de le déranger.
- Tu ne vois pas que je suis avec le petit ? Cracha mon monstre.

Le petit ? J'étais le petit maintenant ? Dans quel délire vivait-il ? Qu'est ce qui s'était passé dans sa vie ? Qu'avait-il fait pour en arriver là ? A une telle obsession de moi ? J'échangeais un regard avec Abraxas. A cet instant, j'étais prêt à le supplier de me sortir de cette situation et à devenir son meilleur ami s'il le souhaitait. Je sentis la poigne se resserrer dans mes cheveux, comme s'il voulait que j'accorde mon attention à lui seul. Je croisais son regard et j'espérais qu'il me laisse, je n'avais plus qu'une envie : fuir cet endroit pour m'éloigner de lui. Je tentais de m'extirper de son emprise doucement mais, en colère, il tira violemment sur mes cheveux, m'arrachant une grimace.

- Tu essaies de m'échapper ?

Il n'y avait plus aucune douceur ni aucune patience dans sa voix, le changement était brutal. Il me fusillait du regard et je secouais négativement la tête. Abraxas posa sa main sur son épaule. Caius braqua un regard haineux sur la main qui le tenait, l'instant d'une seconde, je crus qu'il allait se retourner et le foudroyer, mais il n'en fit rien. Il me lâcha doucement et un sourire en coin se dessina sur ses lèvres.

- A plus tard, petit.

Le surnom, venant de lui, était loin d'être agréable. Il me donnait envie de vomir. Pire encore, je commençais sincèrement à vouloir disparaître de la planète. Son attitude m'effrayait vraiment. Je restais un moment seul après qu'ils soient partis. Puis, déterminé à l'éviter le plus possible désormais, je revenais danser... Jamie me sauta dessus, accompagné de Sirius. Visiblement, ils étaient inquiets.

- Alors, qu'est ce qui s'est passé ? Me demanda aussitôt Jamie.

Sirius, lui, caressa doucement mon cou du bout des doigts, comme pour masquer les traces rouge dues à mon étranglement. Il posa ses yeux sur moi et je détournais les miens.

- Ça va quand même ? Me demanda t-il.
- J'ai pas pour habitude d'être brutalisé, Sirius. Et avec lui, je le suis tout le temps. Alors excuse moi, mais je ne sais pas quoi te répondre pour l'instant.
- Il a levé la main sur toi au sein même du ministère ? Souffla Jamie.

J'acquiesçais doucement et, alors que je tournais la tête, mes yeux croisèrent de nouveau le regard glacé. Je le regardais avec un mépris non dissimulé avant de me détourner, comme si je ne lui accordais pas tant d'importance que ça.

- Dansons s'il vous plaît...

Sirius m'entraîna et nous rejoignons mon frère et ma s½ur. Le premier me sauta littéralement dessus, me serrant contre lui puis me fixant droit dans les yeux.

- Tu étais ou bon sang ?
- Au... bar. Répondis-je avec un sourire.
- T'es pas bourré au moins ? Rigola t-il. Que Jaja ne vienne pas dire que je te montre le mauvais exemple !
- Moi ? Bourré ? Jamais voyons !
- On parie ? Demanda t-il.
- Quoi, tu veux faire un concours ?

Il me regarda d'un air indigné et fixa les garçons avec un air désespéré.

- Le pire ? C'est que j'attendais qu'il proteste...
- Fabian ? Protester contre un apéro ? Ricana Sirius. Mais qui es-tu Gideon ?
- Mmh... il est loin de tout me dire, tu sais... Répondit mon frère en me fixant.

Je leur fis un signe de la main, comme si je disais bonjour.

- Hé oh, je suis présent, et je vous entends !

Nous échangeâmes un regard avant d'éclater de rire. James nous rejoignit rapidement et il captura Sirius, l'entraînant dans les nombreux couloirs, j'imagine pour l'éloigner de ses parents afin qu'ils puissent passer leur soirée ensemble. Mais finalement, présence de ses parents ou pas, Sirius semblait écouter son c½ur dans tous les cas. Je souriais à cette pensée. Je m'éclatais, dansant avec qui le voulait bien, Jared s'éloignant de moi dès que je m'emportais trop dans mes délires. Gideon, lui, me faisait honneur, nous étions souvent seuls contre le monde entier. Et ça me plaisait ! Nous faisions un tango sur du rock, un slow sur une valse... Nous n'étions pas vraiment faits pour la danse.

Sous trop d'alcool, une bagarre se déclencha entre deux hommes, ils avaient sortit leurs baguettes et se fusillaient du regard, hurlant tout un tas de propos incohérents. Gideon, protecteur, se plaça devant ma s½ur et moi. Seulement, alors que la bataille commença à faire rage, il reçut un sortilège et fut expulsé très loin, se cognant violemment la tête et m'entraînant dans sa chute. Il poussa un gémissement de douleur en se tenant l'arrière du crâne. Je grognai, une main se tendit pour m'aider à me relever, deux yeux noisettes se penchèrent sur moi, l'air glacial mais avec, au fond, une lueur d'inquiétude.

- Fabian c'est ça ? Tout va bien ?

L'orchestre avait cessé de jouer, tout le monde regardait la scène, scandalisé. Je me relevais et rejoignis ma famille auprès de Gideon, pestant contre le monde entier. Mon grand frère s'était ouvert la tête et un médicomage s'occupait de lui. Voyant que j'étais tendu, crispé, prêt à tuer tout le monde, il prit doucement ma main et me sourit.

- Ça va, ne t'en fais pas. Je suis costaud.

Seulement, je ne l'entendais pas de cette oreille, haineux, je me dirigeais droit vers l'auteur du sort, le fusillant du regard.

- Espèce de sale con avant de te battre apprends à viser !
- Je suis désolé, c'était involontaire, je voulais viser ce...
- Ferme ta gueule j'en ai rien à faire de tes explications ! Je te préviens si c'est grave, t'es mort. Et tu sais quoi ? Quand on ne sait pas boire, on la met en veilleuse.

Des murmures s'élevèrent, certains semblaient en accord, d'autre étonnés et puis il y eut quelques regards indignés. Comment donc un aussi jeune garçon pouvait-il être si mal élevé ? Jared me rejoignis doucement, posant deux mains rassurantes sur mes épaules.

- Calme toi, Fabian. Il va bien...

Seulement, je me dégageais. Je croisais à nouveau les yeux noisettes qui me fixaient avec attention. J'y plongeais mon regard et murmurais un simple « merci » avant de retourner auprès de mon frère. Les éléments perturbateurs finirent par être calmés et Gideon guérit.

La soirée se poursuivit dans le rire et la bonne humeur, bien que souvent, Jared ne pouvait s'empêcher de regarder son neveu avec inquiétude. Il voyait que son caractère impulsif empirait depuis qu'il avait malheureusement pris l'habitude de perdre les siens, et ça lui faisait peur. Très peur. Parce qu'il était déjà incontrôlable.

[...]

Je m'étais isolé au bar, descendant verre de whisky sur verre de whisky, mes mains commençaient à trembler. Je me sentais tellement mal au fond. Je me sentais coupable d'avoir plongé dans les merdes et coupable de ne pas réussir à calmer mon côté « diable ». Je ne comprenais pas d'où il venait et, souvent, les paroles du choixpeau magique me revenaient en tête. Après tout, peut-être étais-je un Serpentard au fond de moi ? J'étais jeune, je me laissais aller et je ne savais plus vraiment comment ça avait commencé. J'avais peur de la façon dont ça allait se terminer. Parfois, je pouvais être très fort et, au contraire, me laisser abattre d'un coup pour pas grand chose. C'était effrayant. Quelqu'un s'avança et se posta juste à mes côtés. Je me tournais et grognais en apercevant Lucius Malefoy. Je n'affrontais pas son regard, je me sentais presque ridicule d'être vu dans une situation pareille. Surtout par lui.

- Tu bois comme un trou Prewett... Comment fais-tu pour t'enfoncer davantage ? Tu es déjà tellement minable...

Je tournais vers lui un regard haineux. Je m'avançais jusqu'à ce que nous ne soyons plus séparés que par quelques millimètres.

- Qui es-tu pour me juger Malefoy ? Tu as tes deux parents assis avec toi pour chaque repas, sûrement un parrain toujours présent et tu n'es pas obligé de te demander chaque jour comment tu vas pouvoir te venger du connard qui t'enlève les tiens. Tu n'es pas obligé d'avoir constamment peur, de te demander chaque seconde qui passe si c'est fini ou non. Alors tu sais quoi Malefoy ? Retourne avec ta bourge de famille qui ne connaît rien à la douleur et qui me donne envie de vomir. Merci de ton amabilité.

Sur ces mots, je me détournais et me préparais mentalement à recevoir un coup ou peut-être de nouvelles paroles blessantes. J'avais l'habitude. Lucius Malefoy passait sa vie à me détruire un peu plus que je ne l'étais déjà, que ce soit physiquement ou moralement. Je ne comptais plus le nombre de passages que j'avais fais à l'infirmerie par sa faute. Oh bien sur, je n'étais pas le dernier à me battre. Mais parfois, mes ennemis étaient plus nombreux, j'étais seul, je me débrouillais comme je le pouvais mais c'était très facile de finir ensanglanté et même des fois évanoui. Gideon aussi pouvait en témoigner, ainsi que Sirius. Nous étions trois grands rebelles, connus pour être indomptables. Alors, les Serpentards nous le faisait payer à leur manière. Cependant, cette fois, Lucius n'en fit rien. Il se contenta de me fixer avant de m'arracher mon verre et de le poser brutalement sur le comptoir. Nos yeux respectivement haineux s'accrochèrent.

- Tu veux finir clodo à la rue ? Continue. Tu veux ressembler un minimum à quelque chose ? Arrête de faire de la merde. Je ne pensais pas que t'étais juste bon pour te détruire comme une merde, Prewett.
- Oh, tu serais donc en train de me dire que je suis fort ?
- Non, que tu l'étais. Avant. Fort et un minimum intelligent. Mais finalement, j'ai un peu trop idéalisé mon meilleur ennemi. T'es juste pathétique.

Lucius lâcha le verre et se détourna, retournant auprès des siens et de Narcissa. Je clignais plusieurs fois des yeux. Je regardais mon verre et fermais les paupières. Même mon pire ennemi prenait le temps de me faire la morale, ça devenait inquiétant. J'inspirais un grand coup. A cet instant, une personne sembla se rattraper à moi brutalement.

- Mais fais attention bon sang Rodolphus ! Alcool dans le sang ou pas, tu n'as pas à me pousser comme ça !
- Andromeda, ce n'est pas moi le fautif de ta fragilité. Ricana le Serpentard en s'éloignant.

Je posais mes yeux sur la jeune fille qui se massait doucement le bras, les traits de son visage étaient soucieux et une lueur de tristesse traversait son regard. Elle tourna ses yeux vers moi et un sourire gêné illumina son sublime visage.

- Je suis désolée... Souffla t-elle.

Brune, les yeux d'un noisette envoûtant, elle semblait tout illuminer autour d'elle. Comme un ange tombé de nulle part. Un ange perdu.

- Ce n'est pas grave. Heureusement que j'étais là finalement, tu aurais pu tomber et te faire mal.
- Je ne suis pas en porcelaine. Sourit-elle.
- Oh je m'en doute. Mais le sol lui, est quand même en marbre.

Elle me sourit doucement et tendit une main amicale que je saisis.

- Andromeda Black.
- Fabian Prewett.
- Je te connais. Sourit-elle. Mon cousin m'a parlé de toi.
- Sirius, j'imagine ? Je pense qu'il est le seul Black capable de parler de moi en bien...
- Qui t'as dis que j'ai entendu parler de toi en bien ?

J'eus un moment d'arrêt, étonné, tandis qu'un nouveau sourire éblouissant prenait place sur ses lèvres.

- Personne. Mais, quel Black aurait jugé utile de parler de moi hormis lui?
- Aucun ! Assura t-elle en riant.
- Ah, Andromeda, la meilleure cousine de Sirius ! Oui, je me souviens qu'il t'a mentionné plusieurs fois... Ça ne doit pas être très difficile d'avoir cette place...
- Ça dépend dans quel sens on le tourne. Pas difficile d'être la « meilleure » à ses yeux mais c'est plutôt très difficile d'être à son image, aussi compliqué que d'être un Prewett...
- Ce n'est pas difficile d'être un Prewett.
- Vraiment ? Assumer les insultes, les provocations, les violences faîtes aux traîtres n'est pas complexe ?

Je haussais les épaules sans la quitter des yeux.

- Parfois. Mais la fierté d'en être un surpasse tout ça.
- Andromeda ! S'égosilla une voix.

La jeune fille se tourna vers la source de l'appel et sembla perdre un peu de couleurs, elle me regarda et, sans un mot, se précipita vers sa grande s½ur. Bellatrix. Cette cruche sans c½ur qui ne disposait même pas d'un minimum d'humour. Encore une personne qui faisait partie de ma liste noire. Antonin, Lucius et Bellatrix. Trois ennemis. Plus le reste...

[...]

- Tout le monde debouuuuuuuuuuuuuuuuuut, que la fête commence, Sirius Black est dans la danse la la la la !

Gideon était hilare, la tête posée sur mon épaule, il n'en pouvait plus. Car oui, Sirius était complètement pété. Et le mot était faible. Il n'essayait plus du tout de bien se comporter, il avait juste complètement oublié la présence des siens. J'avais bien essayé de le calmer et de l'éloigner mais impossible. Et puis, ça n'était pas pour me déplaire, ni à James d'ailleurs. Nous voyions bien que ses parents ne le quittaient pas des yeux. Mais nous le laissions se défouler pour une soirée. Il rigolerait moins en rentrant, ou le lendemain... En attendant, il pouvait en profiter autant qu'il le souhaitait, personne de sa famille ne pouvait agir en public. Molly riait aux éclats en l'entendant, dansant en même temps avec Cécilia. Jared, lui, était un peu plus loin et observait attentivement la scène, plus pour nous surveiller qu'autre chose.

- Jared, mon cher Jared ! S'exclama la voix enjouée du ministre.
- Monsieur Fudge, comment allez-vous ?
- Très bien et toi ?
- Également.
- Nous étions justement en train de discuter avec Caius...

Jared aperçut Caius aux côtés de son patron, il s'empêcha de grogner.

- Et nous parlions de votre cher neveu. Ce pauvre gosse est perdu...
- Qui ne le serait pas sans ses parents ? Répliqua aussitôt Jared, son regard croisant celui de Malefoy.
- C'est vrai. Répondit Caius. Qui ne le serait pas ? Vivre sans ses parents devrait être interdit. Cela ne devrait tout simplement pas exister.
- Je suis bien d'accord avec toi, Caius, bien d'accord. Comment peut-on séparer un enfant de ceux dont il a le plus besoin ? La vie est injuste, vraiment. Et toi Jared ? Comment vis-tu tout ça ? Tu te sens mieux ?
- Je n'ai jamais cessé d'être fort et je continuerai, monsieur. Vous comprenez, ils ont besoin de ma présence, de mon autorité, de communication. Ils doivent savoir que la personne qui leur a enlevé une partie des leurs est sûrement un fou furieux qui ne comprend rien à la stabilité d'une famille. Un idiot qui ne saisit pas que pour être heureux, respectueux et obéissant, un enfant a besoin des personnes qu'il aime. Mes neveux ne seront plus jamais les mêmes, ils ont perdu leur insouciance tandis que leur haine est devenue immense et intarissable. Et leur rancune je n'en parle même pas... Concernant Fabian, il a toujours été ingérable vous savez, dès que l'on touche un cheveu de ses proches. A l'âge de sept ans, il a cassé la tête à un moldu qui avait insulté sa s½ur. Croyez moi, il était quasiment impossible de le détacher, de le calmer. Alors imaginez ce que ça donnerait aujourd'hui. Imaginez ce qui se passera lorsqu'il se sentira assez fort pour affronter le coupable...
- Je n'ose imaginer. Répondit Fudge en fixant les trois adolescents en train de danser et rire.
- Je pense que, même s'il sera en colère, sa jeunesse le rappellera à l'ordre. Il comprendra qu'il ne peut rien contre ce genre de personnes dangereuses et que, s'il veut un jour pouvoir construire une vie normale, heureuse, il devra passer au dessus de sa rage, la mettre de côté et avancer en oubliant.
- En oubliant ? Interrogea Jared, les sourcils froncés. Comment crois-tu, Caius, qu'un enfant peut oublier d'avoir assisté à la mort de sa mère ? Et oublier la personne qui est en cause ?
- Il n'oubliera pas, il devra vivre avec et cesser de ressasser ces moments. Sinon, crois moi Jared, il ne vivra pas en paix...

A cet instant, Molly accourut vers Jared tandis que deux personnes rejoignaient le ministre.

- Caleb, Susan ! Comment trouvez vous cette soirée ? Se réjouit Fudge.
- Parfaite , comme je l'ai imaginé. Répondit le dénommé Caleb.Tiens, bonsoir Prewett.
- Bonsoir. Salua respectueusement Susan, discrète.
- Malefoy. Salua Jared rapidement.
- Jaja, tu viens danser ?

Caius approcha de la jeune fille et la regarda intensément, il caressa sa joue sans la lâcher du regard. Le ministre s'éclipsa, se dirigeant vers une autre famille avec un large sourire.

- Ne trouves-tu pas, mère, qu'elle ressemble énormément à Johanna ?

Susan regarda son fils avant de poser ses yeux sur Molly. Cette dernière était mal à l'aise, elle fixait Jared avec crainte. Jusqu'à aujourd'hui, sans qu'elle ne sache pourquoi, elle avait cru ce qu'on lui avait dit : que ses grands parents maternels avaient perdu la vie. Son oncle, lui, fixait attentivement la main qui s'était approchée d'elle.

- C'est vrai. Je... Commença ladite Susan.
- Jaja ! Je crois que Fabi a trop bu... Alerta Gideon qui venait d'arriver.

Il salua respectueusement le groupe mais ne leur accorda pas plus d'importance que ça, regardant son petit frère se diriger vers eux avec un immense sourire.

- Tu as trop bu Fabi ? Gronda Jared.
- Moi ? Rétorquais-je innocemment, posant une main sur mon propre torse.
- Ne fais pas l'innocent, je sais parfaitement que tu ne l'es jamais.

Les regards des Malefoy étaient posés sur nous, nous fixant alternativement. Je souris de plus belle. Il était vrai que j'avais un peu abusé de l'alcool et je me sentais... invincible. Je croisais le regard glacial, contenant un semblant de haine, de Caius.

- Quel sens aurait la vie si on ne pouvait pas s'amuser comme on le souhaite ?
- Inutile de boire pour s'amuser. Rétorqua aussitôt Caius, comme je l'avais prédis.
- D'où le « s'amuser comme on le souhaite ». Répliquais-je en lui faisant un clin d '½il provocateur.

Son regard me foudroya sur place et mon sourire s'étira, mais, lorsque je croisais les yeux de Jared, je comprenais mon erreur.

- Quelle éducation. Cracha Caius avec mépris.
- Je t'en prie, essaye de faire mieux. Souris-je.
- Ne t'en fais pas pour ça...
- Fabian. Siffla Jared.
- Oui, je vais rejoindre mon verre... euh... Sirius plutôt.

Je retournais vers Cécilia, Sirius et James en sautillant comme un gosse, tout joyeux. Gideon leva les yeux au ciel avant de me rejoindre pour danser un slow avec moi. Il entoura mon cou tandis que je me laissais aller contre lui et entourait sa taille. Nous tournions sur nous-mêmes, encore et encore, savourant la présence de l'autre, profitant de cet instant pour faire un gigantesque câlin.

Molly, elle, sourit timidement à la dénommée Susan, sa grand mère inconnue, avant d'être entraînée plus loin par Jared. Il la regarda droit dans les yeux.

- Pas un mot à tes frères sur la nouvelle révélation de ce jour... Promis ? Les oncles, c'était déjà bien assez...

Molly ne le quitta pas du regard, elle fronça les sourcils.

- Pourquoi tous ces mensonges, Jared ?

Leurs yeux ne se lâchaient pas. Il s'approcha tout près et murmura contre son oreille :

- Pour les protéger...
- Mais... de quoi ?
- De la complexité des choix que l'on doit faire dans la vie.
- Quel est le rapport entre les garçons, les choix que l'on doit faire dans la vie et la famille de maman ?
- J'espère de tout mon c½ur que tu ne l'apprendras jamais mon ange. Répondit tristement Jared en déposant un baiser sur son front.

Il la poussa vers les autres, afin qu'elle retourne s'amuser et il tourna son regard, observant Caius avec une certaine appréhension.

- Mais j'en doute... Murmura t-il.

Chapitre 7 : Tu m'appartiens. 02/07/2013





J'ai les yeux vrillés sur la cible qui me fait face vingt mètres plus loin, accrochée à un arbre. Mon arc est tendu, ma flèche semble vouloir fendre l'air, tremblante, impatiente. Ma vie a énormément changée. Et malheureusement, ce n'est pas du changement positif. J'ai perdu trop de monde. Ma mère, mon père, mon parrain. Au fond de moi, un gouffre s'est crée bien que je résiste. Ma maman. Elle était celle qui m'avait toujours mieux compris que les autres. Elle me manque énormément. Elle lisait en moi comme dans un livre ouvert, alors que je suis presque un inconnu aux yeux du restant de ma famille. Je suis certes quelque peu étrange, j'ai une âme d'écorché vif, un caractère impulsif qui me domine, la présence de mon côté Diable a empirée... Je ne suis plus le petit garçon qui embêtait les autres pour qu'ils jouent avec moi. Mais celui qui fuit tout le monde pour rester seul, tapis dans l'ombre. Je refuse de rire à nouveau parce que c'est trop dur. Ou du moins, je me refuse à oublier. Et je haïs en silence la seule preuve que j'ai. Les yeux bleus glace de Caius. Cet homme qui a tué ma mère et qui nous a fait du mal. Lui-même. Il me hante nuit et jour. Je ne rate plus aucune cible dès que j'y pense. Et, le jour ou je serais assez fort, ou le moment sera opportun, je ne le raterais pas non plus. Je me le suis promis. Jared se manifesta alors que ma flèche allait se planter en plein dans le mille. Je soupire et serre un peu plus mon arc. Nous nous sommes disputés la veille, en rentrant de la soirée, à cause de mon manque de prudence vis à vis de Caius. Pourquoi être prudent ? Ne suis-je pas sa cible dans tous les cas ? Ne m'a t-il pas juré qu'il reviendrait ? Je suis condamné, quoi qu'il se passe...

- FABIAN !
- Quoi? aies-je, énervé.
- Qu'est ce que je t'avais dis? C'est trop dur pour toi d'écouter les autres? De comprendre qu'il y a des personnes qu'il ne faut pas provoquer?
- Calme toi, ça va.
- Tu crois que je n'ai pas vu ce qui s'est passé? Écoute moi bien, quand Caius a choisi une victime, quand il a choisi son prochain esclave, il ne lâche rien. C'est assez compréhensible ce que je te dis ou tu vas encore n'en faire qu'à ta tête?
- C'est pas de ma faute, il ne cessait de m'observer, j'allais pas l'ignorer, si ?
- SI !
- Moi je fonctionne pas comme ça, on me parle, je réponds.
- Ton problème c'est que c'est toi qui parle en premier. Sifflais mon oncle.
- Si tu veux et alors ça fait quoi ?

Je l'ai vu dans son regard, ses poings se sont crispés et il ne voulait pas aller trop loin, il ne voulait pas qu'on se dispute, il souhaitait que tout se passe pour le mieux. Alors, il m'a fusillé du regard et est sorti de la maison comme une furie, claquant si violemment la porte que la poignée est tombée.


Il s'approche doucement de moi sans me lâcher du regard et je ne quitte pas ses yeux noisettes. Et, alors, il me serre contre lui avec douceur, caressant mon dos. Je l'entend soupirer.

- Désolé, j'ai pas l'habitude d'avoir entièrement votre responsabilité sur mes épaules. Il s'est passé trop de choses ces derniers temps...

[...]

Au même moment, pendant la dispute de Jared et Fabian, La famille Black venait de passer le seuil de la porte d'entrée. Orion referma derrière eux et, aussitôt, ses yeux se posèrent sur son fils aîné. Il fit craquer sa nuque dans un geste nerveux sans le lâcher du regard. L'avantage, c'est que Sirius décuva en une demi seconde.

- Attends nous dans le salon. Siffla t-il.

Le jeune Black ouvrit la bouche, s'apprêtant à protester, à dire un mot, quelque chose, mais il se sentit incapable de prononcer un seul son. Son père le poussa jusqu'au salon et lui désigna l'un des fauteuils. Sirius baissa la tête et alla s'y asseoir sans même tenter de se défiler. Regulus croisa un instant son regard avant d'être congédié, il devait aller se coucher, point à la ligne. L'aîné tenta tant bien que mal de saisir les phrases qui provenaient de la cuisine. Il entendait sa mère approuver, mais c'est tout. Approuver quoi ? Il ne pouvait s'empêcher de paniquer. Il n'était pas bête, il voyait bien que son père avait prévu quelque chose de très mauvais pour lui. Alors que cette pensée traversait son esprit, ses parents le rejoignirent, dans un réflexe, il se leva. Son père haussa un sourcil.

- Je t'ai demandé de te lever ?
- Non mais...

La première gifle fusa.

- Alors assieds toi.

Sirius obéit. Il n'avait pas vraiment d'autre choix vu l'état d'énervement dans lequel était plongé son géniteur. Il avait du mal à affronter son regard.

- Je n'ai jamais eu aussi honte que ce soir. Siffla t-il.
- Écoute...
- TAIS TOI !

Le jeune Black s'était ratatiné malgré lui. Certes, parfois, il répondait trop, il était imprudent, mais aujourd'hui, il ne s'en sentait pas capable. Il y avait des jours avec et des jours sans. Les yeux de son géniteur l'effrayaient, cette haine qui en ressortait était si puissante... Il trembla malgré lui. Et, ce soir là, de nouveau, les insultes fusèrent, durant des heures et des heures, aussi nombreuses que les doloris...


[...]

Fabian,

Je sais, je me suis toujours promis d'être fort, invincible, de ne jamais parler à quiconque. Je sais que je t'ai dis qu'en parler, que leur montrer ma peur étaient des faiblesses. Mais voilà, j'ai besoin d'évacuer là... Après la soirée du ministère, ça a dégénéré sérieusement... A un point que, je crois, tu n'imagines pas. J'ai quitté la maison le lendemain... Je me trouve à Londres en ce moment, j'ai pris une petite chambre au chaudron baveur... Crois-tu qu'il est possible que nous nous voyions ? Je n'ai pas vraiment envie d'aller chez James, enfin, envie si... mais il insisterait encore pour que j'en parle à son père, et pour que je reste définitivement chez eux. Ce que je refuse. Rester seul ne me va pas...

Avec toute mon affection,
Sirius.


Je n'ai pas réfléchi plus d'une demi seconde et je me suis éclipsé tout seul de la maison, sans prévenir personne. Oui, dans ma tête, je n'ai plus pensé qu'à Sirius, pas au reste. Et encore moins pris le temps de prévenir quelqu'un. J'ai traversé la ville, doucement, tranquillement pour le rejoindre. Lorsque j'arrive dans l'auberge, et que je frappe à la porte de sa chambre, j'entends de grands éclats de voix. Et je me fige. Je reconnais la voix de son père, celle de mon ami tremble sous la peur. Ni une, ni deux, j'entre et, sans plus réfléchir, je m'adresse au père Black « Je suis désolé... » Je le pétrifie. Autrement dit : Vive les emmerdes. Lui va considérer ça comme une provocation. Le ministère de la magie comme une entorse au règlement stipulant qu'en dehors de Poudlard, nous n'avons pas le droit de faire usage de la magie. Je suis dans de beaux draps et j'entends déjà mon oncle d'ici... Mais au fond, peu importe, Sirius va bien. Nous nous sommes éclipsés depuis plus d'une heure, la chouette du ministère est venue m'apporter une lettre contenant un avertissement et une convocation pour un interrogatoire, et enfin, il rompt le silence, tournant son regard vers moi.

- Je suis désolé, Fabi...
- Pourquoi ?
- C'est de ma faute. Soupire t-il.
- Répète ça et je t'étrangle. C'était mon choix, je ne voulais pas qu'il te tue.
- Ton oncle va réagir comment ? Me demande t-il en me scrutant d'un air inquiet.

J'ai remarqué que les réactions des adultes, quels qu'ils soient, l'angoissent énormément. On comprend vite pourquoi. Je lui souris doucement.

- Ne t'en fais pas. Jared est cool.

Nous continuons notre petit chemin et j'entraîne doucement Sirius chez mon oncle. J'entre et signale ma présence. C'est à cet instant que Sirius mesure ma notion du mot « cool »... Jared débarque, l'air furax. Il est rouge et on dirait que j'ai fais exploser sa maison. Vraiment. Derrière lui, Gideon me fait une grimace, signifiant « bon courage » et Molly s'empêche de sourire. Cécilia, quant à elle, tente de calmer les ardeurs de Jared. Mais c'est impossible.

- Je peux savoir ou tu étais ? Siffle t-il.

Je sens Sirius reculer derrière moi, je me tourne vers lui et lui souris d'un air rassurant. Je fais de nouveau face à mon oncle.

- Désolé...
- C'est la moindre des choses que tu peux dire, oui ! Continue t-il, sans me laisser le temps de terminer mes explications. NON mais tu te rends compte un peu ? Avec toutes les merdes qu'on a, toi, la seule chose que tu trouves à faire c'est de t'éclipser sans rien dire à personne ! REGARDE MOI FABIAN !
- Je pourrais t'expliquer si t'arrêtais de gueuler ! Je réplique, avec colère.

A cet instant, ses yeux me fusillent de plus belle et se posent malencontreusement sur la lettre que je tiens dans mes mains, reconnaissant le sceau du ministère. Il semble sur le point de faire une crise assez violente mais se maîtrise.

- Je peux savoir pourquoi le ministère t'as écris ?
- Je...
- Tu ?
- J'ai fais usage de la magie en dehors de... attends avant de crier !

Il s'avance, fait doucement entrer un Sirius loin d'être à l'aise et referme la porte. Il nous fait face ensuite, les bras croisés et le regard furieux.

- Qu'est ce que vous avez fait ?

J'échange un regard avec mon ami, et je sens que la situation devient assez délicate soudain. Comment expliquer quelque chose lorsque la victime refuse de parler ? Je le sais, je le vois dans ses yeux, il ne veut pas, il m'implore du regard. Dénoncer sa famille est impossible, il sait que c'est plus dangereux encore que de laisser faire. Et moi aussi j'en suis conscient. Or, mon cher et tendre oncle Jared, en tant que directeur du département de la justice magique, rattaché à cette valeur envers et contre tout, ne laisserait jamais passer une chose pareille sans intervenir. Si je lui dis la vérité, il fera éclater le scandale, il convoquera la famille Black, j'en suis certain. Je le regarde droit dans les yeux.

- Sirius n'allait pas très bien, il avait envie de bouger donc j'ai pas vraiment réfléchi, je l'ai rejoint sur le chemin de traverse. Là, on s'est amusé. On s'est battu , comme il m'avait bloqué et que je n'arrivais plus à bouger... j'ai agi dans un simple réflexe, j'ai sorti ma baguette et voilà...
- Je vais régler ça. Dit-il simplement. Installez vous, mais ne bougez pas, je ne pense revenir que ce soir le temps que ça se règle.

Il ne m'a pas cru, pas un seul instant, je l'ai vu clairement dans son regard. D'habitude, je mens habilement, mais il sait que ce genre de choses ne m'est jamais arrivé, même parfois malgré ma colère, je ne l'ai jamais fais... Alors pourquoi aurais-je agi ainsi en m'amusant ? Le temps des questions viendra, je le sais, mais plus tard... en attendant, j'ai tout le loisir de changer les idées de mon ami grâce à la présence de mon frère, de ma s½ur et de moi-même. Quant à la colère d'Orion Black, ça aussi ça sera pour plus tard.

[...]

Nous nous sommes amusés comme jamais. Des vacances de fou. Chez Jared, ça a été une zone de guerre durant deux semaines. Sirius, Sacha, Jamie, Gideon, Molly et moi. Une maison toujours entière sans qu'on ne sache comment. J'ai piqué un fou rire lorsque Sebastian, le père de Jam', est venu le chercher. Nous venions de prendre la décision de faire des crêpes, finalement, nous avons fait une bataille de pâte à crêpes. Tellement plus drôle. Et ça l'a été d'autant plus lorsque Gideon a ouvert au père Harris. Jamie a moins rigolé mais il a tout de même trouvé l'idée de se mettre près du mur jaune du salon, dans sa continuité. Comme si, à cause de la pâte qui recouvrait son corps, son père aurait pu le louper. Nous n'avons même pas été capable de nous excuser tant notre fou rire était puissant. Mais quand j'ai lu le courrier de mon meilleur ami, j'ai été immédiatement rassuré, son père avait juste sourit, levé les yeux au ciel et lui avait ordonné de prendre une bonne douche. Il allait finir par me plaire et nous allions réussir à le détendre. J'en suis sur.

Je m'étire dans mon lit, de tout mon long et Sirius, lui, me donne un coup en faisant de même. Coup que je lui rends aussitôt. Notre rire résonne en même temps dans la chambre, puis, j'entends sa lente respiration. Il n'a pas l'intention de se lever, ça me rassure parce que moi non plus. Évidemment, cette simple pensée traverse à peine mon esprit que mon frère vient nous rejoindre, s'allongeant de tout son long sur moi et enfouissant son visage dans mon cou. J'encercle son dos de mes bras, constatant finalement que, lui non plus n'a pas trop envie de bouger. Puis, cette fois, la porte s'ouvre brutalement, sans aucune douceur et la lumière s'allume.

- JARED JE TE DETESTE ! Je hurle.
- Mmmmmmmmmmmmmmmh ! Se contente de dire Sirius, se cachant sous la couette.
- Sale brute de merde. Grogne Gideon près de mon oreille, déclenchant mon hilarité.
- C'est la rentrée ! Et moi aussi je vous aime !

Mon frère se blottit davantage contre moi, m'arrachant un sourire. Je sens Sirius faire de même, son souffle contre mon épaule tandis que leurs respirations reprennent un rythme tranquille, apaisé. J'entends le soupir de Jared puis ces quelques mots « Je vous préviens, si vous loupez le train, vous loupez votre année, je ne vous emmène pas ! »

- Sale buse pourries. Pas grave. Dodo.

Ma phrase entraîne l'éclat de rire de Sirius, tandis que mon frère sourit dans mon cou. Malgré les menaces de mon oncle, aucun de nous trois ne bouge. Et c'est parfait. Nous nous sommes couchés si tard... Je sens alors le corps de mon frère se soulever et son cri nous fait sursauter, Sirius et moi. J'ouvre les yeux et mon ami sort de sa cachette. Mon oncle a fait léviter Gideon et du coup, il est debout, près du mur. Jared hausse un sourcil.

- Alors à qui le tour ?
- T'es inhumain ! Je réplique, en me redressant malgré moi.
- Exactement. C'est pour ça que le petit déjeuner vous attend en bas, bien prêt, bien chaud, préparé avec tout l'amour que je...
- Ça va, ça va. Grogne Gideon qui quitte la chambre en courant à moitié, affamé.

Je me prépare en même temps que Sirius et nous descendons déjeuner, très rapidement. L'heure tourne avec une vitesse folle. A peine avons nous fini nos toasts que Jared saisit nos bras pour transplaner immédiatement sur le quai neuf trois quart, avec nos valises. A peine arrivés, je croise le regard d'Orion Black et, dans un geste automatique, j'attire Sirius à moi. Je me mets à courir vers le train, embarquant un Sirius Black hilare et incapable de contrôler son fou rire. Le trajet en train passe étonnamment vite. Les retrouvailles avec Sacha et Jamie sont fusionnelles. Sirius, du coup, s'est vraiment rapproché de nous et je vois que ce n'est pas pour plaire à James. Il sourit mais il se force et c'est bien visible. Remus et Peter, par contre, semblent plus qu'heureux, ils restent les Maraudeurs, les quatre inséparables mais plus on est de fous, plus on rit, non ? Et puis, plus nous sommes entourés de personnes qui en valent la peine, mieux nous supportons la vie et ses attaques. Lorsque le train s'arrête, je monte dans une calèche avec mon frère, Sacha et Jamie. Molly a rejoint ses amis. Je regarde le paysage qui défile sous mes yeux. Poudlard est, pour tout le monde, une deuxième maison, un lieu ou même le plus con...

* Lucius Malefoy ? *

Ou même le plus con se sent bien et heureux.
* L'a t-on déjà vu sourire réellement ? *
Ta gueule !

Mon cheminement mental s'arrête là. J'écoute Sacha et Jamie se chamailler sur une question existentielle : le gagnant de la coupe du monde de quidditch. Mon frère intervient de temps en temps pour exposer son avis et finalement, personne ne tombe d'accord, chacun ayant son équipe favorite. Moi, j'aime jouer, simplement. Être sur un balai, voler, c'est une autre façon de s'évader. Et puis être batteur, c'est chouette. Essayer de décaniller l'adversaire, quoi de mieux ? * Surtout quand... * STOP ! J'esquisse malgré moi un sourire, je suis intraitable sur le sujet Malefoy, père comme fils. Je suis odieux, je peux être méconnaissable quand il s'agit d'eux. Une vraie pourriture. Ainsi qu'avec Antonin Dolohov. Ils sont mes trois bêtes noires, des gens que je ne peux pas voir, même en photographie. Je reçois soudain un coup de coude, je ne me suis même pas aperçu que la calèche s'est arrêtée. Mon frère me regarde avec un sourire, un sourcil haussé du style « qu'est ce que tu fous ? » Je me lève et descends. A cet instant, un puissant coup d'épaule me fait partir en avant, m'arrachant une grimace. Je me tourne vers la source de la violence, le plus calmement possible...

- PUTAIN MAIS VOUS POUVEZ PAS FAIRE ATTENTION ?
- Pas quand c'est toi, Prewett.
- Oh, tout s'explique. J'aurais du me douter, y a que toi ou ton blond de pote pour frapper quand j'ai le dos tourné...

Un puissant coup de poing frappe directement dans mon ventre, me coupant le souffle l'instant de quelques secondes. J'ai à peine le temps d'apercevoir le sourire ironique de Dolohov que mon frère se jette sur lui, lui donnant de puissants coups à son tour.

- TU TOUCHES PAS MON FRERE !

Sacha attrape brutalement Gideon par sa cape de sorcier et l'attire à lui, le retenant avec l'aide de Jamie. Ce dernier, me voyant m'avancer vers mes deux ennemis, me saisit par le bras, le regard sévère.

- Tu viens avec nous, de suite. M'ordonne t-il, d'un ton autoritaire.
- Laisse moi juste le taper un petit peu, avant...
- NON !

Deux heures après, une fois le repas terminé, je suis encore en train de râler après lui, assis dans mon fauteuil préféré, grommelant entre mes dents. Puis, ma s½ur vient s'asseoir sur mes genoux, j'entoure son ventre de mes bras et la serre contre moi, passant ma tête sur le côté. L'atmosphère est plongée dans la bonne humeur, les bêtises et les fous rires. Et j'aime ça. Molly a ce don de rendre tout le monde joyeux, elle sourit toujours. Je ne sais pas comment elle fait. Le sujet dérive lorsque les Maraudeurs se joignent à nous...

- Dire que dans quatre mois on passe nos buse...

Sirius lance un regard mi désespéré mi agressif à Peter, provoquant le rire de mon frère. Pourquoi gâcher un si bon moment ? Les buse, elles me stressent. Pas parce que je suis nul, non, je peux bien m'en sortir, mais j'ai un rythme à reprendre, un rythme que j'ai totalement perdu. Les cours, je les ai délaissé, je me suis reposé sur mes acquis puis finalement le reste, je l'ai zappé. Mais j'ai fais la promesse à Jared que je rattraperais tout ça. De toute façon, je dois me ressaisir, je dois tout faire, m'acharner, pour qu'en haut, ils soient fiers de moi.

- Vous en aviez eu combien vous ? Interroge Remus, laissant apercevoir son brin de curiosité.

Les BUSE Brevet Universel de Sorcellerie Élémentaire sont les premiers examens importants que nous passons en tant qu'élèves de Poudlard, en fin de cinquième année pour chaque cours suivi. Nos résultats sont essentiels pour la poursuite des études, car ce sont eux qui déterminent les cours que nous pourront suivre durant la sixième et la septième année. Les BUSE traitent de toutes les matières principales : la botanique, la défense contre les forces du Mal, la métamorphose, les potions, les sortilèges, l'histoire de la magie et l'astronomie, ainsi que les cours en option tels que : la divination, l'arithmancie, l'étude des Runes, l'étude des Moldus...

Ces tests classiques sont menés par l'Académie des examinateurs magiques : les professeurs peuvent surveiller les examens, mais pas celui couvrant leur propre matière. Chaque BUSE dispose d'une partie théorique, et pour les cours pratiques, une seconde partie pratique doit être passée, ce qui signifie qu'un grand nombre d'épreuves de BUSE sont divisées en deux, même si une seule note est donnée. Les épreuves sont logiquement réparties sur deux semaines.

Les notes de réussite sont Optimal (O), Effort exceptionnel (E) et Acceptable (A). Les notes d'échec : Piètre (P), Désolant (D), Troll (T). J'échange un regard avec Gideon et Sacha, puis, nos têtes se tournent instinctivement vers Jamie...

- Oui ça va ! J'ai eu dix buse sur dix examens passés ! C'est pas de ma faute si je suis intelligent ! S'exclame t-il, épuisé.
- Inutile de dire quoi que ce soit. Ajoute Remus en le regardant avec une certaine admiration puis en tournant son regard vers nous. Vous devriez plutôt prendre exemple sur lui...
- Nous n'avons besoin d'aucun exemple puisqu'on a les même résultats sans travailler ! S'exclame Sirius avec un sourire malicieux, s'affalant sur un des fauteuils.

Après avoir fusillé Sirius du regard, Remus jette un ½il à mon frère et Sacha, l'air interrogatif. Gideon esquisse un sourire.

- Sur neuf examens, j'en ai obtenu six. Sachant que j'ai envie de vomir dès que j'entends le mot potion, divination et histoire de la magie, je me suis plutôt bien rattrapé avec les autres matières...
- MACHIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIIINE ! S'exclame James, tout sourire.
- Et moi euh... sur neuf, j'en ai eu quatre. Et le mieux ? C'est que comme mes parents n'y comprennent rien, vu qu'ils sont moldus, ils étaient très fiers de moi !

James part dans un éclat de rire, puis il entame une discussion avec Sacha, se demandant comment font ses parents lorsqu'il s'agit de lui écrire, s'ils comprennent un peu comment leur monde fonctionne. La conversation sur les cours et les examens dure longtemps, et finalement, je vais me coucher assez rapidement, contrairement à d'habitude pour une soirée de retour à Poudlard. Le sommeil ne me gagne pas immédiatement et, une fois que je parviens à m'endormir, il est agité. La phrase « A plus tard, petit » ne cesse de résonner dans ma tête, inlassablement. Le ton est glacial, je cours dans un couloir noir pour m'en éloigner, la voix vient de derrière, loin derrière et, pourtant, soudain, elle résonne devant et, je me retrouve pile en face de lui. Finalement, je me réveille en sursaut dans la nuit. A cet instant, j'essaye de reprendre mon souffle lorsqu'un bruit retentit dans le dortoir, comme un pied qui se serait cogné et un grognement. Ce n'est pas une voix que je connais, ce ne sont pas mes amis... Je me redresse doucement et hésitant, j'écarte un peu le rideau de mon lit, en même temps qu'une autre personne, une personne qui tient une baguette, une personne dont le corps se fige sous la surprise, l'homme recule de quelques pas. J'attrape rapidement ma baguette et m'exclame un « lumos » pressé, me levant en même temps. Je croise deux yeux noisettes, cachés derrière un masque.

- Qui êtes vous et qu'est ce que vous foutez ici ? Je siffle, dans un murmure paniqué.

Il reste silencieux, augmentant un peu plus ma rage et ma crainte.

- Putain mais c'est vous c'est ça ? C'est vous qui informez le connard qui est censé me servir d'oncle ?
- T'as pas tout compris. Répond t-il d'un ton glacial qui me fait frisonner.

Cette voix, je ne la connais pas. Et pourtant, ces deux yeux me disent vaguement quelque chose.

- Je vous préviens gentiment, mais croyez moi, ça risque de ne pas durer... Sortez d'ici et dîtes à l'enculé qui me fait espionner qu'il a intérêt de rester anonyme.

L'homme sourit doucement et un rire étonnamment agréable lui échappe. Il range sa propre baguette sans me lâcher du regard et j'ai une féroce envie de me jeter sur lui, le regardant avec rage. Il se fout de moi ouvertement. Génial.

- Tu crois être capable de te battre contre les forces du mal, Fabian ? Me demande t-il en me fixant longuement.
- Évidemment. Je réplique, sur de moi.
- Je ne te parle pas d'appliquer les cours théoriques que tu apprends bien au chaud et en sécurité dans ton école. Ironise t-il. Je te parle d'affronter l'horreur chaque jour et de ne jamais y contribuer, de garder tes idées claires, malgré le fait d'être transformé en victime quotidienne... En serais-tu capable ? Parce que là, ce ne seront plus seulement des mots, mais du vécu, et quand c'est du vécu, on devient bien plus faible qu'on ne peut l'imaginer...
- C'est assez marrant, on dirait que vous parlez en connaissance de cause...

Je le vois se retenir de m'en coller une et mon sourire s'élargit. Il s'approche et me prend doucement par le cou, me collant à lui, sa bouche effleure mon oreille.

- Ta vie va devenir compliquée, alors je veux voir si tu seras à la hauteur. Ne me provoque pas trop, je pourrais devenir dangereux d'une façon spéciale...
- D'une façon spéciale ? C'est à dire ? Je demande, en me décollant de lui, pas très à l'aise.

Un ricanement lui échappe, il me fixe droit dans les yeux et murmure, d'un ton effrayant « Tu ne veux pas vraiment savoir, tu aurais trop peur... » Je le fusille du regard et lui montre la sortie sans réfléchir plus longtemps aux conséquences que pouvent avoir mon geste.

- Tu me vires ? Siffle t-il, sa voix soudain envenimée par la rage.
- Vous avez tout compris. Et d'ailleurs, si je vous revois ici, j'alerterais le Directeur. PERSONNE n'entre dans l'école et encore moins dans les dortoirs...
- Mon chef ne sera pas très content de ton attitude...
- Votre « chef », je m'en contrefiche...
- Vraiment ? Pourtant, il paraît que la famille ça compte par dessus tout...

Un sourire énigmatique apparaît sur ses lèvres et il disparaît dans un tourbillon noir, devenant invisible à mes yeux, j'entends simplement ses pas dans l'escalier. Le n½ud dans mon estomac ne fait cependant que s'accentuer. Qu'est ce que signifie sa phrase ?

Le mois de mars et celui d'avril s'écoulent sans autre souci que quelques visites d'Abraxas et mon travail acharné pour repartir sur de bonnes base en cours. Et je réussis tout doucement à m'en sortir à nouveau, j'évite les clash au maximum, ce qui signifie : Éviter Malefoy et Dolohov. Et ma vie s'améliore. Malgré mon sommeil constamment perturbé. J'ai mon frère, ma s½ur, mon meilleur ami et mes amis. Tout va pour le mieux. Et je fais en sorte que tout ça perdure. Je ne veux plus dérailler comme je l'ai fais, je ne veux plus penser à tout ce qui peut m'atteindre. Je suis devenu un mur qui ne songe qu'au positif. Pour ne pas sombrer. Encore...

[...]

Nous sommes arrivés sur le quai neuf trois quart et le train s'arrête lentement. Mes yeux balayent la foule afin de repérer mon oncle. Je ne le vois pas et Gideon me secoue doucement pour que je sorte de ma léthargie. Molly et lui se sont déjà levés.

- Tu dors Prewett ? Sourit Sirius.
- J'aimerais dormir.

Chacun récupère sa valise. Jamie est parti directement depuis Pré au Lard, son père est venu le chercher. Je soupire doucement en croisant le regard de Sirius. Je sens dans sa voix, je vois dans son sourire qu'il aurait tout fait pour ne pas être là à cet instant. Il aurait voulu rester à Poudlard. A ses yeux, les « vacances » sont synonyme d'enfer. Comme souvent nous n'allons pas nous faire de grands adieux, ça sera simple net banal, comme si rien n'était grave. Je descends du train derrière mon frère et ma s½ur, près des Maraudeurs. Orion Black est facilement repérable. Un sorcier dans toute sa splendeur, avec sa longue robe et son air hautain. Je ne peux m'empêcher d'esquisser un sourire en coin. Il s'avance vers nous et son fils se dirige vers lui, posant au passage une main délicate sur mon épaule. C'est sa façon de dire au revoir et « reste calme ». J'échange un regard avec James, regard éloquent.

- Viens Sirius. Siffle Black.

Mon ami s'avance vers lui sans un mot, les yeux aciers de son père croisent un instant les miens, tandis que je m'empresse d'allumer une cigarette. Un sourire se dessine sur les lèvres du père Black.

- Je n'aurais même pas besoin de reparler de l'épisode des dernières vacances, ni de me venger de quoi que ce soit, Prewett. Si tu savais ce que tu vas prendre...

Orion s'approche un peu plus, laissant quelques centimètres seulement nous séparer, je ne le quitte pas des yeux et dans un soupir, recrache ma fumée droit sur son visage. Il me fusille du regard, cependant, son sourire ne le quitte pas.

- Ces deux semaines seront les pires pour toi. Tu n'auras jamais rien vécu de si horrible dans ta vie, c'est une promesse...
- Des promesses, encore et toujours... C'est pas tout de les prononcer, il faut les tenir. Je réplique, tandis que mon frère se rapproche, un air protecteur sur le visage.
- Oh, ne t'en fais pas pour ça. Même pas besoin de bouger le petit doigt. Il s'en chargera.
- Il ? J'aimerais bien savoir qui c'est ce « il ». Parce que si c'est la personne à laquelle je pense, elle a beaucoup de gueule... derrière son masque. Après il n'y a plus personne...

Black approche sa bouche de mon oreille.

- Tant qu'il garde son masque, c'est que tu as encore un minimum de liberté. Alors tu devrais en profiter.

Sur ces quelques mots, il tire Sirius par le bras, le traînant à moitié derrière lui, rejoignant Regulus qui se trouve quelques mètres plus loin. Je continue de l'observer sans prononcer un mot. Qu'est ce que ma liberté a à voir avec tout ça ? Je fume tranquillement en silence, tandis que les Maraudeurs essayent de décrypter les paroles d'Orion Black. Ils ne peuvent pas comprendre. Moi je sais. Mon frère me fixe d'un air inquiet, les mots d'Orion n'ont pas tout leur sens pour lui non plus. Je suis le seul à avoir entendu la promesse de Caius, je suis le seul. Je vais m'en prendre plein la tête, et j'ignore pourquoi. Les Maraudeurs rejoignent leurs familles respectives alors que je suis perdu dans mes pensées. Puis, entre leur départ et la fin de ma vie, il se déroule juste quelques secondes...

Alors que je recrache à nouveau la fumée de ma cigarette, mon regard rencontre deux yeux bleus glacés. Je me crispe aussitôt, et je suis encore moins rassuré lorsque j'aperçois sa haine. Elle n'a jamais semblé aussi forte qu'aujourd'hui. C'est encore plus puissant. Les paroles d'Orion semblent résonner à l'intérieur de ma tête. « Tant qu'il garde son masque, c'est que tu as encore un minimum de liberté. Alors tu devrais en profiter. » Je regarde mon monstre plus attentivement : Il a abandonné son masque, il est à visage découvert. Caius est bel et bien l'homme de tous mes cauchemars. Mon c½ur se met à battre un peu plus fort. Sa présence, je la crains. Elle réveille en moi un sentiment que je ne comprends pas, de la crainte mélangée à autre chose, quelque chose de puissant. Comme si une partie de lui vit en moi. Et inversement. Lorsque je le vois avancer droit vers moi, je comprends qu'il m'attendait. J'ignore pourquoi, mais je sais que je ne dois pas le suivre ni rester planté là à attendre. Je ne sais pas ou est mon oncle Jared, mais à mon avis, j'ai de quoi m'inquiéter... Je ne réfléchis pas plus de quelques secondes, j'attrape brutalement mon frère et ma s½ur par leurs bras respectifs et je remonte dans le train tout aussi vite, leur criant de courir, de se cacher, de s'éloigner à tout prix. Nous avons à peine fait quelques pas que je me retrouve pile face à lui, recevant un violent coup dans le ventre. Je ne peux m'empêcher de me plier en deux sous la puissance du coup, grimaçant. Il saisit brutalement mon menton et son regard plonge de nouveau dans le mien. Il avait promit d'être de retour bientôt. C'est aujourd'hui. Je sens que c'était comme un pacte, qu'il m'avait laissé du temps et qu'à présent, il ne sortirait plus de ma vie. Pourquoi toutes ces impressions s'imposent comme des évidences ? Pourquoi ne me laisse t-il pas tranquille ? Je veux simplement qu'il disparaisse. C'est tout. Sa présence est pour moi le signe de malheur, de haine, de violence. Et j'ai raison.

- Tu essaies encore de m'échapper...

Ce n'est pas une menace, mais une simple constatation. Et ça lui plait, il aime sentir ma crainte. Alors je dois absolument corriger ça, je sais que j'en suis capable. Je l'ai toujours fais. A chaque instant ou j'ai été forcé de croiser mon Grand Père, dès que Jared élève la voix, jusqu'à il y a quelques temps avec Abraxas. Idem lors des disputes avec les Serpentards, même lorsque je sais que ça va dégénérer gravement. Il ne sera pas une exception, non. Jamais. Aussitôt, je le fusille du regard, prenant bien soin d'y mettre toute ma rage.

- Non, j'essaie d'éviter les merdes.
- Pourtant tu fumes...

Il a prononcé ces trois mots avec une telle rage... Il déteste ce genre de « drogues », il déteste ce qui peut se rapporter à une quelconque addiction, à une faiblesse.

- J'évite les merdes, les emmerdes. Je me priverais jamais de ce qui est bon...
- La cigarette, bon ?

Je l'énerve. Et ce n'est vraiment pas le moment, je capte toutes ses émotions comme si elles sont miennes, je comprends ce qu'il ressent. Et ça me fait peur... Gideon m'empêche de réfléchir plus longtemps, il m'écarte et se place devant moi, lui faisant face et créant une sorte de barrière entre nous. Caius n'aime pas qu'on nous sépare. Il déteste qu'on fasse barrage entre lui et moi, et il le prouve en poussant brutalement mon frère et en me saisissant par le bras. Comme si je lui appartenais. A cet instant, je me débats de toutes mes forces, parce que je sens que je suis en danger, mon c½ur semble vouloir s'enfuir, battant comme jamais il ne l'a fait. Mais il m'empoigne fermement, si fort qu'il broie mon os. Littéralement.

- Vous devriez vous regarder, vous dire quelques mots... Dit-il, un sourire dans la voix.
- Pourquoi ? Je souffle.
- Parce que c'est un au revoir...
- Pas un Adieu ? Je m'entends murmurer.
- Ça ne dépend que de toi, ça...

Il me place derrière lui lorsque Gideon avance. J'aperçois de la crainte dans les yeux de ma s½ur, de la rage dans ceux de mon grand frère. Je crois que mon propre regard doit refléter un mélange des deux... Il me barre le passage, il me sépare d'eux, comme l'a fait Gideon un peu plus tôt. Qu'aies-je fais ? Pourquoi ?

- Qu'est ce qu'il vous a fait ? Siffle Gideon. Qu'est ce que vous avez contre lui hein ?

J'entends son rire pour la première fois, un vrai rire, un peu moqueur, certes, mais pas méchant, pas ce ricanement glacial que je déteste.

- Lui ? Rien. Le problème, c'est vous tous.
- Non ! Parce que nous on l'aime ! S'énerve mon frère. Qu'est ce que vous allez lui faire hein ? Qu'est ce que vous allez faire ENCORE ?

Molly le retient doucement par le bras, se blottissant contre lui, elle me regarde un instant, ses deux yeux noisettes traversés par la peur et l'amour qu'elle me porte. Elle pose ensuite son regard sur mon monstre.

- Ou... ou est Jared ? Souffle t-elle.
- Il ne devrait pas tarder... s'il m'obéit, évidemment. Sinon... je crains que vous ne deviez rentrer à pied tous les deux.
- Pourquoi tous les deux ?

Je n'ai pas pu empêcher ma voix de trembler un peu. Je n'ai jamais eu aussi peur. Jamais. Je suis plutôt quelqu'un de fou, imprévisible, imprudent. Je ne réfléchis pas à ce que je dis ou fais. Avec lui, je crains trop les conséquences. Et je sens que je ne peux pas agir comme bon me semble...

Mais peut-être puis-je au moins essayer ? Lui prouver qu'il n'est rien ? Je le repousse avec haine, de toutes mes forces, et il me fait face, en colère.

- Je rentre avec eux !
- Oh, je ne crois pas non. Siffle t-il.
- Espèce de pauvre connard ! T'as brisé ma mère, mon parrain et mon père, tu crois en plus que je vais te suivre docilement ? Mais va te faire foutre ! T'es pas le roi du monde, t'es rien !

Il ne me laisse pas le temps de leur dire au revoir, ni de leur dire à quel point je les aime. J'ai de nouveau l'impression que l'os de mon bras se brise et, ma valise et moi, disparaissons en une demi seconde, pour atterrir dans un immense salon. Des fauteuils gris en velours, des meubles de bois ancien, beaux, brillants, au dessus de l'un d'entre eux, un gigantesque miroir en or massif. Il y en a partout, de l'or. Je ne me sens pas bien, vraiment pas bien. Ça respire le luxe, la prétention, tout ce que je n'aime pas. Il ne m'en faut pas plus pour comprendre : Je suis chez lui. Il ne manque plus qu'un seul éclaircissement, mais je ne suis pas sur de vouloir connaître la réponse. Pourquoi suis-je ici ? Pourquoi ne s'est-il pas contenté de me torturer et me foudroyer à mon tour ? Il doit en mourir d'envie. A l'instant même ou mes pensées se bousculent et tandis que monsieur ne me lâche pas des yeux, une femme apparaît. J'ai le souffle coupé. J'aurais pu mourir d'une crise cardiaque, tout aurait été plus simple mais non voyez vous, parce qu'il semblerait que je sois malheureusement trop fort pour ça. Assez fort pour encaisser beaucoup de choses. Elle a les yeux bleus mais en dehors de ça, elle est le portrait craché de ma mère, à quelques détails prêts. Elle n'aurait pas pu être une jumelle, mais une s½ur. Il guette ma réaction tandis qu'elle sourit, visiblement heureuse. Cependant, son sourire est étrange, comme voilé.

- Fabian, je te présente Lysandra. Ta mère.
- Non je ne crois pas. Je réplique, sans même m'en rendre compte.
- Pourtant moi j'en suis certain.

Mes yeux s'accrochent aux siens et je ne cherche pas à cacher ma rage : C'est quoi encore ce plan foireux ? Il ne cherche pas à se lancer dans des explications et, pour simple réponse, dépose sur la table de la salle à manger quelques papiers. Je ne veux pas les regarder, je ne veux tout simplement pas entendre ses mensonges, ses stupidités crées afin de me détruire. Je me contente de le fixer sans bouger, avec haine. D'un simple geste, il me désigne une des chaises, comme un ordre silencieux auquel je suis censé répondre. Pour qui se prend-il à la fin ? Ce n'est plus possible.

- Écoute moi bien toi, ce que tu vas faire là, de suite, au lieu de me donner des ordres bidons et de me faire chier, c'est tout simple : M'emmener chez mon oncle. Il faut pas avoir trop de neurones, c'est pas un truc hyper compliqué donc je pense que tu devrais être en mesure de réussir...

Il s'est avancé soudainement, les poings serrés mais elle a lu en lui, elle s'est doucement interposé, le retenant et tentant de l'adoucir. Je me contente de le fixer, encore une fois, avec toute ma hargne. Il la repousse cependant et continue de s'avancer, son regard lançant des éclairs. Ils pourraient me foudroyer, mais je suis si énervé qu'ils ne font que ricocher sur moi sans m'atteindre.

- PERSONNE ne s'adresse à moi comme tu viens de le faire, Fabian. Et encore moins mon propre fils. Parce que, que tu le veuilles ou non, que tu l'acceptes ou pas, c'est ce que tu es. Elle t'as enlevé à moi, la traîtresse qui s'est fait passer pour ta mère, ma bonne à rien de soit disant s½ur...
- Arrête de l'insulter. Je siffle, fou de rage, prêt à me jeter à sa gorge.

Seulement, c'est lui qui m'étrangle en premier, me saisissant au cou et me plaquant brutalement contre le mur. Ses yeux ne me lâchent pas.

- Je l'insulte si je le souhaite. Je fais ce que je veux, Fabian. Je suis au dessus de bien des gens, et elle fait partie, dans sa mort, comme dans sa vie, de ceux que j'ai écrasé...

Je commence à me débattre mais un puissant coup dans le ventre me calme, me coupant la respiration durant un petit moment. Il attrape mon menton et approche sa bouche de mon oreille.

- Je voulais t'appeler Silas, comme mon grand père. C'est ce qui était prévu. Et j'en avais prévu énormément, des choses... Un fils unique, un fils parfait, comme l'avait été mon propre père. Des lois, des devoirs, des apprentissages spéciaux, digne de notre lignée, un bon langage, des projets d'avenir, te voir grandir et m'occuper moi-même de te cadrer, faire de toi un Malefoy, une fierté. J'ai eu très peu de rêves, celle qui me servait de s½ur m'a ôté celui là... Et hormis celui d'être un homme puissant, qui a été facilement réalisé, il était aussi le plus important. On ne m'empêche pas de faire ce que je veux, on ne place pas d'obstacles sur mon chemin. Je suis un Malefoy et ce n'est pas pour rien : Je dirige mon monde. On ne compromet aucun de mes projets ou, si on le fait, on en subit les conséquences. Ces papiers, Fabian, comportent des preuves irréfutables, ton identité, celle de ta mère, la mienne, nos groupes sanguins, tout ça. La vérité, simplement. Crois moi, je me contrefiche de la façon dont tu prends la nouvelle. Je sais ce que je fais et je sais où je vais. Que tu le veuilles ou pas, mes projets se réaliseront. J'ai commencé à tuer ceux qui m'empêchaient de les concrétiser, ceux qui m'empêchent d'avoir mon fils pour moi, et il m'en manque...
- Attends, attends, qu'est ce que ça signifie ? Je murmure. Ou... ou est Jared ?

Je suis sous le choc, pour l'ensemble des révélations, mais je n'arrive plus à réfléchir, il ne peut pas tuer ma famille, il n'a pas le droit de m'enlever les miens, je ne peux pas survivre. Son regard est dénué de toute émotion, tout sentiment, et celui de sa femme également. La peur a totalement repris sa place. Jared, mon oncle. Le plus dur, le plus insaisissable et à la fois le plus fort. Je l'admire et je ne lui ai jamais dis. Sa prestance, son autorité naturelle, son goût des choses claires, précises, bien faites. Sa gentillesse et son indéfectible loyauté. Non. Il est trop important, il est le seul qui me reste, qui nous reste. Non...

- Actuellement ?
- Oui actuellement ! Je réplique, avec rage. Qu'est ce que ça peut me foutre de savoir ou il était hier ?

* Abruti ! *

La gifle est partie et je grogne malgré moi, me demandant combien de temps est-il possible de survivre sous l'autorité et la violence d'un homme tel que lui ? A mon avis, quelques jours lui suffiront à me tuer. Ses yeux me fusillent mais je ne démords pas.

- OU EST-IL ? Je siffle.
- Dans ma cave mais vu le ton que tu emploies, il risque de ne pas y rester très longtemps et de terminer disons, dans un cercueil ?
- Si tu fais ça mon pauvre je te jure que...
- QUE QUOI FABIAN ? Tu vas me frapper ? M'insulter ? Pleurer ?
- Te dénoncer espèce de sale pourriture, parce que si tu crois que tu me fais peur tu te...
- Me dénoncer ? Ricane t-il sans me quitter des yeux. Fabian, tu es un Malefoy. On respecte et on honore sa famille, jamais on ne la salit. Sais-tu seulement ce qu'est une famille de sang pur telle que la nôtre ?
- Dans ta tête on est une famille. Dans la mienne, crois moi, c'est loin d 'être ça.

Alors que je serre les dents, m'attendant à recevoir un coup, ou même plusieurs, il éclate de rire et caresse ma joue, un air effrayant sur le visage : Il est si sur de lui.

- Tu ne dénonceras jamais ton père, Fabian. Comme je n'ai jamais dénoncé le mien, comme ton cher ami Sirius ne dénoncera jamais le sien... Et pourtant, je me doute bien qu'il en meurt d'envie. C'est la puissance du sang, du lien qui nous unit, malgré tout...
- Je pourrais te surprendre.

Il sourit et échange un regard avec sa femme qui, elle, reste immobile, se contentant de nous écouter et me fixer avec attention. Elle est aussi utile que la statue positionnée près de la table basse du salon, contre le mur, représentant un homme. Si elle n'était pas là, ce serait pareil. Et je me doute que Caius a cette influence sur beaucoup de monde. Il faut voir au ministère, toutes ces personnes qui le saluent, qui s'écartent sur son passage, qui sont à la limite de ramper... Effrayant. Et énervant. Il représente tout ce que je haïs. Il pose de nouveau ses yeux sur moi.

- Tu pourrais, oui. Mais je te le déconseille fortement...
- C'est une menace ?
- La première, Fabian. Et crois moi c'est loin d'être la dernière...
- J'ai pas peur de toi tu sais ?

Caius sourit de nouveau, imperturbable.

- Tu dis ça aujourd'hui, et c'est normal. C'est le premier jour, tu veux garder ta fierté, je comprends. Mais ça changera.
- Crève.
- Ne crois pas, Fabian, que tout sera si simple. Un mot de travers, comme celui que tu viens de prononcer, et ton oncle, qui attend en bas, ton cousin et ta cousine, ne vivront pas très longtemps...
- J'ai aucune preuve que tes paroles soient vraies, aucune preuve que ces putains de documents...

Je m'avance vers la table et, d'un balayage de la main, fais tomber l'ensemble de ses papiers au sol sans le quitter des yeux.

- ... ne sont pas des pures inventions de ta part et venant droit de ton imagination.
- Tu es loin d'être le fils rêvé, alors pourquoi j'inventerais ? Demande t-il, s'efforçant de rester calme.
- Pour me séparer des miens, pour venir foutre ta merde encore une fois... t'es connu pour ça. Je siffle.
- La seule et unique raison pour laquelle je te « sépare des tiens », c'est parce qu'ils ne sont pas les tiens, justement. Ce sont eux les coupables, eux qui ont brisé notre famille, eux qui t'ont manipulé et qui t'ont conduit à être un gosse sans aucune éducation.
- J'ai une éducation. Elle ne te correspond pas parce que chez vous, tout le monde rampe devant tout le monde. Je crache, avec rage. Nous on rampe devant personne, le voilà ton problème, Caius... je ne rampe pas, je ne supplie pas, je ne me soumet pas. Et toi, tu enrages, t'es fou, t'es impuissant.

J'ai à peine le temps d'apercevoir sa baguette que je tombe à genoux dans un hurlement de douleur. Mes mains sont tremblantes. Ce n'est pas un doloris comme les autres. C'est puissant, bien trop puissant. J'entends ses pas, je veux me redresser mais ses mains appuient sur mes épaules, me forçant à rester à genoux devant lui, il me fixe de haut.

- Je ne suis jamais impuissant, Fabian. Je contrôle tout. Alors pour commencer, tu vas cesser de m'appeler « Caius ». Parce que je suis ton père.

Alors que je suis sur le point de protester, des souvenirs défilent dans ma tête : Les siens. Il me montre la façon dont il a réagi lorsque son fils a été enlevé. Il me montre comment il a appris ou était son fils, où j'étais... Et ses souvenirs sont entourés d'une brume épaisse.

Il ne souriait pas mais était posté près de sa femme. Elle, elle rayonnait, tenant un bébé dans ses bras, elle parlait, consolant son nourrisson qui pleurait. Le médicomage souriait doucement, il les regarda tour à tour.

- Le prénom de ce petit garçon ?
- Silas. Répondit aussitôt Caius.

Lysandra n'avait rien dit, pas un mot. Évidemment, il était le chef de famille, il choisissait tout, il avait toujours décidé de tout. Ils s'étaient occupés de lui, tous les deux, durant les premiers jours. Et leurs familles respectives étaient venues leur rendre visite. Susan, la grand mère paternelle, avait sourit malgré elle en voyant que l'enfant avait hérité de ses yeux et de ceux de Johanna Deux yeux verts envoûtants. Et deux femmes auxquelles Caius n'avait jamais accordé aucune importance. Elle n'avait pu s'empêcher de placer de l'espoir en cet enfant. L'espoir qu'un jour, il serait fort et il tiendrait tête à son père, chose que personne dans la famille n'était capable de faire. Hormis Johanna. Ils avaient tous défilé. Caleb, fier du prénom que son fils avait donné à l'enfant. Ashton Malefoy et Doria Lestrange, les grands parents maternels, l'avaient trouvé beau, digne d'être dans une famille telle que la leur. Quant à Silver, le frère de Lysandra, obligé de venir, s'était contenté d'un simple, « pauvre gosse » qu'il avait retiré immédiatement en croisant le regard de son beau frère et cousin. Et puis, un jour, lorsque Caius était venu dans la chambre, Lysandra était endormie, d'un sommeil impossible à abréger. Il avait vu le landau vide et avait fouillé l'hôpital de fond en comble, hurlant après tout le monde sans être capable de se calmer. Effrayant, menaçant, fou de rage. Lorsque Lysandra était revenue à elle, elle ne se souvenait plus, simplement. Elle ne savait pas comment elle s'était endormie, si quelqu'un était entré dans la chambre... Aucun souvenir. Ils avaient cherché, encore et encore. Mais rien. Fou de rage et elle triste, ils étaient partis, ils avaient déménagé au Canada, laissant leur passé et leur famille derrière eux, leur manoir à l'abandon.

Ils avaient refait leur vie, à leur manière. Lysandra, triste, désirait enfanter de nouveau. Caius, lui, ne voulait plus en entendre parler. Il avait tout abandonné en Angleterre et s'était fait son propre business, étant craint au Canada comme Lord Voldemort l'était en Angleterre. Il avait là bas un trafic de jeunes moldus, filles comme garçons, qu'il revendait à des sorciers, pour tortures ou services. Avant d'être bons pour la vente, il les gardait et s'occupait personnellement d'eux. Avec son équipe. Pour être proposée, il fallait qu'une future propriété soit prête. Car c'était ainsi qu'elles étaient appelées « propriété ». Elles appartenaient à la personne qui les achetait. Elles n'étaient plus rien, elles n'avaient plus d'identité, leur seul prénom et encore, lorsqu'elles n'étaient pas rebaptisées. Il adorait ça, c'était une passion. A ses yeux, les moldus n'étaient rien, déjà au départ. Et il le prouvait. Jamais personne ne l'avait attrapé. De toute façon, son identité était connue de ses seuls « coéquipiers » ou « employés » et aucun d'entre eux n'aurait dénoncé Caius Malefoy.

Lysandra, elle, s'était complètement renfermée sur elle-même, si bien qu'elle s'était crée un autre monde, un monde plus beau ou son fils était toujours présent, ou il avait grandi et n'avait jamais disparu. Lorsque Caius était absent, elle parlait seule, comme si « Silas » était là. Elle n'était qu'à moitié consciente de ce qui lui arrivait et, lorsqu'elle s'apercevait vraiment qu'il n'était pas là, qu'elle était à moitié folle, elle faisait d'horribles crises violentes. Cette disparition, chacun à leur manière, les avaient rendus plus fous.

...

Douze ans plus tard, un homme frappa à la porte de leur maison. Lorsque Lysandra ouvrit, il eut peur. Elle était vidée, de toute émotion. Pourtant, cet homme n'était pas froussard. Le seul « ami » de Caius Malefoy ne pouvait pas être un trouillard. Marcus Dolohov la salua, poliment, réclamant Caius. Ce dernier ouvrit davantage la porte et écarta sa femme, ses yeux bleus glacés se posèrent sur Marcus. Dolohov constata que même ici, au Canada, la froideur du paysage devait bien jalouser celle du regard et du visage de Caius.

- Je peux entrer ?

Malefoy se contenta d'acquiescer et de se détourner, se dirigeant vers le salon. Dans la cheminée, le feu crépitait. Caius invita son ami à s'asseoir tandis que sa femme s'était assise près de lui sans un mot.

- Anna. Siffla Malefoy, glacial.

Une jeune femme arriva, tremblante, elle regardait le sol, incapable d'affronter son regard. Elle se triturait les mains, nerveuse, saluant Dolohov avec hésitation, morte de peur. Marcus l'observa, apercevant un cocard à son ½il droit, elle avait des traces rouges dans le cou. Elle n'était qu'une démonstration de plus de ce qu'était la violence de Caius. Une violence inhumaine et impossible à tempérer. Il n'avait jamais vu quelqu'un trembler autant.

- Deux whiskys pour mon ami et moi.
- B... bien monsieur. Répondit la jeune femme en s'éclipsant aussitôt.

Le regard de Caius s'accrocha à celui de l'homme, une lueur de curiosité et d'incompréhension dansait dans ses yeux bleus. Anna revint rapidement, elle posa les commandes sur la table basse du salon et disparut aussitôt sans demander son reste.

- Que fais-tu ici, Marcus ?
- J'ai... des choses importantes à te dire. Importantes mais difficiles à entendre...
- Je t'écoute. Répondit simplement Caius, sans le lâcher des yeux.

Dolohov réfléchit durant un instant. Comment poser les bases, comment lui faire comprendre ? C'était à la fois difficile et simple, mais ce qu'il voulait éviter, c'était de mourir foudroyé, que la maison ne prenne feu ou on ne sait quoi encore sous la haine de Caius. Il plongea de nouveau son regard dans le sien.

- Hier, nous avons attaqué le village de Pré au Lard et les aurors sont intervenus. Je me battais comme à chaque fois puis j'ai fini par... par atterrir en face de ta s½ur...

Il y eut un bruit de verre brisé et du sang s'écoula de la main de Malefoy. Lysandra tenta d'ôter le verre et de le soigner mais elle fut incapable de desserrer sa main. Sa rage était puissante, ses yeux lançaient des éclairs. Marcus soupira.

- Et ?
- La suite est pire, Caius alors...
- DIS MOI. Siffla Malefoy, haineux.
- Je l'ai blessée, assez gravement et j'ai... je suis entré en elle, dans son esprit, je voulais le contrôler, lui imposer des choses, des visions, l'affaiblir... Sauf que, j'ai vu... des souvenirs. J'ai aperçu la chambre d'hôpital où Silas est né, je l'ai vu, faire boire une potion à Lysandra, enlever le bracelet du nourrisson et... emporter votre enfant...

Marcus s'arrêta quelques instants pour mesurer les dégâts. Les poings de Caius étaient serrés, son regard plus noir que jamais, il allait exploser. Littéralement exploser. Lysandra, elle, faisait une crise de larmes, prise de convulsions.

- Silas s'appelle Fabian. Il a onze ans, il est l'ennemi juré Gryffondorien de mon fils, un vrai traître et il croit être un Prewett. Il vît sous leur toit depuis qu'il a une semaine...

Caius se leva d'un bond, fou de rage. Il incendia l'un des canapés vide, y mettant le feu, il envoya valser tous les bibelots, chaque décoration, tapant et brisant tout ce qui se trouvait sur son passage. Il hurlait, hargneux. Fou. Lysandra, elle, n'arrivait pas à se calmer. Ses deux mondes semblaient n'en reformer qu'un. Un ou elle ne savait plus qui elle était vraiment. Comment être la mère d'un enfant que l'on avait vu seulement à ses premiers jours ?

- JE VAIS LA TUER. On rentre. Ordonna Caius dans un sifflement.

Et, sans que Marcus ait pu ajouter un mot, il s'éloigna et se dirigea vers les escaliers. Son ami le suivit aussitôt, il entra doucement dans la chambre, voyant Caius faire sa valise. Il s'éclaircit la gorge, hésitant.

- QUOI ?
- Caius, tu dois te calmer, tu ne peux pas débarquer et tuer tout le monde comme ça, il faut que tu sois prudent...

Malefoy s'avança et le saisit brutalement par le col, le fusillant du regard.

- Tu as des doutes sur ce que je suis capable de faire, Marcus ? Siffla t-il avec rage.
- Non... Justement. Mais tu dois être patient. Tu dois faire les choses bien, il ne faut rien laisser au hasard.
- Le hasard n'existe pas chez moi. Je vais la tuer, je vais les tuer tous, et je vais reprendre mes droits sur mon fils. Je les traquerais, je les briserais un par un, même si ça doit prendre du temps. Je vais faire en sorte qu'ils ne puissent plus dormir, plus manger, plus rien faire sans avoir l'impression de croiser mon regard, sans avoir peur. Tu comprends ?

Il y eut un silence durant lequel leurs yeux ne se lâchèrent pas. Marcus était certain qu'il allait faire sensation sans problème, il n'en doutait pas un seul instant.

- Et lui aussi il tremblera. Parce qu'il faut qu'il comprenne que c'est pour lui que je suis là, il faut qu'il sache. Je ne suis pas un père comme un autre, je ne suis pas un Prewett. RALPH.

Dolohov se contentait de garder le silence, que pouvait-il dire ? Il savait qui était Caius, il connaissait le monstre. Il n'y avait pas d'homme. Juste un animal prêt à planter ses crocs et à exercer sa puissance à chaque instant. Il se rappela du garçon qu'il avait observé quelques jours plus tôt. Un Fabian Prewett rieur, arrogant, provocateur, fier et borné. Un garçon qui avait la vie devant lui, une vie de traître prédéfinie. Une vie qui allait basculer pour devenir noire.

- Oui monsieur ?
- J'ai une nouvelle mission pour toi.
- Je vous écoute.
- Tu vas suivre, observer, écouter un garçon à longueur de journée. Et tu me feras, soir par soir, un rapport de ce qu'il a fait.
- Bien monsieur. Une nouvelle victime ?

L'impatience se lisait clairement dans sa voix, seulement il se ratatina et fut surpris lorsque son chef le saisit brutalement par la gorge, le fixant droit dans les yeux. Il baissa les siens.

- Des victimes j'en laisse pas mal au prédateur de garçons que tu es, mais lui, si tu ne touche ne serait ce qu'un seul de ses cheveux, c'est moi qui m'occuperait de ton cas, je suis clair ?

Ralph acquiesça, mal à l'aise.

- Je serais la seule et unique personne sur terre à exercer tout mon pouvoir sur lui et si j'apprends que tu l'as regardé de travers, que tu as tenté quoi que ce soit, crois moi, ça va faire très mal...


Blessé. Oui, je le suis, à un point indescriptible. Je ne veux pas y croire et j'ai pourtant les preuves devant moi. La vérité, et même les images de ce qui s'est passé. La réalité en face. Et pourtant, je la refuse. Je la refuse plus encore que lorsque je n'ai pas voulu croire à la mort de mes parents et mon oncle. J'y mets toutes mes forces. Pourquoi le croire ? Pourquoi lui laisser cette crédibilité ? De toute façon, je haïs cette famille. Alors je ne peux pas croire que c'est la mienne. Tout simplement. C'est impossible. Il semble attendre. Et que croit-il hein ? Que je vais lui sauter au cou en criant « Papa » ? De toute façon, il n'est pas comme ça. A ses yeux, un fils, n'est que signe d'avoir une descendance, comme dans toute noble famille qui se respecte. Mais moi, ce nom de famille là, je n'ai fais qu'y cracher dessus depuis des années. Ce nom de famille, je ne sais que le prononcer avec haine et croiser l'un de ses membres me remplit de nausées à en crever. Qu'est ce que tu as à me regarder pauvre con ? Tu ne comprends pas que je me fous de ton monologue, que je me fous de tes aveux : Va mourir. T'es rien. T'es qu'une saloperie de pourriture. Je m'en contrefiche de ce que tu me racontes, je souffre pas de ne t'avoir jamais connu, je souffre de perdre les miens, les vrais, les seuls que je considérerais comme ma famille. A jamais.

- Alors, qu'est ce que je te disais ? Tu m'appartiens...

Je suis incapable de répondre. J'ai quinze ans et me rends compte aujourd'hui que ma vie est bâtie sur un mensonge. Ça fait mal. J'ai été si heureux. Je ne pense pas retrouver ça dans ma vraie famille. C'est impossible. Pas auprès de CETTE famille. Je suis corps et âme un traître. Je veux devenir auror, ou directeur du département de la justice magique, et je le serais. Un point c'est tout. Il ne brisera pas mes rêves et mes projets. Je ne peux tout simplement pas vivre au sein de la famille Malefoy, avec leurs règles à la con sur le sang pur. Je suis incompatible avec eux. Caius s'approch un peu plus, me regardant de haut.

- Je t'ai parlé. Siffle t-il.
- Et moi je t'ai pas écouté. Je réplique, avec rage.

Ses yeux semblent, l'instant de quelques secondes, devenir noirs. Je n'ai pas le temps de froncer les sourcils qu'il m'a déjà saisit à la gorge et fait chavirer au sol, se plaçant à califourchon sur moi. Je tente de me débattre mais il appuie violemment sur une de mes côtes et la fait céder, m'arrachant un cri de douleur. Ses yeux, que je haïs autant que je crains, ne me lâchent jamais. Pas un seul instant. Et Lysandra, elle, se contente de détourner la tête quelques instants, comme si elle s'efforce de croire qu'il a raison d'agir ainsi. Quelques coups abîment mon visage, mais il se concentre surtout sur le torse, les bras et les côtes, comme s'il refusait de laisser des traces. Entendons nous bien, l'adjoint du ministre se doit de conserver une bonne apparence. Et ici, soyons clairs, tout n'est vraiment qu'apparence... Un connard qui masque bien son jeu en public. La haine m'incendie, j'ai l'impression qu'elle a remplacé le sang qui s'écoule dans mes veines, je la sens se déverser en moi. Je me débats à nouveau avec force mais ça ne sert qu'à l'énerver davantage, il attrape sa baguette et la fait glisser sur ma joue dans une menace silencieuse, que, bien évidemment je ne parviens pas à déchiffrer, continuant mon acharnement personnel. Alors, il arrache mon tee-shirt dans un geste brutal et violent. Une violence comme je n'en ai jamais vu auparavant. Une violence qui m'effraie. Il pointe son arme droit sur mon torse et je sens la crainte, une crainte immense s'emparer de moi. Que va t-il me faire ? Pourquoi fait-il ça ? Des mots m'échappent, pour tenter de l'arrêter. Des mots qui aggravent ma situation. Parce que je ne le connais pas. Parce que je ne sais pas qui il est, je ne sais pas que je dois, à ses yeux, me contenter de la fermer ou de supplier et m'excuser. Ramper quoi.

- Quoique tu fasses vous ne serez jamais rien pour moi...

J'aperçois la lueur noire dans ses yeux et un hurlement s'échappe de mes lèvres lorsque sa baguette trace des lettres dans ma chair. Les lettres suivantes : Malefoy. Dans une écriture fine et surtout très douloureuse... Je tente de m'extirper de son emprise. Encore. Mais ça ne s'arrête pas. Et, lorsque c'est terminé, j'ai le souffle court, les yeux fermés, je suis trempe de sueur. Mon regard croise le sien et je sens qu'il s'efforce de se maîtriser. Il me soulève brutalement par le col de ma chemise et me tire violemment, m'entraînant à sa suite dans des escaliers interminables. Il y a un million de portes, de couloirs, ça ne s'arrête jamais. Finalement, tout au fond du deuxième étage, il ouvre la porte d'une chambre bleue et me pousse brutalement sur le lit. Il repart sans un mot mais, lorsque j'entends résonner la voix de mon oncle Jared, dans plusieurs cris infernaux, je m'éclipse aussitôt et je retrouve la cave, me guidant grâce à la voix que je connais si bien. Alors que Caius lève sa baguette, un air haineux sur le visage, je me précipite entre eux, le souffle court. Ses yeux glacés m'incendient. Je sens Jared se coller à moi, il semble mettre sa main dans la poche arrière de mon jean ou me donner quelque chose...

- S'il te plaît... Arrête.
- Toi, tu supplies toujours quand ça t'arrange, n'est ce pas ? Réplique t-il avec un tel mépris que ça m'atteint presque au c½ur...
- Écoute...
- Est ce que je t'ai autorisé à sortir de ta chambre ? Siffle t-il, d'un ton effrayant.

J'ouvre la bouche, la referme, puis finalement je plonge dans mes propres réflexions.

* Il est sérieux lui ? Il va falloir que je lui demande la permission pour aller pisser aussi ? *

- Ah, parce que j'ai besoin de ton autorisation ?

* M'ssieurs, dames, z'avez pas une corde ? *

Il fait lentement craquer sa nuque et je sens mon c½ur battre plus fort, je commence à connaître doucement le personnage. Et le premier signe que j'ai remarqué : Le craquement de nuque est très mauvais pour toute personne se trouvant à proximité... Mais je suis Fabian Prewett. Ou Malefoy. Enfin même si je ne sais plus trop qui je suis, tout va se passer pour le mieux. C'est évident. Ma vie est connue pour être simple. Il réagit si vite que je ne comprends pas de quelle façon mon bras a craqué, ni comment mon hurlement a pu franchir mes lèvres. Mais ce que je sais en revanche, c'est que j'ai mal. Des larmes me sont montées aux yeux, malgré toute ma retenue. Et j'essaye de me dégager mais il tord un peu plus mon membre désormais brisé, m'arrachant un gémissement. Bien avant de le voir, je sens la rage de Jared envelopper toute la pièce. Et il se jette sur Caius, déclenchant une violente bataille entre eux, ils ne s'épargnent pas et se crient toute leur haine, leur rancune, on ne peut que comprendre qu'ils se connaissent et se haïssent depuis toujours. Mon oncle, rapide, veut m'emmener, mais la vivacité de Caius est impressionnante, il me pousse derrière lui, faisant barrage, assassinant Jared du regard. J'essaye de m'extirper mais il recule contre le mur, me bloquant entre lui et la brique, je passe ma tête sur le côté et regarde mon oncle d'un air désespéré. Il me sourit, rassurant.

- Je ne te laisserais pas ici, Fabi, je te le promets.
- Si tu tentes quoi que ce soit pour m'enlever mon fils, Jared, je te jure que tu vas pleurer sur les corps des trois personnes qu'il te reste...

Alors que je me fige et que je me mets à paniquer, je vois mon oncle s'avancer, une lueur de haine et de détermination dans ses yeux noisettes, il ne lâche pas Caius du regard.

- Que ce soit bien clair, Caius, je sais que tu es coupable depuis le début. Et contrairement à tous ceux que tu contrôles, contrairement à ce putain de monde, tu ne me fais même pas frémir, tu me fais plutôt rire, rire de pitié. Crache Jared avec une haine que je n'ai jamais entendue de sa bouche.

Sur ces mots, il me regarde droit dans les yeux et me fait un clin d'oeil avant de disparaître totalement. A cet instant, celui qui se prend pour mon père se tourne vers moi, je sursaute violemment lorsque son poing vient s'abattre juste à côté de ma tête, sous la rage, il saisit mon bras blessé et me tire violemment, m'arrachant un puissant cri de douleur. A peine sortit de la cave, il me plaque brutalement contre le mur et me gifle avec force. Le bleu glacé de son regard ne me lâche pas, m'incendiant, me donnant l'impression de brûler vif.

- La ferme. Je ne veux pas t'entendre. Souffre en silence, c'est clair ?

Je le fusille du regard et il tire plus violemment encore sur mon bras, me ramenant dans la chambre avec brutalité. Là, il me pousse sur le lit, une lueur noire dans les yeux.

- On aura une longue conversation demain. Avec ta mère également. En attendant, tu vas pourrir ici, c'est mieux pour ta vie... J'ai besoin de me calmer.

Il verrouille la fenêtre et la porte, puis sort en claquant la porte derrière lui. Cette nuit là, j'ai toutes les peines du monde à m'endormir. Je ne me sens pas chez moi. Je souffre, mon bras et mes côtes me rappelant à l'ordre. Mais le plus douloureux, c'est ce que je ressens dans mon c½ur. Cette impression d'avoir été arraché à ma famille. A une vie heureuse. Ou du moins, à une vie à laquelle je me suis accroché, des principes auxquels je me suis identifié et dans lesquels j'ai toujours baigné. Des valeurs sures qui ont fait de moi une personne juste et droite, qui m'ont appris à grandir et à être quelqu'un de bien. Aujourd'hui, j'apprends que ma vie n'est qu'un mensonge. Bien que ma mère, ou du moins celle que j'ai cru être ma maman, Johanna Prewett, ait fait ça pour me protéger, désormais, je me retrouve dans une bien mauvaise situation. Comment puis-je m'en sortir avec ce père autoritaire et violent ? Comment lutter contre toute cette haine qui me tombe dessus ? Pourquoi n'est-il tout simplement pas capable de m'aimer et de m'accepter tel que je suis? Je l'ai vu ce regard haineux à chaque mot, chaque contradiction. Il veut que je rampe, il veut d'un fils-objet, il veut que je change. Je laisse couler de nombreuses larmes en repensant à ma maison, à mes parents et mes oncles. Ce sont des personnes à qui je tiens par dessus tout et dont je ne pourrais plus parler librement à présent. Je pleure de plus belle, le c½ur brisé, un n½ud au ventre qui me tenaille. Soudain, je me redresse, et je glisse ma main dans ma poche arrière, attrapant une enveloppe. Je la regarde durant un long moment, le c½ur serré, un peu inquiet de ce que je vais trouver à l'intérieur. Finalement, je l'ouvre et en sors une longue lettre.

Mon c½ur,

Si tu lis cette lettre, c'est que malheureusement tu découvres la vérité ou peut-être l'as-tu déjà découverte ? Je n'en sais rien. J'écris ces mots un jour de culpabilité. Je me sens souvent coupable de ne rien te dire. Te voir t'énerver très fort sans raison particulière parfois m'inquiète énormément... Parce que je me dis qu'en lisant cette lettre, tu vas me haïr. Que je t'ai donné la meilleure raison de me détester plus que n'importe qui ou presque... Mais sache une chose amour de ma vie, je t'aime plus que tout. Par dessus tout. Et ça ne cessera jamais. Quoiqu'il s'est passé, quoiqu'il se passe, quoique l'avenir nous réserve. Je suis désolée de t'avoir menti mon ange... Désolée de ne pas t'avoir parlé, d'avoir passé sous silence ce que mon frère m'avait fait... Mais tu étais si colérique, si brisé sans connaître la vérité... Comment alors pouvais-je te blesser un peu plus ? Je ne le pouvais pas, je ne le souhaitais pas. Tu comprends ? Je me doute que s'il apprend un jour ton existence, il fera tout pour te récupérer, il pourrait anéantir le monde pour t'avoir... Seulement, j'ai refusé de te laisser grandir entre ses mains. Entre les mains de ce monstre qu'est mon grand frère. Car oui, ça aussi ça a du te mettre en colère, mes deux grands frères... Un mensonge de plus. Mais comment parler d'une famille qui n'en est pas une ? Pourquoi la laisser exister alors qu'elle se contrefiche de votre vie ? Caius Malefoy. L'aîné. La pire des ordures. Il a brisé ma vie, comme personne et à jamais. Mais je suis au moins heureuse, tu es la seule chose positive qu'il ait pu emmener dans ma vie. Tu restes mon ange. Je me fous d'où tu viens. Il est un monstre. Et c'est ton père, Fabian. Je sais que c'est horrible, et crois moi j'ai honte... Mais suis-je vraiment coupable ? Tu sais, je ne voulais pas te perdre, je ne voulais pas ta mort, alors je t'ai noyé d'amour mon coeur. Et j'ai aussi noyé mon chagrin grâce à cet amour. Toi et moi, personne ne peut vraiment nous comprendre. C'était impensable d'imaginer tout ça. Je connais ton père par c½ur, Fabian. Je sais à quel genre de valeurs il se rattache. Si tu avais grandi auprès de lui, ça aurait été sans amour, tu aurais vécu uniquement dans la crainte et le respect, n'ayant pas le droit de t'opposer à lui, à ses désirs, qu'ils concernent n'importe quoi, l'école, le mariage, la façon de s'habiller, de se tenir... Tu sais Fabian, lorsqu'on grandit dans une famille de sang pur telle que la famille Malefoy, notre vie se résume à obéir au doigt et à l'oeil à son père. Quand je vois ton caractère, je me dis vraiment que cette vie ne te conviendrais pas. Certes, tu as vécu dans une famille de traîtres, ton comportement de rebelle doit un peu venir de nous enfin, de moi. Seulement, le tien est encore plus développé que celui de la plupart d'entre nous, ce qui m'inquiète davantage encore si un jour tu devais rencontrer ton père. Tu sais, ça paraît inhumain ce que j'ai fais, je m'excuse du fond du c½ur, Fabian. Si j'ai fais ça, c'était pour toi, contre Caius et personne n'y est pour rien. A part lui. Et moi. Je suis la seule et entière coupable de tous ces mensonges, ne blâme pas Anton, ni Jared et encore moins Naty. Moi et la méchanceté de mon frère sommes les seuls condamnables.
Tu sais, gosse, je m'étais jurée de ne pas le laisser détruire un autre enfant que la petite fille que j'étais. Je me le suis promis un de ces nombreux jours ou j'ai du affronter sa rage. Mon c½ur, si un jour tu apprends tout ça, si un jour tu te retrouves face à ton père, n'oublie jamais que tu es fort. Deviens celui que tu veux être. Ne suis pas un chemin tout tracé. C'est ta vie, tu en fais ce que tu veux. Ne le laisse jamais te dire que tu lui appartiens, que tu dois lui obéir. Parce que c'est faux. Il est ton père, il est censé t'inculquer des valeurs (même s'il n'en a pas), il est censé t'éduquer, pour que tu grandisses et fasse tes propres choix. Dans la noble famille de sang pur que nous sommes, ils voudront choisir pour toi. Ne les laisse jamais faire. Méfie toi aussi de ton grand père, et peut-être d'Abraxas, je ne sais pas... Coûte que coûte, mon amour, soit heureux. Avec ou sans eux, c'est à toi de choisir, mais c'est tout ce que je désire et que j'ai toujours désiré : ton bonheur. Et quoique tu fasses, nous resterons à jamais ta famille. Je t'aimerais toujours autant, papa aussi et Gideon et Molly aussi. Ton parrain et ton oncle Jared de même. Tu es, à jamais, une partie de mon c½ur, de mon être, de mon âme. Ne te sens pas délaissé ou différent, je t'ai aimé autant que les autres, tu es mon fils au même titre que Gideon, et tu le resteras.

Amour de ma vie, prends soin de toi, vole de tes propres ailes...

N'oublie jamais qu'un oiseau en cage n'est plus que l'ombre de sa véritable nature...

Je t'aime de tout mon être,
Maman.


Je suis en larmes, touché au plus profond de mon c½ur. Elle a voulu m'arracher des griffes de mon père. Pour que je sois heureux. Parce qu'elle savait très bien ce que j'aurais enduré sinon. Comment faire preuve de rancune devant un si beau geste ? J'en suis tout simplement incapable. Cependant, ses mots me font aussi très peur. Parce que mon "père" semble vraiment horrible. Je relis ses dernières phrases et hausse un sourcil. « Méfie toi aussi de ton grand père, et peut-être d'Abraxas, je ne sais pas... » Est-il réellement possible d'avoir des doutes sur l'homme qui m'a tabassé tant de fois ? Incroyable. Mais moi, pour ma part, je n'en ai aucun. Abraxas est une pourriture. Point barre. Je me sens soudain parcouru de frissons en me remémorant certains souvenirs et me couvre entièrement avec ma couette. Je cache sa lettre sous mon oreiller. Je regarde autour de moi. Je vais devoir m'habituer à ce manoir, à cette chambre. Recréer des lieux dans lesquels je me sentirais bien. Pourrais-je au moins récupérer toutes mes affaires ? Je regarde ma valise et mon hibou, Erwan. Caius les a directement envoyé ici. Erwan semble mécontent d'être resté enfermé aussi longtemps. Il me regarde d'un ½il mauvais. Mais aies-je seulement le droit de le laisser sortir ? M'autorisera t-il à écrire au moins à mes amis de temps en temps ? Gideon a t-il raconté à Sacha et Jamie ce qui m'arrivait ? Et dans quel était étaient-ils Molly et lui ? Si Jamie est au courant, il ne tardera certainement pas à m'adresser une longue lettre de réclamation polie. Jamie est quasiment toujours poli et respectueux. Il est mon meilleur ami, malgré toutes nos différences. Lui et Sacha sont tous deux dans la classe de Gideon, ils ont un an de plus. Mais le courant est immédiatement passé entre eux et moi lorsqu'ils sont venus passer une semaine de vacances chez nous pour la première fois. Nous nous étions régalés comme jamais. A ce souvenir, un sourire éclaire mon visage. Puis, je m'assombris aussitôt. Comment pourrais-je m'amuser ici ? Tout ça est-il vraiment derrière moi ? Les bons moments, la joie... Comment un sang pur peut s'amuser dans une famille aussi pourrie ? Je devrais faire un sondage à la rentrée... Mes pensées défilent, toutes aussi sombres et furieuses les unes que les autres et, finalement, épuisé de réfléchir, fatigué et partagé par plein d'émotions différentes, mes yeux verts, si semblables à ceux de Johanna, ma seule mère, finissent par se fermer, et le sommeil m'emporte très loin de cette chambre.